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Discours à l’ONU 

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«Le temps est venu…» : Macron reconnaît l’Etat de Palestine, récit d’une journée historique

Le président français a, lundi 22 septembre, dans un discours historique en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, reconnu l’Etat palestinien. Il a conditionné l’ouverture d’une ambassade à la libération préalable des otages et l’instauration d’un cessez-le-feu.

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Conflit israélo-palestinien
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Emmanuel Macron à la tribune des Nations unies, à New York le 22 septembre.
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Philippe Coste
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159 pays (  sur 190 ) reconnaissent  l’État souverain de Palestine… Encore une vingtaine à la traine : Japon, Corée du Sud, USA, Israël, Singapour,  Taïwan, Népal, la Birmanie (Myanmar) et Bhoutan en Asie,  Cameroun et  l’Érythrée en Afrique, Panama en Amérique… Outre l’Italie et l’Allemagne, la Croatie, la Finlande, la Grèce, la Lettonie, le Liechtenstein, la Lituanie, la Moldavie, Monaco, les Pays-Bas, la Macédoine du Nord, la Suisse, la Hongrie et la République tchèque ont refusé de reconnaître la Palestine. 

«La France reconnaît aujourd’hui l’Etat de Palestine.» Il était 21h21 lundi soir heure de Paris, quand le président Emmanuel Macron a officiellement reconnu l’Etat palestinien à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. A plusieurs reprises, devant les représentants des pays membres de l’ONU, le chef de l’Etat a scandé que le «temps était venu» : de «libérer les 48 otages détenus par le Hamas, d’arrêter la guerre, les massacres». En rappelant le bilan des attaques du 7 Octobre, en soulignant la «barbarie du Hamas qui a stupéfié Israël et le monde», Macron a déclaré : «Rien ne justifie plus la poursuite de la guerre à Gaza.»

Il a promis que le «combat existentiel contre l’antisémitisme ne cessera jamais», alors qu’Israël a plusieurs fois accusé la France de ne pas en faire assez en la matière. Le président a également plaidé pour une «solution à deux Etats», affirmant être ainsi «fidèle à l’engagement historique» de la France «au Proche-Orient […] Il pèse donc sur nous une responsabilité historique. Nous devons tout faire pour préserver la possibilité même d’une solution à deux Etats, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité», a-t-il ajouté.

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«Défaite pour le Hamas»

«Cette reconnaissance est une défaite pour le Hamas», a poursuivi Emmanuel Macron, alors que, quelques instants plus tôt, la Maison Blanche estimait qu’il s’agissait, au contraire, d’un cadeau fait au groupe terroriste au pouvoir à Gaza. «Cette reconnaissance ouvre le chemin d’une négociation utile aux Israéliens comme aux Palestiniens», a insisté Macron.

Il a ensuite détaillé le plan de sécurité porté par l’Arabie Saoudite et Paris depuis le printemps dernier, et «adopté à une très large majorité», a souligné le chef de l’EtatIl a appelé, «dans un premier temps, [à] coupler la libération des 48 otages et la fin des opérations militaires sur tout le territoire de Gaza», puis à «un véritable démantèlement et désarmement du Hamas», à «une obligation absolue d’Israël à faciliter l’accès à Gaza pour l’aide humanitaire». «La France est prête à contribuer à une mission internationale de stabilisation sur le terrain», s’est engagé le président français.

L’établissement d’une ambassade de France dans le futur Etat palestinien ne se fera que sous certaines conditions, a précisé Emmanuel Macron : «Je pourrais décider d’établir une ambassade auprès de l’Etat de Palestine dès lors que tous les otages détenus à Gaza auront été libérés et qu’un cessez-le-feu aura été établi.»

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Rencontre avec la société civile

Le président français s’est adressé à l’Assemblée générale de l’ONU que le représentant d’Israël à l’ONU avait désertée. Quelques heures plus tôt, Danny Danon avait critiqué par anticipation le choix de la France. «Si le Hamas vous applaudit, c’est que vous êtes du mauvais côté de l’histoire. Ceci est un théâtre, un show déconnecté de la réalité qui n’arrange en rien la paix mais soutien le terrorisme», assurait le diplomate israélien (Hystérique , NDLR ) , campé en début d’après-midi devant la presse près de l’entrée de l’Assemblée générale. Une heure avant qu’Emmanuel Macron annonce la reconnaissance de l’Etat palestinien. «Seule la fin du Hamas nous autorisera à parler d’avenir», conclut-il.

Au même moment, le président français termine ses entrevues avec cinq représentants de la société civile, israéliens et Palestiniens, avant d’annoncer sa reconnaissance officielle d’un Etat palestinien durant la conférence du lundi 22 septembre. Danon, membre du Likoud, ancien ministre de l’éducation, n’a pas mâché ses mots depuis juillet, mais l’approche de l’évènement confirme autant son agacement que l’isolement médiatique de son pays dans les minutes précédant une proclamation historique par dix États occidentaux, possible préalable à un coup de force unilatéral du Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

La fermeture du consulat français à Jérusalem ? Une annexion spectaculaire en Cisjordanie ? Israël pour l’instant, se contente d’annoncer son absence ce jour au Conseil de sécurité, au prétexte qu’il a lieu au début des fêtes religieuses de Roch Hachana, sans pour autant réussir à porter ombrage à la reconnaissance de l’Etat palestinien.

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Ligne de mire

Emmanuel Macron, avant l’événement, a joué l’apaisement, maintenant en ligne de mire l’objectif de résolution du conflit inscrit dans le plan de paix lié à la reconnaissance du nouvel Etat. Sa rencontre, en début d’après-midi, dans les locaux de la mission française à l’ONU, avec Yehuda Cohen, le père de l’otage Nimrod Cohen et avec le réfugié palestinien Wasim Almasri, membre de l’Alliance for Middle East regroupant près de 160 associations palestiniennes et israéliennes, la chirurgienne britannique Nada Al Hadithy, tout juste revenue de l’hôpital Nasser de Gaza participait du message humain entourant la reconnaissance.

Mais la perception générale de l’événement historique reste centrée, à l’ONU, sur son caractère de grand coup politique. En choisissant d’annoncer un jour avant la France, la Belgique, le Luxembourg, le Portugal et Andorre, leur reconnaissance de l’Etat palestinien, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie ont privilégié le message à leurs opinions internes tout en s’écartant prudemment d’une manifestation politique trop clairement destinée à stigmatiser l’unilatéralisme américain et le jusqu’au-boutisme de son indéfectible partenaire israélien. L’Allemagne est absente des débats, en raison de ses relations pour le moins complexe avec Jérusalem. Et l’Italienne Giorgia Meloni, hostile à une reconnaissance de la Palestine, n’atterrira à New York que mardi, pour le début des défilés d’orateurs à l’Assemblée générale.

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Tergiverser sur l’aide humanitaire

Richard Gowan, responsable ONU au centre d’analyse International Crisis Group, rappelle l’évidence : «une reconnaissance symbolique, puisqu’elle ne peut être effective que par un vote du Conseil de Sécurité auquel les Etats-Unis apporteraient à coup sûr leur veto». Des Etats-Unis, qui alors qu’ils tergiversent sur l’aide militaire à l’Ukraine, garantissent jusqu’à nouvel ordre la sécurité aérienne d’Israël, et le maintien de sa stratégie politico militaire.

«La victoire diplomatique» d’Emmanuel Macron est perçue à l’Assemblée générale comme une ambition de forcer un moment charnière dans les relations de l’Europe avec Israël, déjà illustré par les premières sanctions commerciales cautionnées la semaine dernière par l’Union européenne. Le pari impossible sur un retour dans les négociations d’Israël motivé par la menace d’une plus large reconnaissance de la Palestine, n’a plus cours. Au contraire, la brutalité de Benyamin Nétanyahou, pendant de celle de Donald Trump aux Etats-Unis, envers Gaza, et des partenaires arabes humiliés ou bombardés ces dernières semaines, ouvre l’opportunité d’un new deal politique made in France qui présenterait une alternative à la domination politique erratique américaine.

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En refusant un visa à Mahmoud Abbas, chef de l’autorité palestinienne, Donald Trump a déjà tranché, tentant tout pour diminuer l’impact de l’événement de lundi. Plusieurs diplomates, dans des langues différentes, conçoivent l’idée que la France «pourrait perdre des plumes» dans ce coup de force, à l’instar des conséquences économiques et politiques de son refus, en 2023, d’accompagner les Américains en Irak. Mais cette dissidence pourrait aussi permettre à la présidence française, en guise de postérité, d’incarner une  dissidence mondiale contre le pouvoir et la dérive unilatéraliste des Etats-Unis.

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Philippe Coste sur Libé
22 septembre 2025

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