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Marine Tondelier : «L’écologie à la française, avec le gouvernement Bayrou, s’est transformée en écocide»

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A l’occasion de la rentrée de son parti, la secrétaire nationale des Ecologistes explique soutenir le mouvement «Bloquons tout» du 10 septembre et continue de pousser pour une candidature unique à gauche en 2027.

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 Sacha Nelken, Lucie Alexandre et Charlotte Belaïch
 20 août 2025
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L’été n’a pas fait bouger Marine Tondelier d’un iota. Malgré l’opposition de presque tous les autres partis du feu Nouveau Front populaire, la secrétaire nationale des Ecologistes continue de plaider pour une candidature unique de toute la gauche à la prochaine présidentielle. La Pas-de-Calaisienne le martèlera lors des Journées d’été de son parti qui débutent ce jeudi 21 août à Strasbourg. Durant ce long week-end de rentrée politique, il sera aussi largement question de la journée de mobilisation «Bloquons tout» prévue le 10 septembre prochain.  la cheffe des verts explique que son parti soutiendra le mouvement mais appelle les formations politiques à «rester à leur place» et à ne pas tenter d’instrumentaliser la lutte.

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Comment abordez-vous cette rentrée ?

Concentrée et déterminée. Les Ecologistes sont du genre tenaces… On a d’ailleurs montré notre résilience cet été : personne chez nous ne s’est dit «la loi Duplomb a été adoptée, tout est fini, on abandonne». On a continué à se battre, sous d’autres formes. Qui aurait pu prédire que 2 millions de Français se mobiliseraient en plein mois de juillet et en pleine période de backlash écologiste pour défendre une mesure verte ? Nous.

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Comment expliquez-vous le succès de cette pétition ?

J’avais annoncé en juin que je sentais venir un «backlash du backlash écologiste». Car le gouvernement est allé trop loin dans l’irresponsabilité. Début juillet, aux rencontres économiques d’Aix, même les chefs d’entreprise qu’on pourrait plutôt imaginer proches d’Emmanuel Macron s’inquiétaient auprès de moi des reculs en cours qui allaient à rebours de la science et du bon sens. L’«écologie à la française» promise par Macron était déjà peu convaincante et inopérante. Elle s’est transformée, avec le gouvernement Bayrou, en écocide.

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Comment expliquez-vous que cette victoire ait été impulsée par la société et pas par votre parti ?

On ne peut pas dire que les Ecologistes n’ont pas été présents sur la loi Duplomb que nous avons combattue sans relâche, depuis le début, et dans un premier temps dans une indifférence générale, médias compris. Mais c’est logique, la bataille culturelle ne se mène pas que dans l’arène politique et les hémicycles de nos assemblées. Nous nous sommes donc concertés entre acteurs écologistes et répartis les rôles. Un Français qui n’est pas politisé n’a pas envie de signer la pétition d’un parti, c’est logique.

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Quelle est la solution ? Le gouvernement ne semble pas parti pour changer de logiciel…

C’est le moins qu’on puisse dire… Cet été, avec la canicule et les feux de forêt, tout le monde a pris conscience de la situation, sauf François Bayrou, qui cherche à économiser des milliards d’euros mais n’a pas compris que l’inaction climatique allait coûter un «pognon de dingue». Pour des gens qui semblent se soucier autant des chiffres, c’est une incohérence économique majeure… C’est inefficace et injuste. Quand le gouvernement supprime la prime à la conversion ou à l’isolation des logements, il prive les Français d’aides directes et ceux qui en dépendent. Aujourd’hui, le pays est en réalité bloqué… par les macronistes eux-mêmes ! Ils organisent donc une obstruction permanente à la justice sociale et environnementale. Résultat : peu de Français vivent mieux qu’il y a dix ans… à part eux. Et ça, le pays ne le supporte plus.

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Appelez-vous comme Jean-Luc Mélenchon à soutenir le mouvement du 10 septembre ?

J’ai plaidé dès le mois de juillet auprès des instances de mon parti pour que nous soyons en soutien de cette mobilisation mais aussi de toutes les autres qui se préparent avec les partenaires sociaux… Parce que l’on parle beaucoup du 10 septembre mais la rentrée sera en réalité émaillée de grèves et de manifestations. Mais le respect, c’est important pour nous. J’ai toujours détesté la récupération et je pense que les personnes qui ont l’intention de s’investir dans ces mouvements aussi. L’avenir de notre pays se joue dans ces mouvements d’ampleur annoncés à la rentrée. Et je le dis à tous les partis : hors de question de tout gâcher en organisant une compétition de nombre de drapeaux ou de mettre les manifestants mal à l’aise parce qu’ils auraient l’impression de marcher dans les pas de tel ou tel candidat à la présidentielle.

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Les Ecologistes voteront-ils une motion de censure sur le budget ?

Quand François Bayrou a été nommé, j’ai dit que la simple présence de Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur justifiait déjà une motion de censure. Depuis, chaque jour qui passe, ce gouvernement nous a donné de nouvelles raisons de le censurer. Sur l’écologie, c’est comme si le gouvernement ne voulait pas accepter que l’état de crise allait devenir notre quotidien. Combien de reculs, encore, allons-nous devoir déplorer quand il faudrait avancer ?

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En cas de dissolution, défendez-vous toujours des candidatures d’union de la gauche partout en France comme en 2024, contrairement à ce que défendent les socialistes ?

Chez les Ecologistes, nous avons le mérite de la constance. Notre boussole, à tous, doit être l’antifascisme. Regardez ce qu’il se passe dans le monde, où de grandes démocraties basculent une par une. La France fait partie des prochains dominos qui peuvent tomber. Et si la France tombe, c’est l’Europe qui vacille. Alors excusez-moi mais les petits jeux d’appareils, c’est un grand classique, c’est de saison, mais moi, je n’ai pas de temps à y consacrer. Je trouve même cela indécent. Chaque journée, chaque heure qui nous sépare de 2027 doit être consacrée aux deux menaces existentielles omniprésentes : le fascisme et la crise environnementale. Pourquoi nous avons fait le NFP ? Parce que le danger de voir arriver Jordan Bardella à Matignon était imminent. Qui peut sincèrement penser que nous aurions, en 2025, en 2026 et 2027 davantage le luxe de la division qu’en 2024 ?

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En cas de duel entre socialistes et insoumis, comme cela pourrait avoir lieu dans certaines élections législatives partielles, quelle serait la position des Ecologistes ?

Cela ne doit tout simplement pas avoir lieu. J’ai eu tous les chefs de partis du NFP au téléphone ces dernières vingt-quatre heures. C’était à chaque fois cordial même s’ils ne le sont pas forcément toujours entre eux. Je pense que tout le monde a en tête la gravité de la situation nationale et internationale. Je ne vois pas comment ces partis, avec leurs histoires, leurs valeurs et leurs combats ne seraient pas au rendez-vous in fine, ensemble. Donc je n’accorde pas beaucoup d’attention à cette commedia dell’arte, c’est une perte de temps.

Comment enrayer la progression de l’extrême droite qui semble parfois inexorable ?

Premièrement, en étant combatifs et irréprochables sur l’antisémitisme et toutes les luttes contre toutes les formes de racisme dont la recrudescence me tord le bide. Il faut aussi réinvestir la question de l’égalité des territoires. J’ai lu le livre Quand le parisianisme écrase la France [l’Aube, 2025] qui évoque un sujet important : il y a dans ce pays une concentration des pouvoirs à Paris. Résultat : quand tu n’y vis pas, tu as l’impression que tu ne comptes pas. Et ce n’est pas juste un sentiment. La solitude, aussi, est un sujet important délaissé par les politiques, alors qu’un Français sur quatre est touché. Je pense que cette solitude nourrit aussi un rapport blessé à l’autre, qui nourrit ensuite le Rassemblement national qui pourtant n’a rien de concret à proposer sur le sujet.

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Sur les municipales, quelles sont vos ambitions ?

Notre objectif est de conserver les villes écologistes et de gauche, mais aussi d’en conquérir un maximum de nouvelles, de toutes tailles, et dans tout type de territoires. Et je mettrai toutes mes forces dans cette bataille. Je sors d’ailleurs un livre début octobre qui s’intitule Demain si tout va bien ! [Albin Michel] qui sera l’occasion de poursuivre mon tour de France.

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Vous prônez là aussi des alliances avec toute la gauche ?

Chez nous, ce sont nos groupes locaux qui décident pour leur commune. Cela étant dit, dans les villes de gauche où le ou la maire se représente, il semble logique, évident, que les gens qui ont travaillé ensemble pendant tout un mandat, repartent au moins dans ce périmètre-là quand ça s’est bien passé. C’est l’objectif minimal que je fixe. Parce que les Ecologistes souhaitent l’union la plus large partout où cela est possible. De cela dépendent beaucoup de bascules de villes de droite, et c’est ce que nous devons à leurs habitants. Les membres de notre bureau politique sont disponibles pour mettre de l’huile dans les rouages là où c’est nécessaire.

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Avez-vous avancé depuis le 2 juillet sur le sujet de la primaire et le périmètre de l’union ?

Nous sommes au travail, oui, sur le programme, sur les conventions thématiques de la rentrée et sur l’organisation de la primaire en elle-même. Le gros défi de cette rentrée politique et des mois à venir pour la gauche et les écologistes, c’est de faire mentir les promesses de défaites qui nous sont faites. Je pense d’ailleurs que la position de Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon, qui revendiquent vouloir faire cavaliers seuls, sera de plus en plus difficile à tenir. Je ne comprends pas comment, avec la conviction antifasciste qu’ils ont l’un et l’autre chevillée au corps et savent déclamer avec beaucoup d’emphase, ils peuvent assumer de se présenter coûte que coûte alors que le risque de voir la France basculer à l’extrême droite est si fort.

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Jean-Luc Mélenchon a donc sa place dans une future primaire ?

Jean-Luc Mélenchon est une proposition politique qui existe même si elle n’est pas celle que je soutiens personnellement. On ne peut pas l’ignorer. Les Ecologistes font confiance aux électeurs de gauche et écologistes pour trancher qui ils veulent voir porter leurs couleurs au premier tour de la présidentielle. Et aucun des candidats putatifs ne devrait en avoir peur…

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Quand pensez-vous que cette primaire doit être organisée ?

Je souhaite à la personne qui nous représentera in fine toutes et tous à l’élection présidentielle d’être désignée le plus tôt possible. Evidemment, ça ne pourra pas être avant les élections municipales qui vont beaucoup nous mobiliser mais je souhaite que la primaire ait lieu rapidement ensuite, avant l’été 2026. Cela permettrait à la personne désignée et à l’équipe que nous formerons tous ensemble de s’organiser pour une campagne gagnante, mais aussi de prendre le temps d’aller écouter ce qu’ont à dire les Français.

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Votre responsabilité de secrétaire nationale des Ecologistes est-elle d’être candidate à la primaire ?

Les Ecologistes n’ont pas vocation à être uniquement les gentils organisateurs de l’union. Je tiens en tant que secrétaire nationale à ce qu’ils présentent une candidature forte à cette primaire et croyez-moi ils le feront. Qui ? Ça, nous le déciderons collectivement à l’automne.

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 Sacha Nelken, Lucie Alexandre et Charlotte Belaïch
 20 août 2025

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