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Marion Chaygneaud-Dupuy, la bouddhiste qui nettoie l’Everest

Après avoir passé plusieurs années dans un monastère bouddhiste à Darjeeling, Marion Chaygneaud-Dupuy s’est donné pour mission de débarrasser l’Everest des tonnes de détritus laissés par les alpinistes.
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Blanche de Richemont

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Marion Chaygneaud-Dupuy. Marion Chaygneaud-Dupuy.

Son sourire éclatant vient des sommets de l’Himalaya et de plusieurs années de silence à l’écart du monde. A 16 ans, après un voyage dans les bidonvilles de Calcutta aux côtés d’un médecin des rues, Marion Chaygneaud-Dupuy comprend qu’elle doit se mettre au service de la vie sous toutes ses formes. Elle décide alors de faire vœu de chasteté, se rase la tête et commence des retraites bouddhistes en Dordogne, non loin de la maison où elle vit avec ses parents.

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Réalisant qu’elle ne pourra avancer seule sur le chemin spirituel qui l’attire, la jeune femme souhaite trouver un maître. Les livres de méditation du grand maître tibétain Bokar Rinpoché, enseignant de renom proche du Karmapa – la personnalité la plus importante du bouddhisme après le dalaï-lama –, l’interpellent. Au printemps 1999, du haut de ses 18 ans, elle se présente donc à Mirik, dans le monastère que le maître a fondé près de Darjeeling pour lui demander de la prendre comme disciple.

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« You want too much »

Mais alors que la Française lui expose ses questions, l’enseignant bouddhiste répond par cette phrase qui va l’accompagner longtemps : « You want too much » (« Tu en veux trop »). Il l’accepte néanmoins à ses côtés et lui apprend pendant quatre ans à ne plus vouloir, à abandonner le contrôle pour laisser être. Elle réside tout près du monastère, ne pouvant vivre avec les moines, mais partage tous ses repas avec eux. On l’appelle désormais Dolma, la « Tara verte », autrement dit « la compassion en action ». Ce nouveau nom guidera désormais sa vie.

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« C’est de la matière brute que je transforme en lumière »

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Si ces années de monastère sont austères pour une jeune Occidentale, elle vit la relation à la discipline et au renoncement comme un moyen de s’éveiller encore et encore. La novice pratique le jeûne de la parole sur des périodes d’une à plusieurs semaines ; le silence est devenu sa source, son refuge et sa grande initiation. Pourtant, après quasiment quatre ans de méditation, elle fait sa « crise d’adolescence spirituelle » et quitte précipitamment le monastère sans mot dire à son maître.

Marion Chaygneaud-Dupuy part alors vivre au Tibet, pays avec lequel elle se sent profondément liée, et entame des études de philosophie et de littérature tibétaine à Lhassa. Elle s’occupe également des nomades et, pour gagner sa vie, devient guide de haute montagne dans l’école des guides de Lhassa. Avant de tourner son attention vers l’Everest, qui subit une surfréquentation. Elle grimpera à plusieurs reprises à son sommet et découvrira, ébahie, que le Toit du monde est couvert de déchets – les alpinistes épuisés qui grimpent, de plus en plus nombreux, la fameuse montagne, se préoccupent plus de leur survie que de nettoyer les traces de leur passage.

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Arrivée des yaks au camp de base avancé, à 6 500 mètres d’altitude, avec les provisions pour les expéditions. Arrivée des yaks au camp de base avancé, à 6 500 mètres d’altitude, avec les provisions pour les expéditions.

Huit tonnes de déchets en quatre ans

La Française décide alors d’aider un projet tibétain de nettoyage de l’Everest sur sa face Nord, Clean Everest, qui compte une équipe permanente de cinquante guides locaux, assistée de cent cinquante bénévoles étrangers qui désirent faire un effort physique pendant les semaines d’acclimatation dans les camps de base. A 6 500 mètres, là où l’air se raréfie, ils ont ramassé plus de huit tonnes de déchets en quatre ans.

Alors qu’elle reçoit le prix Terre de femme de la fondation Yves Rocher en 2019 pour le projet Clean Everest, Marion affirme qu’elle aime les détritus qu’elle ramasse. Un paradoxe ? Non, dit-elle, car ils font écho à ses propres démons intérieurs. « Les déchets, ce sont mes jugements. Je ne dis pas que c’est mauvais, car si je disais que c’est mauvais, je perdrais mon amour envers mes déchets intérieurs. C’est juste de la matière brute que je transforme en lumière. » « Seul l’amour qu’on met dans nos gestes nous purifie et purifie la Terre », conclut la Tibétaine d’adoption.

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Des bouteilles d’oxygène vides sont abandonnées tout au long de l’ascension de l’Everest. Des bouteilles d’oxygène vides sont abandonnées tout au long de l’ascension de l’Everest.

Pour en savoir plus Respire, tu es vivante. De Lhassa à l’Everest, une aventure écologique et spirituelle, par Marion Chaygneaud-Dupuy (Massot Editions, 2020, 20,90 €)

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Marion Chaygneaud-Dupuy sera à Die  en janvier 2026 aux 24èmes Rencontres de Die et de La Biovallée.

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