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Agriculture & Alimentation

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« La pratique européenne consistant à fabriquer et exporter des pesticides interdits est une violation flagrante des droits fondamentaux »

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Les institutions européennes doivent mettre fin à cette politique du deux poids deux mesures aux conséquences dramatiques pour les individus et les communautés des pays en voie de développement, dénoncent Marcos A. Orellana et Olivier De Schutter, rapporteurs spéciaux des Nations unies, dans une tribune.

Chaque année, des dizaines de milliers de tonnes de pesticides hautement dangereux, interdits dans l’Union européenne, sont néanmoins fabriquées pour l’exportation. Cette odieuse politique du deux poids deux mesures est une forme d’exploitation de l’agriculture des pays du Sud. Pendant que les travailleurs et leurs familles souffrent, les fabricants de pesticides en tirent des bénéfices.

La reconnaissance du fait que le corps humain est le même pour tout le monde, indépendamment du lieu de résidence ou de la couleur de la peau, devrait conduire à des interdictions effectives d’exporter des pesticides interdits. L’impératif moral est clair. L’exportation de pesticides interdits à partir de l’Europe cause de graves préjudices aux individus et aux communautés des pays en développement.

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Cancers, stérilité, diabète

L’exposition à des pesticides dangereux provoque, entre autres, des cancers, la stérilité, le diabète, des maladies neurologiques telles que la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer, ainsi que des troubles des systèmes endocrinien et immunitaire. Elle affecte les adultes, mais aussi les nouveau-nés, provoquant des malformations congénitales, ainsi que des handicaps neurodéveloppementaux, notamment une réduction du quotient intellectuel.

Tout un chacun a le droit à la santé et le droit de vivre dans la dignité. La pratique européenne consistant à exporter des pesticides interdits constitue une violation flagrante de ces droits fondamentaux.

Certains acteurs de l’industrie ont parfois affirmé que si les travailleurs utilisaient des équipements de protection individuelle, les pesticides interdits pourraient être utilisés en toute sécurité. Cela ne tient pas compte du fait que ces équipements ne sont souvent pas disponibles ou accessibles, en particulier pour les travailleurs vivant dans la pauvreté, et que les températures élevées dans les champs rendent souvent impossible l’utilisation d’équipements de protection.

Cet argument fait en outre peser le fardeau de la protection sur le maillon le plus faible de la chaîne de valeur agricole. Enfin, il ne tient pas compte de l’impact de ces pesticides sur les écosystèmes, en particulier sur les pollinisateurs et sur la perte de biodiversité.

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Les intérêts des entreprises

Certains gouvernements ont fait valoir que chaque pays est souverain pour décider de ce qu’il doit importer. Cet argument ne tient pas compte du fait que la plupart des pays en développement n’ont pas toujours accès aux informations nécessaires pour prendre de telles décisions en toute connaissance de cause. Il néglige par ailleurs les obligations des Etats en matière de droits de l’homme en ce qui concerne les conséquences prévisibles de leur comportement dans d’autres pays.

En outre, cet argument ne tient pas compte du fait que, dans les Etats où la gouvernance est faible, la souveraineté est souvent accaparée par les intérêts des entreprises et mise à leur service, notamment en raison de la corruption, au détriment des droits de l’homme et de la production alimentaire pour la population locale.

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Certains acteurs ont également fait valoir qu’une interdiction européenne des exportations de pesticides interdits ne ferait que déplacer la production ailleurs, privant l’industrie européenne de revenus sans résoudre le problème. Cet argument est moralement indéfendable. S’il était accepté, il justifierait la suppression des protections des salariés, de la Sécurité sociale, de l’abolition de l’esclavage et de nombreuses autres protections et droits de l’homme obtenus de haute lutte.

Un véritable leadership exige de faire face aux coûts économiques à court terme d’une bonne action. Les coûts à court terme font partie d’un pari sur le long terme : une interdiction des pesticides interdits stimulerait l’innovation pour d’autres solutions plus sûres, ce qui entraînerait les avantages économiques de nouveaux marchés pour les premiers arrivés.

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Des enfants continuent à souffrir

Une approche fondée sur les droits de l’homme soutient une action déterminée pour mettre fin à la politique du deux poids deux mesures. Pourtant, alors que la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant reconnaît le droit de chaque enfant à vivre dans un environnement propre, sain et durable, des enfants continuent à souffrir de l’exposition à des pesticides dangereux, notamment par le biais de la pulvérisation aérienne de pesticides très dangereux au-dessus ou autour des écoles. Un problème particulièrement grave compte tenu de leur stade de développement neurologique.

L’Organisation internationale du travail a aussi reconnu qu’un environnement sain était un droit et un principe fondamental au travail. Cependant, l’Atlas des pesticides, de la Fondation Heinrich Böll, a estimé que, chaque année, plus d’une dizaine de milliers de travailleurs meurent d’une exposition aux pesticides dangereux et que 350 millions d’entre eux tombent malades. Les dommages sont donc généralisés, systématiques et graves, et ils affectent même les générations futures.

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Tous les pays devraient coopérer pour interdire l’exportation de pesticides interdits et défendre le droit à un environnement sans produits toxiques. Mais le changement exige une vision et une conviction morale. Certains pays européens, comme la Belgique et la France, prennent l’initiative d’interdire cette pratique odieuse. Les institutions européennes devraient également faire preuve de leadership au niveau régional et prendre des mesures pour interdire l’exportation de pesticides interdits.

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Marcos A. Orellana est rapporteur spécial des Nations unies sur les produits toxiques et les droits de l’homme ; Olivier De Schutter est rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme.

Cette tribune a fait l’objet d’une publication dans plusieurs médias étrangers.

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