Dérèglement climatique : Avec 5 millions d’hectares de forêt brûlés, le Canada décimé par une troisième année noire d’incendies
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Comme en 2023 et 2024, des brasiers monstres consument le centre et l’ouest du pays d’Amérique du Nord, qui subit une saison des feux particulièrement précoce. La barre des 5 millions d’hectares partis en fumée a déjà été franchie.
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Au Canada, les saisons des feux se suivent et se ressemblent. Pour la troisième année consécutive, la barre des 5 millions d’hectares brûlés vient d’être franchie. Un enchaînement qui glace les scientifiques : «C’est du jamais vu», pointe Yan Boulanger, chercheur en écologie forestière au ministère des Ressources naturelles canadien. Selon le Centre interservices des feux de forêt du Canada, organisation qui coordonne l’information sur les feux de végétation, les flammes ont déjà parcouru 5,6 millions d’hectares en 2025 ; les données récoltées par satellite, plus précises, indiquent, elles, un total de 5 millions d’hectares. Une troisième année noire après 2024 (5,3 millions d’hectares brûlés) et 2023, qui avait battu tous les records avec plus de 17 millions d’hectares calcinés.
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Actuellement, 570 foyers sont actifs, dont la moitié sont hors de contrôle. Au total, près de 3 300 feux ont été recensés depuis le début de l’année et plus de 35 000 personnes ont été évacuées, dont encore des centaines ces derniers jours. «Cette année, la saison des feux est exceptionnelle en raison de sa précocité et de la rapidité à laquelle les superficies brûlées s’accumulent au Canada», se désole Yan Boulanger. Il rembobine : «Dès le mois de mai, les régions du centre et de l’ouest du pays ont connu des températures très au-dessus de la normale et peu de précipitations. Cela s’est ajouté à des conditions de sécheresse parfois record héritées des années précédentes. Dans ces conditions optimales pour le feu, s’il y a un allumage d’origine naturelle ou humaine, les flammes se propagent très rapidement.»
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Début juin, les incendies avaient ainsi parcouru autant de superficie que lors d’une année entière (environ 2-2,5 millions d’hectares en moyenne sur les trente dernières années). De quoi rappeler la montée en flèche similaire vécue début 2023.
En 2025, le Québec est pour l’heure relativement épargné, tandis que le Manitoba et la Saskatchewan, provinces situées dans le centre et l’ouest du pays, connaissent une activité très intense. Plus que le nombre de feux, c’est la taille des brasiers qui est particulièrement remarquable cette année. «Les feux sont énormes. Des incendies individuels se sont rejoints pour former des complexes de feu. Ce phénomène est fréquent mais là, c’est exceptionnellement grand.» Par exemple, le feu Shoe, en Saskatchewan, a pour l’heure décimé 555 000 hectares, soit plus de cinquante fois la taille de Paris. Né mi-mai, il a fusionné avec l’incendie de Camp et il est toujours hors de contrôle.
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Des monstres qui vont prospérer
Dans la province voisine du Manitoba, qui connaît sa pire saison des feux depuis trente ans, un incendie de près de 350 000 hectares fait toujours rage non loin de la ville de Flin Flon, évacuée fin mai et où les habitants viennent à peine de revenir. Le Canada risque de voir ces monstres prospérer pendant encore de longs mois. «Nous ne sommes qu’au début de l’été donc ils peuvent encore croître, rappelle Yan Boulanger. En 2023, certains complexes de feux ont dépassé le million d’hectares.»
Depuis fin mai, les soldats du feu sont à leur niveau maximal de mobilisation sur le terrain. Ces dernières semaines, la progression des feux est certes moins fulgurante mais continue à bon rythme. «Même s’il y a eu une certaine accalmie, la situation pourrait de nouveau devenir très active», avertit le chercheur. Car les prévisions saisonnières réalisées par le ministère fédéral des Ressources naturelles indiquent que les températures anormalement élevées et un manque de pluie pourraient concerner le Canada jusqu’à fin août.
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Les flambées à répétition pourraient mettre les forêts à rude épreuve. «La forêt boréale est adaptée dans une certaine mesure au passage du feu : l’épinette noire, le pin gris, le peuplier faux-tremble qui la composent sont des espèces qui brûlent relativement vite et peuvent se régénérer ensuite, signale Yan Boulanger. Mais cela devient plus compliqué si les feux sont trop sévères et trop fréquents.»
Le dérèglement climatique a tendance à accentuer ce phénomène. «L’impact est très perceptible. On observe une recrudescence des incendies dans les régions qui historiquement brûlent plus que d’autres. Ce sont d’ailleurs celles du centre de l’ouest où les feux sont en cours. Dans ces zones, la fréquence a augmenté depuis la fin des années 50 et la taille des plus grands feux augmente également», précise le spécialiste canadien.
Plus globalement à l’échelle du Canada, le réchauffement rend les conditions météorologiques plus favorables aux feux et allonge la saison des brasiers. Depuis les années 70, les superficies annuelles brûlées ont augmenté en moyenne de 300 000 hectares par décennie. Et à l’avenir, elles devraient être encore deux à cinq fois plus importantes. Les communautés autochtones, comme aujourd’hui, seront les premières à en souffrir, souligne Yan Boulanger : «Ce sont les plus vulnérables et celles le plus souvent évacuées parce qu’elles vivent dans l’interface périurbaine ou directement dans la forêt boréale.»
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Qualité de l’air désastreuse
Les populations exposées aux effets des feux respirent, comme en 2023, un air chargé en particules fines. Ces derniers jours, la qualité de l’air était désastreuse à Flin Flon et dans la Saskatchewan voisine ; le niveau de risque «dangereux», maximal, a même été atteint. Un peu plus tôt en juillet, la ville de Toronto avait également suffoqué.
La combustion des forêts boréales rejette en prime de grandes quantités de dioxyde de carbone dans l’air. Pour l’heure, environ 550 millions de tonnes de CO2 ont été relâchées dans l’atmosphère selon Copernicus, observatoire européen qui collecte et restitue des données portant sur l’état de la Terre. C’est l’équivalent de presque une année entière d’émissions de gaz à effet de serre au Canada.
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