Les mystères de l’art préhistorique
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Les mystères de l’art préhistorique
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Qu’est-ce que l’art ? Voici une question qui en soulève d’autres, dont une tous les ans au bac philo. L’art est important car c’est une partie de ce qui nous fait hommes. Le concevoir, le réaliser, l’admirer, le commenter sont des passe-temps inconnus des autres animaux. La communication n’est pas le propre de l’homme, pas plus que la vie en société, l’outil ou la bipédie. Toutefois, je vous l’accorde, notre langage est unique, car il est dit articulé. D’autant qu’il l’est même doublement, articulé. Il permet en effet, avec un nombre limité de phonèmes, les sons en quelque sorte, de composer une grande quantité de monèmes : ce sont les plus petites associations de sons ayant un sens ; s’il faut mettre un nom sur cela, disons qu’il s’agit de mots. Les données archéologiques suggèrent que les hommes préhistoriques disposèrent très tôt d’un mode de communication complexe, que sapiens ne fut pas le premier à parler. Alors, que dire sur l’art préhistorique ?
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Un art mondial
Nous avons une vision biaisée de l’art préhistorique, du moins une représentation partielle. Entre Lascaux, Chauvet-Pont d’Arc ou la grotte Cosquer, nous avons intégré l’idée que l’art préhistorique se faisait dans les grottes. Notre méconnaissance de ce qui a pu se faire d’autre a induit que nous croyons qu’il ne se faisait que dans les grottes. Pourtant, le panorama de l’art préhistorique ne se limite pas, bien qu’ils soient très beaux, aux chevaux de Lascaux !
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Les peintures de la grotte de Lascaux, en France
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L’expression d’« art rupestre » désigne les peintures, gravures ou sculptures faites sur des rochers. La définition est large : une partie de ces représentations sont en grotte, mais la porte est ouverte à d’autres lieux et cieux, et notamment à l’art en plein air ! Une explication plausible pour justifier la rareté des représentations artistiques à l’extérieur est qu’elles ont moins de chances de se conserver. Certains ont proposé que l’art n’existait pas en Afrique ou en Asie ; d’après eux, seul l’homme européen aurait eu des dispositions artistiques. Mais l’art en grotte se faisait dans des régions où il y a des grottes. Cela semble une lapalissade.
Il y en a beaucoup dans l’Hexagone, mais c’est l’exception ! Pour achever de tuer ce mythe, de quand date la plus ancienne représentation artistique connue dans une grotte, et d’où vient-elle ? Elle a 39 000 ans, c’est une empreinte de main. Elle est à côté d’une peinture de cochon qui a quelques milliers d’années de moins. Un cochon ? C’est en fait une sorte de babiroussa, peint dans la grotte de Timpuseng, en Indonésie. Bien loin de l’Ardèche, donc. L’art fut ainsi mondial, et – caractère non moins important – il se faisait sûrement partout ! Le début de l’art n’est pas évident à situer ; il concerne peut-être même d’autres humanités. Divers matériaux colorants sont retrouvés en quantité dans les sites néandertaliens. Des traces sur les parois de grottes espagnoles leur seraient même contemporaines. Soyons humbles : nous ignorons une grande partie de ce que nos prédécesseurs ont pu accomplir. Continuons à développer nos méthodes pour identifier des traces inattendues de matériaux périssables ou des colorants disparus sur tous les supports que nous trouvons. L’art contemporain est parfois très surprenant, alors il n’est pas de raison que son pendant préhistorique ne l’ait pas été tout autant !
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Des connaissances anatomiques prodigieuses
Il existe bien quelques certitudes, par exemple que ces figurines, gravures, peintures que faisaient nos ancêtres Homo sapiens il y a quelques milliers d’années méritent le nom d’« art ». Mais pourquoi faisaient-ils cela ? Sont privilégiées des pistes symboliques, entre tableau de chasse et dualité homme/femme, à destination d’une élite, imaginée préférentiellement masculine. L’idée que l’art servait à préparer la chasse est raisonnable. Les hommes représentaient des animaux vivant autour d’eux avec une grande précision, leurs connaissances anatomiques étaient prodigieuses. Pourtant, dans chaque grotte, le bestiaire figuré ne correspond ni à la faune alentour, ni aux proies les plus courantes. Cela n’empêche probablement pas qu’il y ait un lien, mais en tout cas cela exclut que ce soit l’unique raison d’être des réalisations.
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Autre évidence, il y a une structuration des œuvres dans les grottes. Le scientifique peut compter les figures, les décrire, les mesurer, calculer où elles se positionnent. Mais ces données reflètent-elles la conception et l’objectif de l’artiste au moment de la création ? Il n’est pas possible de savoir si l’ensemble des représentations d’un lieu sont le travail d’un seul homme, si elles sont contemporaines – à l’échelle de la durée de vie de notre aïeul, j’entends. La « toile », ou plutôt les parois, support de l’art, a évolué au cours du temps. La théorie structuraliste propose aussi une supposée confrontation entre bisons ou aurochs, symboles féminins, et chevaux, étalons masculins. L’art préhistorique varie selon les régions, entre les périodes, et même entre grottes contemporaines. Les animaux figurés ne sont pas tou- jours les mêmes, leurs proportions divergent. Et puisqu’il est question de sexe, cela fait beaucoup de nuances pour résumer cela à une simple dichotomie femme/homme. Des vagins, des phallus sont représentés dans le catalogue artistique du Paléolithique : nul besoin de cacher cela derrière un bison ou un cheval. Pire, il faudrait alors trouver un sens du même genre aux peintures de mammouths, d’insectes ou de phoques – car il y en a.
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Mais l’art préhistorique avait aussi d’autres formes qui nous sont plus ou moins parvenues. Nous savons aussi de mieux en mieux que femmes et enfants visitaient les grottes, contribuaient aux représentations. Tout cela pour conclure que l’art préhistorique n’était peut-être pas si privé que cela : il faisait peut-être partie du quotidien de tous.
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