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A Kyiv, après une attaque massive de la Russie : «Il y a eu une telle déflagration que le plafond s’est effondré»

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Guerre entre l’Ukraine et la Russie
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Pendant le G7 et alors que l’attention du monde entier est tournée vers l’Iran et Israël ce mardi 17 juin, Poutine a porté l’un des coups les plus sanglants à la capitale ukrainienne avec une attaque de drones et de missiles.
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Kristina Berdynskykh, Correspondante à Kyiv
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De la poussière, des cendres, des voitures en feu, le bruit assourdissant des sirènes des pompiers, des médecins, des policiers. Quartier de Solomensk, 7 heures du matin. Durant une nuit marquée par des attaques de missiles et de drones, personne n’a fermé l’œil. Une femme d’une cinquantaine d’années pleure doucement et enserre de toutes ses forces un arbre, s’y agrippant comme si c’était la seule chose qui la maintenait consciente. Vêtue d’une chemise de nuit et d’une veste légère, elle regarde l’énorme trou dans un immeuble de neuf étages. Après l’impact direct d’un missile, l’entrée numéro 7 a été complètement détruite, du toit jusqu’au sous-sol. Il ne reste plus qu’un énorme tas de pierres, de murs effondrés et de dalles. Des centaines de sauveteurs déblayent rapidement les décombres.

«Maman n’est plus là», dit la femme, désespérée. Elle vivait dans l’appartement du dernier étage à la place duquel il n’y a plus que le ciel bleu. Sa mère était malade, ne marchait presque plus et était restée dans son lit lorsque sa fille et son mari sont allés se mettre à l’abri. «Je veux croire au meilleur, mais je comprends qu’il n’y a aucune chance», dit la rescapée, sans donner son nom ni son prénom.

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«Les fenêtres ont été soufflées»

L’alerte aérienne a duré neuf heures à Kyiv : de 21 heures à 6 heures. Alors que le sommet du G7 se tient dans les montagnes canadiennes et que les tensions continuent de s’exacerber entre Israël et l’Iran, la Russie, profitant d’une baisse d’attention envers la guerre en Ukraine, a lancé plus de 440 drones et 32 missiles pendant la nuit. L’attaque visait principalement la capitale, mais également Odessa, Zaporijia, Tchernihiv, Jytomyr, Kirovohrad et Mykolaïv.

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Plus de 440 drones et 32 missiles ont été envoyés par les Russes pendant la nuit de lundi à mardi 17 juin.
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C’est l’attaque la plus sanglante contre Kyiv depuis le raid contre l’hôpital pédiatrique Okhmatdyt, le 8 juillet 2024, qui avait fait 33 morts dans différents quartiers de la ville. Selon la police, les bombardements russes ont tué 10 personnes et plus de 114 ont demandé des soins médicaux. Mais ce chiffre n’est pas définitif. Dans l’immeuble du quartier de Solomensk, cinq personnes sont déjà portées disparues. Un couple, arrivé à l’aube, a un fils qui y vit et ne donne pas de nouvelle. L’homme regarde le trou, les mains sur la tête, sa femme est assise sur une chaise, en larmes. Un psychologue tente prudemment de les calmer. En vain.

Andrey Samar, 24 ans, marchant sur les débris de verre qui jonchent le sol, tombe sur une voisine. «Joyeux anniversaire à vous et à nous !» s’exclame le jeune homme. Il habite dans l’entrée numéro 5 et comprend qu’il a survécu par miracle. Au début, il s’est abrité dans le couloir de son appartement. «Mais vers 4 h 30, il y a eu une telle déflagration que le plafond s’est effondré, les fenêtres ont été soufflées et nous avons couru en bas», raconte-t-il. L’entrée de l’immeuble était bloquée, Samar a aidé à déverrouiller les portes, tandis que tout brûlait dans la rue.

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«Pour Poutine, il n’y a pas de règles»

Il y a environ un mois, des négociations de paix directes ont commencé entre la Russie et l’Ukraine. Mais la seule chose sur laquelle les parties sont parvenues à s’entendre jusqu’à présent est l’échange de prisonniers et la restitution des corps des militaires tués. La Russie refuse toujours le cessez-le-feu de trente jours proposé par les Etats-Unis, l’Ukraine et l’Europe. «Pour Poutine, il n’y a pas de règles. Plus notre situation est mauvaise, mieux c’est pour lui», a dit le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, rencontré sur le lieu des bombardements vers 7 h 30. Il estime que la Russie vise délibérément la capitale afin de briser le moral des Ukrainiens, effrayer la population et pousser les gens à fuir la ville et le pays.

Avec la détérioration de la situation au Proche-Orient, Volodymyr Zelensky craint plus que jamais que l’Ukraine ne devienne une monnaie d’échange dans les discussions entre Washington et Moscou. Samedi 14 juin, Trump s’est entretenu au téléphone avec Poutine au sujet de l’Iran, n’abordant que brièvement la question de l’Ukraine. Le président ukrainien espérait qu’une rencontre personnelle avec Donald Trump, qui devait avoir lieu ce lundi 17 juin en marge du G7, contribuerait à renforcer la pression occidentale sur la Russie. Vendredi 13 juin, il avait annoncé aux journalistes qu’il proposerait à son homologue américain d’acheter un nouveau paquet d’aide militaire pour l’Ukraine. Mais les deux présidents se sont croisés dans les airs : alors que Zelensky s’envolait pour le Canada, Trump coupait court à sa participation au G7 et rentrait à Washington pour se concentrer sur le Proche-Orient. Ayant eu le temps de déclarer, en marge du sommet, qu’il attendrait d’abord la signature d’un accord entre la Russie et l’Ukraine avant de prendre une décision sur les sanctions.

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A Kyiv, ce mardi 17 juin 2025. (Jedrzej Nowicki/Libération)

Après une nuit agitée et bruyante, l’alerte aérienne a retenti à nouveau à 8 heures. Tous ceux qui travaillaient sur le lieu des bombardements (secouristes, médecins, policiers, journalistes, résidents des immeubles voisins) se sont réfugiés en urgence dans un passage souterrain. A 8h09, un message des forces aériennes ukrainiennes était diffusé : «Cible sur Kyiv.» Dix minutes plus tard, la menace était écartée et les gens remontaient dans la rue ensoleillée. Entre-temps, Klitschko déclarait le 18 juin jour de deuil dans la capitale.

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Kristina Berdynskykh, Correspondante à Kyiv

 

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