Première mondiale: lorsque l’intelligence artificielle prend la plume et s’offre un journal papier en kiosque
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Qui cela étonnera-t-il encore ? Il ne se passe pas une journée sans que l’on nous parle d’une nouvelle prouesse de l’intelligence artificielle (IA). Cette fois, c’est la presse qui met en avant une nouvelle expérience. Les médias sont certainement nombreux à expérimenter l’IA dans les processus de production de l’info. Mais, dans ce cas-ci, le journal italien Il Foglio propose tous les jours, à côté de la version classique rédigée par des humains, un supplément (papier et électronique) réalisé entièrement en utilisant l’intelligence artificielle générative. L’IA s’occupe de tout, précise-t-on dans la page d’explication : les titres, les articles, les éditos, les résumés, les images, etc. Les articles sont signés « Testo realizzato con AI« .
Pour générer le contenu, les journalistes posent des questions à Chat GPT (Pro) et lui précisent les angles. Les articles sont toujours relus et s’il y a peu d’erreurs, « on les laisse« , s’il y en a trop « on change l’article« . Une expérience qui pose un tas de questions : Quelles questions et consignes ont été posées ? À quel point les articles ont été retravaillés ? Le quotidien a proposé un premier bilan après une première semaine de publication.
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Passer de l’état gazeux à l’état solide
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« Nous avons voulu faire passer le débat sur l’intelligence artificielle de l’état gazeux à l’état solide, en nous mettant en jeu, en précipitant le sujet dans la réalité concrète« , explique d’emblée le journaliste et directeur du quotidien Il Foglio, Claudio Cerasa. C’est un choix à la fois philosophique et expérimental, dit-il et « à l’issue de l’expérience, nous dirons ce que nous ferons, comment, et si nous continuerons« .
Quant à savoir si une initiative de ce type pourrait, au moins en partie, se révéler contre-productive, en sapant la perception de la valeur du travail journalistique ? « Non, au contraire » analyse Claudio Cerasa. « C’est une expérience qui vise justement à rappeler aux journalistes ce en quoi ils sont irremplaçables, tout en mettant au centre de notre univers un fait objectif : nous avons un nouveau concurrent, nous ne pouvons pas faire comme s’il n’existait pas. Pour en garder la maîtrise, nous devons le connaître, l’étudier, le tester, sans tabous. »
Notons que l’expérience a eu un écho mondial dans la presse. Le directeur nous assure que les ventes ont augmenté de 70%.
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Le contexte
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Pour cette description, nous prenons comme référence le troisième numéro de ce supplément. Quatre pages de texte, pas d’illustrations, pas de photos. Une mise en page type XIXe siècle, nous dira l’un de nos interlocuteurs.
Dans ce numéro il est, par exemple, question du Jobs Act en Italie, les inquiétudes de la Fed (Réserve fédérale des États-Unis), des déclarations de Johnn Elkann sur la transition écologique, de la Trap, etc.
Ce quotidien lancé en 1996 puise son inspiration dans le Wall Street Journal dans sa mise en page, les sections et ses idées conservatrices.
Ajoutons que le journal propose des contenus dans lequel les opinions et les éclairages sont plus importants que les articles d’actualité, constate Frédéric Antoine, professeur émérite de l’école de communication de l’UCLouvain. Et si le quotidien a choisi l’option du supplément, ce n’est probablement pas un hasard, ajoute le spécialiste des médias. « Parce que justement, on se rend compte quelles sont les limites entre ce que l’intelligence artificielle peut fournir comme type de contenu et ce qu’il y a dans un journal qui traite de sujets d’actualités. »
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Extrait d’un article paru dans Il Foglio AI, le 18 mars 2025 et traduit par DeepL :
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Meloni entre l’OTAN et Trump
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La guerre en Ukraine et le réalisme sélectif de la droite européenne
La droite pro-américaine en Europe est divisée entre ceux qui se font des illusions et ceux qui se préparent au pire
L’incertitude atlantique
» Testo realizzato con AI «
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Le jeu de Giorgia Meloni sur l’OTAN et l’Ukraine est paradoxal. La Première ministre italienne appelle à une plus grande implication de l’Alliance atlantique dans le conflit, mais en même temps elle ne veut ni de Trump ni de Poutine. Cette ambiguïté reflète le dilemme de la droite européenne : comment être loyal envers les États-Unis sans se laisser entraîner par les dérives trumpiennes, comment défendre la stabilité atlantique sans nier que Trump pourrait la mettre à mal. La position de Meloni est claire : plus d’OTAN, plus d’Europe dans l’Alliance, plus de dissuasion face à la Russie. Elle prend ses distances avec la droite souverainiste pro-Moscou mais agit avec circonspection vis-à-vis de Trump. Mme Meloni a construit sa crédibilité internationale en se démarquant de la rhétorique isolationniste de la droite radicale, faisant de la loyauté à l’égard de l’Occident une marque de fabrique. Mais il y a une contradiction : pour contenir la Russie, il faut un leadership américain solide, mais avec Trump cette garantie n’existe pas.
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L’IA une machine à soupe
La question n’est pas, aujourd’hui, de savoir si l’intelligence artificielle peut réaliser un journal, mais bien si elle peut contribuer à la production d’articles. Ce qui, par ailleurs, se fait déjà, par exemple à la rtbf, notamment pour donner les résultats des élections ou lors des derniers Jeux Olympiques. Mais « l’IA ne va jamais fournir l’actualité elle-même » ajoute Frédéric Antoine.
N’empêche, « il est évident qu’aujourd’hui les métiers de production de contenus, les métiers de production de l’information doivent s’intéresser à ces outils et doivent analyser la meilleure façon d’intégrer ces outils dans leur pratique professionnelle« , note de son côté Antonin Descampe, professeur d’innovation médiatique et de journalisme à l’école de journalisme de l’UCLouvain. Tout cela évidemment sans transiger sur les impératifs du métier, la déontologie journalistique, mais aussi sur le fait que « la responsabilité humaine doit rester au centre de toutes les décisions éditoriales« .
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Le spécialiste des médias, Frédéric Antoine, ajoute à la réflexion : « l’actualité que traite l’intelligence artificielle, c’est celle qui existait préalablement« . « L’IA est une sorte de machine à soupe » à laquelle on donne les ingrédients désirés, pour ensuite obtenir un potage. La seule différence entre la machine à soupe et l’IA, c’est que cette dernière a déjà traité, au préalable, un nombre important d’informations existantes sur internet.
Ajoutons à cela que l’IA peut recevoir des informations de l’utilisateur, dans notre cas d’un journaliste, pour produire un article. Mais « ce n’est pas demain que l’intelligence artificielle pourra se rendre sur le terrain pour réaliser des interviews lors de manifestations, d’accidents, de catastrophes naturelles ou encore pour interroger des personnalités politiques, des artistes, etc. »
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Ce qu’il manque à l’IA, c’est l’événement. Or, qu’est-ce qui fait l’information, c’est l’événement, c’est l’actualité. Et ça, elle ne va pas la générer elle-même.
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Frédéric Antoine, professeur émérite de l’école de communication de l’UCLouvain
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Selon Frédéric Antoine, les journalistes ne sont pas près de voir une bonne partie de leur travail disparaître : enquêter, aller chercher l’information, recevoir (via des vents favorables) des documents qui permettront de révéler une info, etc. « L’IA ne sera jamais un lanceur d’alerte. »
Cela va dans le sens de ce que pense Claudio Cerasa, le directeur de Il Foglio : « Le contenu journalistique non réplicable est celui qui est créatif, nourri par des sources, des informations, des reportages, des citations. Si l’IA peut reproduire ce que peut faire un être humain, cela signifie que l’humain, le journaliste, doit trouver une manière de relever ce défi et de s’améliorer. »
« C’est la chair et le sang qui manque à l’IA et c’est la chair et le sang qui font le journalisme. » Sans oublier que l’IA n’a pas d’émotion et n’est pas sensible à l’information. « Forcément, l’intelligence artificielle n’a pas de sentiment« , note encore Frédéric Antoine. Par contre, ajoute-t-il une autre partie du travail pourra, elle, être traité par l’IA en lui fournissant des contenus : bases de données, dépêches d’agences, transcriptions d’interviews, etc. Dans ces cas-là « l’IA pourra rédiger le papier« .
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La formation à l’IA
Pas du tout intéressé à l’idée de lire un journal rédigé à l’aide l’IA, mais avec un intérêt pour l’aspect scientifique, Benoît Frenay, professeur à la faculté d’informatique de l’UNamur, s’inquiète de la formation à l’intelligence artificielle en général. En Belgique, la fracture numérique est une réalité. Sachant cela, l’expert en IA, ajoute « que plus les gens sont formés à l’IA, moins ils l’utilisent. Ou en tout cas, ils l’utilisent de façon beaucoup plus discernée et pointue« . « Cela veut dire que si on expose la population, dans son ensemble, à des journaux générés par l’IA, ils n’ont pas du tout les armes pour avoir une réflexion sur les problèmes que cela pose. D’un point de vue démocratique, c’est quand même quelque chose que je trouve extrêmement dangereux. »
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L’utiliser avec discernement
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Benoît Frenay ne dit pas qu’il ne faut pas utiliser cette technologie, mais « il faut absolument l’utiliser avec discernement« . Et de rappeler que l’intelligence artificielle a tendance à halluciner (inventer du contenu), a des biais, fait des erreurs. Or, « en tant qu’humain, on a un gros défaut, c’est qu’on a tendance à donner plus de crédit à quelqu’un qui présente bien, qui parle bien. Donc forcément, ici, les gens vont se dire ben voilà, comme l’IA parle bien, comme l’IA semble avoir un raisonnement logique, mais tout va bien« .
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Le jugement humain est essentiel
Parmi les nombreuses questions que pose l’utilisation de l’IA pour la production de contenus, il y a celle de la responsabilité. « À partir du moment où une machine produit un texte, la machine n’est pas pour autant responsable de ce texte« , rappelle Antonin Descampe. Cette expérience menée par Il Foglio met l’accent sur ce qui a déjà été souligné dans de nombreuses chartes sur l’utilisation de l’IA dans les rédactions et en particulier celle de Paris, « c’est qu’il est absolument essentiel que le jugement humain reste au centre. […] L’humain doit rester le responsable de l’information qui est fournie« .
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Homogénéisation des contenus et biais
L’intelligence artificielle se nourrit de textes publiés précédemment pour générer ses réponses. Selon Antonin Descampe toujours, il y a un risque de « se retrouver avec des textes qui sont empreints de biais ou empreints d’une certaine forme d’homogénéisation dans la présentation de l’information« .
Ce premier point renvoie à une autre question : la transparence. La traçabilité de l’information. L’IA a-t-elle produit l’article sur base de données fourni par le journaliste ou l’a-t-elle généré sur l’ensemble des textes avec lesquels elle a été entraînée ? Un mix des deux ? Et les droits d’auteur ? « Pour moi, cette expérience qui est un beau coup de pub pour le journal Il Foglio, est surtout l’occasion de mettre en évidence tous les enjeux de l’utilisation de l’IA dans les médias et dans les médias d’infos en particulier« , analyse Antonin Descampe.
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Un métier qui va évoluer
Aujourd’hui, face à la montée en puissance des outils d’intelligence artificielle, il est important lors des formations en journalisme de remettre l’accent « sur ce qui est la valeur première du journaliste, ce qui ne leur sera jamais retiré« , à savoir l’investigation et mettre au jour des informations qui n’y étaient pas, autrement dit : révélé, estime Frédéric Antoine.
Probablement « que la routine a sans doute fait qu’une partie du journalisme, c’est un peu de la mise en forme (de dépêches d’agences) ». Parce que cette tâche, l’IA, sans nul de doutes, peut le faire.
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Si le métier de journaliste, comme d’autres d’ailleurs, a ces dernières années dû s’adapter aux évolutions technologiques : le téléphone portable, l’internet, les réseaux sociaux et maintenant l’intelligence artificielle générative. « Toutes ces révolutions ont bouleversé les pratiques professionnelles du journalisme, mais même, les rôles du journaliste et les frontières du métier de journaliste. Et ces frontières, ces rôles évoluent à une cadence extrêmement rapide« , constate Antonin Descampe.
Mais en même temps, dit-il, « les fondements du métier de journaliste, qui consiste à trouver de l’information d’abord, à trouver plusieurs sources pour pouvoir les croiser, vérifier ces informations, être indépendant par rapport aux éventuels conflits d’intérêts, etc., la responsabilité de ce que l’on publie, ces fondamentaux du journalisme, ils restent absolument essentiels« .
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