Karima Delli. « Je ne suis pas devenue écolo, je suis née écologiste » (1/3 )
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Députée européenne de 2009 à 2024, Karima Delli défend sa vision d’une écologie populaire, qui vise à « changer la vie des gens ».
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Neuvième d’une fratrie de treize enfants, Karima Delli naît à Roubaix, en 1979. Ses parents, immigrés algériens, vivent modestement. « À la maison, on faisait attention à tout : l’eau, l’électricité, la nourriture… Je ne suis pas devenue écolo, je suis née écologiste ! », raconte l’actuelle conseillère régionale des Hauts-de-France, qui qualifie son destin politique d’« inespéré ».
D’abord membre du parti Les Verts (LV) puis d’Europe Écologie Les Verts (EELV), Karima Delli devient députée européenne en 2009, à seulement 31 ans. « J’ai longtemps pensé que la politique était inaccessible pour des personnes qui venaient d’un milieu comme le mien. Mes parents ne savaient ni lire, ni écrire. D’ailleurs mon père ne m’a pas cru le jour où je l’ai appelé pour lui dire que j’étais élue députée européenne ! »
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De l’activisme au Parlement européen
Faute de moyens pour faire une école de commerce, Karima Delli commence ses études supérieures par un BTS en action commerciale, puis enchaîne avec un DEA de science politique à l’IEP de Lille, où elle se passionne pour l’histoire des idées politiques. « Cette matière m’a fait comprendre que la politique pouvait changer la vie des gens, c’est à partir de là que je me suis vraiment engagée. » C’est également dans ce cadre universitaire qu’elle rencontre Marie-Christine Blandin, sénatrice du Nord, dont elle devient assistante parlementaire en 2004. « C’est simple, elle est mon mentor ! C’est elle qui m’a montré à quel point l’écologie n’est pas un truc de bobos urbains. Que l’écologie concerne avant tout les classes populaires. »
En 2005, Karima Delli adhère au parti Les Verts et cofonde en parallèle plusieurs collectifs militants, dont le collectif Jeudi noir, qui met sur le devant de la scène la crise du logement chez les jeunes, ou encore le collectif Sauvons les riches, qui vise à instaurer un revenu maximal autorisé, de l’ordre de 30 fois le revenu médian. « J’ai toujours fait du militantisme souriant, plein de vie, du militantisme positif ! »
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Puis, en 2009, une proposition vient bouleverser son destin de militante. « Daniel Cohn-Bendit m’a demandé si je voulais être sur la liste Europe Écologie en Île-de-France. J’ai accepté sans trop y croire. Me retrouver sur la même liste que José Bové, Eva Joly, Yannick Jadot… c’était un peu irréel. » Le soir des élections, elle ne s’attend pas à être élue. Mais à 3 heures du matin, elle reçoit un appel du préfet : « Madame Delli, on a recompté les votes. Vous êtes députée européenne ! »
Karima Delli découvre à Strasbourg une nouvelle culture politique : celle du compromis. « Personne n’est majoritaire seul au Parlement européen. Il faut en permanence faire des compromis pour avancer. » Son premier combat : l’insertion des jeunes et l’accès au logement. La députée verte obtient des fonds européens pour la rénovation des logements sociaux et contribue également à la mise en place de la Garantie jeunesse, qui assure à chaque jeune de moins de 30 ans une formation ou un emploi dans les quatre mois suivant la fin de ses études.
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Réélue en 2014, cette fois dans le nord-ouest, elle se spécialise sur les transports et la pollution de l’air. Elle rédige un rapport clé sur la mobilité durable et dénonce le scandale du diesel. « Le diesel est un scandale de santé publique », martèle-t-elle aux parlementaires. En 2015, l’affaire Volkswagen éclate. Karima Delli réagit en obtenant la première commission d’enquête du Parlement européen sur un scandale sanitaire depuis celui de la vache folle.
Puis en 2017, elle brise un plafond de verre en devenant la première femme à présider la commission transport et tourisme. Un monde d’hommes, où elle doit s’imposer et faire face à des remarques sexistes. « On me disait que mon discours était trop technique. Et on voulait m’appeler par mon prénom. Mais je ne suis pas Karima, je suis Madame Delli. » La députée écologiste restera huit ans à la tête de cette commission (elle est réélue pour un troisième mandat européen en 2019), marquant de son empreinte la politique européenne sur la mobilité durable.
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L’écoféminisme comme combat politique
Militante, écologiste, eurodéputée, Karima Delli est aussi féministe. Inspirée par l’écoféminisme de l’activiste indienne Vandana Shiva, elle estime que « l’avenir appartient aux femmes. Elles ne doivent pas attendre qu’on leur donne le pouvoir, elles doivent le prendre ! »
Un principe que l’actuelle conseillère régionale des Hauts-de-France (élue en 2021, ndlr) tentera de mettre en action lors du congrès interne des Verts, prévu le 25 avril prochain. Candidate à la direction du parti, Karima Delli défendra une écologie de solutions et d’innovations, accessible à toutes les classes sociales, convaincue que « les Français sont bien plus écologistes que populistes ».
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Julien Caron.
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Karima Delli est une invitée régulières des Rencontres de l’Ecologie de Die et de la Biovallée.