Mouvement du 10 septembre : de nombreux collectifs écologistes apportent leur soutien pour tenter de « verdir » les revendications
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Un tract de mobilisation pour le mouvement du 10 septembre, à Paris, le 4 septembre 2025.
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Participer avec des doutes sur l’ambiance et la radicalité des blocages ? Ou s’abstenir en attendant d’y voir plus clair ? Au cœur de l’été, les associations écologistes se sont toutes interrogées sur le mouvement du 10 septembre. Initiée sur des réseaux sociaux proches de l’extrême droite, puis soutenue par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et des syndicats, cette journée verra bien affluer des défenseurs de l’environnement.
Depuis quelques jours, la majorité des collectifs ont affirmé leur soutien et, parfois, leur participation. « Nous allons y aller prudemment, résume Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. Mais, dans cette période très sombre pour les défenseurs de l’environnement, cela nous semble important de rappeler que l’on peut trouver une partie des solutions à la détresse des gens dans une transition écologique juste. »
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A l’instar de Greenpeace, Alternatiba, Extinction Rebellion, Action Justice Climat, ANV-COP21 ou encore la Confédération paysanne ont ainsi signé un appel dans la revue Regards pour « amplifier et prolonger la mobilisation du 10 septembre ». Alors que les premiers mots d’ordre ne contenaient aucune revendication écologiste ou climatique, l’idée de la plupart des militants est de pouvoir intervenir dans les assemblées générales pour au moins évoquer ces enjeux environnementaux.
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« Ras-le-bol collectif »
« Nous avons avancé à tâtons au début, sans vraiment savoir qui contacter car le mouvement est totalement décentralisé, précise Fanny Petitbon, responsable France de 350.org. Mais nous devons saisir cette occasion pour rappeler au gouvernement notre ras-le-bol collectif contre les 43 reculs environnementaux décidés depuis le début de l’année, notre colère contre son mépris pour le résultat des urnes, notre opposition à ce projet de budget… Il y a beaucoup de choses qui nous rassemblent. »
Au-delà d’occuper le terrain pour faire exister les thématiques environnementales invisibilisées ou instrumentalisées par l’extrême droite depuis plusieurs mois, les collectifs, qui s’étaient tenus éloignés des premiers rassemblements des « gilets jaunes », veulent aussi prendre date. La plupart participeront à la journée syndicale du 18 septembre. Ils espèrent aussi faire la jonction avec la journée du 28 septembre, au cours de laquelle ils organiseront des marches dans de nombreuses villes de France pour le climat, la justice et les libertés.
« Nous n’avons pas à organiser un mouvement citoyen qui, par définition, doit rester libre, pense Gaspard Tamagny, porte-parole d’Alternatiba. Chacun de nos groupes locaux peut participer, mais nous serons aussi très attentifs aux mots d’ordre et aux messages délivrés le jour même. Idem pour les blocages, il faut que ça reste non violent. »
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« Milliardaires réactionnaires »
De leur côté, Les Soulèvements de la Terre, le collectif le plus mobilisé sur les actions locales contre les mégabassines ou les grands projets tels l’A69 ou le canal Seine-Nord Europe, ont affirmé leur soutien sans réserves à la journée du 10 septembre. Attirant souvent des activistes organisés en black blocs, Les Soulèvements de la Terre ont appelé dans un long communiqué à « tout bloquer et à bien viser (…) pour faire sauter l’austérité et sortir ensemble de la route qui semblait toute tracée de l’autoritarisme actuel vers un nouveau fascisme à venir ».
« Nous ne mènerons pas des actions en notre nom propre, mais nous accompagnerons ce qu’il se passe dans les villes, notamment lors des opérations de blocage, estime un des responsables. Peut-être que cette journée peut faire éclore des choses pour la suite. » Sans être à la manœuvre, Les Soulèvements de la Terre, que Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur à l’époque, avait tenté de dissoudre en 2023, conseillent « deux pistes d’intervention possibles » : les « sites de production et de vente emblématiques de l’agro-industrie et du libre-échange » et les sites des « milliardaires réactionnaires qui pillent, exploitent et sont les seuls à bénéficier des plans à la Bayrou » en citant Vincent Bolloré, visé par de nombreuses « actions » des Soulèvements de la Terre depuis plus d’un an.
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Revendications « peu claires »
Mais d’autres collectifs et fédérations ont choisi de contourner le 10 septembre tout en restant actifs pour les 18 et 28 septembre, notamment France Nature Environnement (FNE). « Dès le début, nous avons été réticents en voyant que des mouvements comme Les #Gueux [des internautes en colère contre les zones à faibles émissions] proches de la Coordination rurale étaient actifs. Et nous avons eu la même réflexion quand des partis politiques ont commencé à soutenir, car notre vocation n’est pas de suivre un parti ou un autre », résume Antoine Gatet, président de FNE, circonspect devant des revendications « peu claires » et l’absence de « personnes responsables » avec qui échanger sur les mots d’ordre ou la tonalité des rassemblements.
FNE a même dû contacter certains participants au mouvement du 10 septembre qui ont annoncé sur les réseaux sociaux que la fédération soutenait l’initiative. Si certaines associations, membres de FNE, participeront, la fédération a envoyé des messages de prudence. En cas de revendications ou de blocages problématiques, il faudra quitter les rassemblements.
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