Lauriane Mouysset : « Traiter de la biodiversité sans l’imbriquer avec l’économie n’est pas possible »
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A 38 ans, diplômée en biologie et en économie, cette chargée de recherche CNRS au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (CIRED) travaille à relier les dynamiques écologiques aux décisions économiques sans donner un prix à la nature.
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Lauriane Mouysset, en mai 2025.
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Lauriane Mouysset fait partie des trois économistes, hors le lauréat, nommés par le jury du Prix du meilleur jeune économiste 2025, associant les représentants du Cercle des économistes et du Monde, pour leurs travaux soucieux d’œuvrer à la construction de sociétés apaisées à même d’affronter les défis présents.
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Pour quelles raisons vous êtes-vous intéressée à l’économie ?
J’ai d’abord fait des études de sciences du vivant avec une spécialisation en écologie. Mais en 2007-2008, j’ai remarqué qu’il y avait un fossé entre les laboratoires d’écologie et d’économie. Or, dans le monde libéral occidental, l’économie est un outil très puissant qui organise notre société et nos institutions, et qui est responsable de la destruction de la nature par sa dynamique de consommation des ressources. Il fallait donc que je comprenne son fonctionnement, sa logique, et que j’affronte le mastodonte : vouloir traiter un problème aussi massif que l’érosion de la biodiversité sans l’imbriquer avec l’économie n’est pas possible.
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Comment amener l’économie à prendre en compte la nature ?
L’approche classique consiste à donner un prix à la biodiversité : cela peut être utile mais présente aussi pas mal d’inconvénients. De mon côté, je travaille sur une autre approche, l’approche bioéconomique, qui relie les dynamiques écologiques aux décisions économiques non plus par des prix, mais par les processus biophysiques existant entre les humains et les non-humains.
Pour les milieux agricoles, par exemple, je modélise les décisions des agriculteurs en fonction du prix du foncier, des rendements ou encore des coûts des tracteurs. Mais leurs choix de planter du blé, de laisser la terre en jachère ou d’entretenir une haie modifient aussi les ressources alimentaires disponibles pour la biodiversité. En retour, l’écosystème va fournir plus ou moins de services : s’il y a beaucoup d’oiseaux insectivores, le contrôle des ravageurs des cultures sera intense et le rendement de certaines cultures sera meilleur. En conséquence, l’agriculteur ajustera sa stratégie économique. On couple ici les décisions des agriculteurs et l’évolution de l’avifaune sans jamais donner un prix aux oiseaux.
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Quels sont les inconvénients à donner un prix à la biodiversité ?
Il y a un problème moral. Quand on monétise la nature, on lui donne une valeur parce qu’elle est utile, directement ou indirectement, au bien-être humain. Mais un singe peut avoir une valeur pour lui-même, et le prix passe à côté de ça.
Il y a en outre un problème technique : quand on fixe un prix en amont, que l’on intègre ensuite dans une réflexion économique, ce prix a figé un état écologique qui, en réalité, peut évoluer énormément, avec des changements drastiques, parfois irréversibles… Le prix ne tient pas compte de ces dynamiques écologiques complexes.
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La biodiversité est-elle mieux prise en compte aujourd’hui ?
Le sujet est beaucoup plus visible qu’il y a vingt ans. Il y a eu des réformes dans les politiques existantes, comme dans la politique agricole commune, même si elles sont plus ou moins efficaces ; on sent également un intérêt de la part du secteur privé. Surtout, une prise de conscience se met en place au sein de la société civile. Donc oui, les choses avancent.
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Perrine Mouterde à suivre sur le Monde