L’Avant Poste, le 11 septembre 2025
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Présentation
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https://www.editionslesliensquiliberent.fr/livre-Comment_atterrir__-797-1-1-0-1.html
Réapprendre à décrire son territoire de subsistance pour trouver une boussole et à nouveau s’orienter en politique, pour esquisser de nouvelles cartes et essayer d’un peu mieux cohabiter.
C’est tout le pari des expérimentations Où Atterrir ? menées depuis 2019 dans les pas de Bruno Latour. Mais c’est aussi un élan partagé par de nombreuses autres démarches, ancrées dans l’éducation populaire et de multiples initiatives qui partagent des convictions et des outils.
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Ce 11 septembre à 18h, l’Avant-Poste, en partenariat avec la librairie Mosaïque et Écologie au Quotidien, vous proposent une soirée autour de l’ouvrage Comment Atterrir ? publié il y a quelques mois aux éditions “Les Liens qui Libèrent”. Ce livre collectif composé à partir de textes originaux de Bruno Latour et de matériel d’archive est à la fois un retour réflexif sur la toute première aventure Où Atterrir ? et une boîte à outils pratique pour s’approprier et prolonger ces propositions.
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La soirée se déroulera en trois temps :
- une séquence assise pour présenter l’ouvrage par un des co-auteurs et surtout le mettre en résonance avec différentes initiatives présentes dans le Diois ;
- un petit aperçu pratique (et ludique) des exercices proposés;
- une discussion libre, avec un stand tenu par la librairie Mosaïque
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Programme
Séquence livre (45′)
- Accueil – mot d’introduction Avant-Poste – 5′
- Présentation de l’ouvrage : d’où il vient, ce qu’il contient (à la fois récit d’une expérience vécue et guide pratique pour expérimenter), son intention/état d’esprit/invitation – Vivian Dépoues (co-auteur) 10′
- Rebonds, témoignages – 30′
- Eric Ghiglione, qui va lancer une dynamique dans le Diois
- Nicolas Haeringer (militant climat) et Claude Veyret/Alain Dangoisse (Ecologie au Quotidien), pour partager leurs expériences d’autres démarches d’éducation populaire en résonance
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Séquence atelier (45′)
- Exercice de mise en corps (ex. toilette de l’acteur/bambous) – 10′
- Exercice de description (ex. oligoptique ; vêtement, iris) – 2*10′ en binôme (description/partage)
- Introduction du questionnaire des entités menacées et temps d’écrire individuel – 15′
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Illustration :
Ce livre est un récit à plusieurs voix : celle de Bruno Latour, celles des chercheurs et artistes qui l’entourent, et celles des citoyens-experts qui donnent corps au projet, en enquêtant sur leurs attachements, ce dont ils dépendent pour vivre et qui se trouve de plus en plus menacé. Leurs histoires s’adressent à toutes celles et ceux – habitants, militants, agents publics, etc. – qui partagent le constat d’une parole politique inefficace, une parole qui échoue à faire advenir une volonté générale adaptée à l’urgence de préserver les conditions d’habitabilité de la Terre.
Comment réapprendre à décrire son territoire de subsistance ? Il nous faut une boussole et esquisser de nouvelles cartes. On découvrira de quelles façons le collectif s’entraîne, à travers les nombreux outils et exercices présentés dans l’ouvrage. Ce n’est pas par hasard que Bruno Latour rapprochait ce travail de celui des Cahiers de doléances de 1789, avec ses descriptions de conditions très concrètes d’existence et d’injustices !
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La réédition du « Manifeste compositionniste », écrit par Bruno Latour en 2010, offre une autre clé de lecture importante, pour entrer dans une aventure transformatrice.
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Comprendre « le philosophe français le plus célèbre et le plus incompris »

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Philosophe de l’écologie politique, l’anthropologue et intellectuel Bruno Latour est mort ce 9 octobre 2022 à 75 ans.
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« Le philosophe français le plus célèbre et le plus incompris » selon le New York Times, un « dynamiteur des mythes modernes et penseur de la crise climatique » présente L’Obs, un « penseur du vivant », choisit Le Monde . Sociologue, anthropologue et philosophe des sciences et des techniques, professeur émérite associé au médialab de Sciences Po , Bruno Latour jouissait d’une grande notoriété internationale en tant qu’intellectuel français – et presqu’aucun article de presse ne manquait de le rappeler. Reconnu pour ses travaux sur l’écologie et le vivant, mais aussi le numérique et les arts politiques, il intégrait en 2007 le cercle prisé des dix auteurs les plus cités dans les travaux académiques en sciences humaines. Il est mort ce 9 octobre, à l’âge de 75 ans.
Comme de nombreux intellectuels, Bruno Latour s’était récemment saisi de la crise pandémique comme objet de réflexion écopolitique. Dans ses « leçons du confinement à l’usage des terrestres » (sous-titre de son essai Où suis-je ?, paru aux éditions La Découverte en 2021, juste après l’immense succès d’Où atterrir ? Comment s’orienter en politique), on se découvrait avec lui changés au réveil en cancrelats, Gregor Samsa version anthropocène, engoncés dans une « carapace de conséquences chaque jour plus affreuses que [l’on doit] apprendre à traîner » – une gorgée de café au goût de sol tropical ruiné, un tee-shirt taché par la misère d’un enfant bangladais, un repas dégageant des bouffées de méthane… – et sommés de réapprendre à vivre sur le terrain de nos termitières. Cette description métaphorique du (re)devenir-insecte, stimulante pour les uns, agaçante pour d’autres , était l’une des récentes inventions de Bruno Latour. Une voix influente parmi les penseurs contemporains qui, au croisement de l’anthropologie et de la philosophie, nous invitait à repenser le vivant en situation de crise écologique – ou plutôt de « nouveau régime climatique » comme il l’exprimait dans Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique (La Découverte, 2015), équivalent sur le plan politique de ce qu’est l’anthropocène en géologie. Depuis 2020, il avait justement mis en place avec le consortium Où atterrir ? des ateliers de description des conditions matérielles d’existence des habitants, pour appréhender cette crise écologique dont la pandémie lui semblait, en quelque sorte, sonner la répétition générale.
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S’exprimant en différentes langues de sciences humaines et sociales, la pensée de Bruno Latour ne se bornait pas au seul thème de l’écologie politique. Pour jauger la largeur du champ « latourien », rappelons qu’on lui doit aussi une ethnographie du Conseil d’Etat, une analyse du projet (raté) de métro automatique « Aramis », ou encore une enquête sur le quotidien d’un laboratoire de neuroendocrinologie américain. Latour est aussi le penseur de concepts novateurs comme la « zone à défendre » ou la théorie sociologique de « l’acteur-réseau », et l’initiateur de projets institutionnels visant à décloisonner les sciences, via la fondation du Medialab de Science Po (un « laboratoire de recherche interdisciplinaire sur la place du numérique dans nos sociétés ») ou la création d’un enseignement d’expérimentation en Arts Politiques (SPEAP) . Ces dernières années, le chercheur s’était aussi fait commissaire d’expositions : Iconoclash (2002) et Making Things Public (2005) au Centre d’art et de technologie des médias de Karlsruhe, ou plus récemment, en tant que curateur de la Biennale de Taipei en 2020.
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Avant d’être un philosophe à la mode, un philosophes « des modes »
Né en 1947 à Beaune, Bruno Latour se passionne pour la philosophie dès le lycée. « Dès le premier cours de philosophie, j’ai su que je voulais être philosophe », racontait-il sur France Culture, en 2019 . « J’étais dans une section où on faisait des mathématiques ; ça me paraissait d’un arbitraire absolu. Les positions, les axiomes… rien de tout ça ne me paraissait crédible. Et puis, le premier cours de philosophie, en travaillant Die Geburt der Tragödie de Nietzsche, je me suis dit : Ah ! Enfin, quelque chose qui correspond à une recherche de la vérité ! » se souvenait-il avec enthousiasme. Scrupuleux, le jeune homme avait tout de même pris soin de passer un test auprès d’une psychologue conseillère d’orientation ; le verdict fut limpide : « Elle a conclu que je ne pouvais rien faire d’autre que de la philosophie. »
Reçu premier à l’agrégation, il quitte la Côte d’Or pour la Côte d’Ivoire où il se forme à l’anthropologie. C’est à Abidjan, dans un laboratoire de l’O.R.S.T.O.M., qu’il fait sa première enquête de terrain sur l’ivoirisation des cadres des usines de la ville, tout en menant à bien la rédaction de sa thèse de philosophie intitulée « Exégèse et ontologie », dans laquelle il consacrait une large part à Charles Péguy. Derrière l’apparent grand écart se dessinait déjà le projet philosophique de Bruno Latour, inspiré, justement, des méthodes empiriques des sciences sociales : l’examen des différents modes de vérité. Pourquoi ne pourrait-on pas, par exemple, appliquer les outils anthropologiques aux différentes « formes de vérités les plus typiques de la modernité » telles que la science, la religion, la politique ou la technique ? Si la vérité n’est pas relative en soi, selon Bruno Latour elle est en revanche relative aux modalités et domaines dans lesquels elle s’exprime. Le souci du philosophe est alors de veiller à ce qu’aucun de ces modes n’apparaisse plus légitime qu’un autre :
« Je voulais étudier empiriquement les différents régimes de vérité. Donc j’ai cherché les moyens de le faire. J’ai appris le métier d’ethnographie à Abidjan et ensuite, j’ai essayé de me déplacer dans le monde, en Californie d’abord, puis en France pour poursuivre mon projet : la recherche des modes de vérité différents, donc de la juxtaposition et de la superposition des modes de vérités, la philosophie étant l’un des moyens d’éviter que l’un de ces modes prenne le pas sur les autres, éviter l’hégémonie du mode religieux ou l’hégémonie du mode scientifique, ou l’hégémonie du mode juridique ou du mode politique. » Bruno Latour
« Je fais de la philosophie, mais par des méthodes qui sont empruntées, des sciences sociales à la sociologie, à l’ethnographie et à l’anthropologie, résumait-il dans Les Chemins de la philosophie . J’ai donc une version non-professionnelle, disons, de la philosophie« . Ou plutôt tout-terrain.
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Pauline Petit à suivre sur : https://www.radiofrance.fr/
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