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Social
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La nouvelle réforme de l’assurance chômage serait un «carnage total», selon la CFDT

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La secrétaire générale du syndicat, Marylise Léon, a été reçue ce lundi 21 juillet par la ministre du Travail, après des annonces budgétaires qui ont entamé le crédit du gouvernement auprès des organisations de salariés.

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La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, le 24 juin à Matignon.
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 Frantz Durupt
 21 juillet 2025
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Un «carnage total». L’expression, employée ce lundi 21 juillet par Marylise Léon à la sortie d’un rendez-vous avec la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, est sans ambiguïté. Elle vise le nouveau projet de réforme de l’assurance chômage que le gouvernement compte mettre en œuvre dans le cadre de ses mesures budgétaires pour 2026. Selon la secrétaire générale de la CFDT, dont les propos ont été rapportés par l’AFP, c’est «une réforme qui rapporterait de 2 à 2,5 milliards d’euros» dans un premier temps, puis «entre 3 et 4 milliards en année pleine, lorsque les dispositifs seraient entrés en vigueur», des fourchettes confirmées par le gouvernement.

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A ce stade, le contenu exact de ce projet n’est pas connu. Mais les victimes en seraient inévitablement les demandeurs d’emploi, déjà soumis à une succession intensive de changements de règle depuis 2018. Le 15 juillet, Astrid Panosyan-Bouvet a cité trois leviers d’ajustement : les conditions d’éligibilité, la durée d’indemnisation et les ruptures conventionnelles, qui, selon elle, donnent lieu à des «abus». Les deux premiers leviers étaient déjà ceux que voulait activer Gabriel Attal, alors à Matignon, lorsqu’il avait présenté au printemps 2024 un projet de décret visant à réduire de dix-huit à quinze mois la durée maximale d’indemnisation pour les moins de 55 ans, tout en demandant huit mois de travail sur les vingt derniers pour ouvrir des droits (contre six sur vingt-quatre actuellement). L’opération, dont la CGT avait dénoncé la «violence», devait selon lui rapporter 3,6 milliards d’euros en année pleine, mais elle comprenait un autre tour de vis sur les droits spécifiques dont bénéficient les demandeurs d’emploi seniors, qui a depuis été entériné à travers un accord conclu entre syndicats et patronat en novembre 2024.

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«Tentatives d’instrumentalisation du dialogue social»

Le commentaire de Marylise Léon ce lundi atteste que le crédit du gouvernement auprès des organisations syndicales est maintenant sérieusement entamé. Si la CFTC a répondu présente en se rendant au ministère du Travail cet après-midi, la CGT, FO et la CFE-CGC ont fait savoir qu’elles ne feraient pas le déplacement avant la rentrée, période durant laquelle la CGT compte déjà organiser une mobilisation sociale. La CFE-CGC a diffusé ce lundi un communiqué justifiant ce choix : «Nous sommes écœurés de cette surdité répétée pour les vraies solutions et lassés des tentatives d’instrumentalisation du dialogue social.» La phrase renvoie entre autres à l’amère expérience du «conclave» sur les retraites, six mois de négociations avec le patronat au cours desquelles trois syndicats (CFDT, CFE-CGC et CFTC) ont tenté d’obtenir des progrès substantiels dans le dossier des retraites, sans succès dans l’immédiat.

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«On est tous très énervés»

Il n’est pas sûr que la CGT soit seule dans la rue à la rentrée. Les cinq principales organisations de salariés ont prévu de «se revoir le 1er septembre en intersyndicale pour parler de mobilisation», a dit le secrétaire général de FO, Frédéric Souillot, à l’issue d’une réunion en visioconférence entre numéros 1, vendredi. «On est tous très énervés» et «très peu motivés pour aller négocier», a aussi déclaré Cyril Chabanier, le président de la CFTC, à cette occasion. Outre l’assurance chômage, le gouvernement compte demander aux acteurs sociaux de négocier sur le travail, et que soit discutée dans ce cadre la monétisation de la cinquième semaine de congés payés, autre mesure qui suscite un rejet unanime des organisations de salariés.

Autre objet inflammable propulsé par le gouvernement dans le débat public, la suppression de deux jours fériés – François Bayrou a évoqué le lundi de Pâques et le 8 mai – pourrait quant à elle se heurter à des réticences patronales. Reçus à Bercy ce lundi matin, les dirigeants des trois principales organisations d’employeurs ont dit leur contrariété à l’idée que ces deux jours travaillés supplémentaires fassent l’objet d’une contribution patronale – potentiellement 0,6 % de la masse salariale des entreprises, dont le gouvernement attend 4,2 milliards d’euros de recettes. Dans ce cas de figure, «cela n’a plus aucun intérêt pour elles», a fait valoir Patrick Martin, le président du Medef.

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 Frantz Durupt
 21 juillet 2025

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