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«Les opportunités manquées se paient en millions de vies» : l’inaction climatique fustigée pour son pouvoir meurtrier dans «The Lancet»
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Publié chaque année avant la COP par la célèbre revue médicale britannique, un rapport publié mercredi 29 octobre estime que les effets du réchauffement causent désormais en moyenne 546 000 décès chaque année. De nouvelles estimations des pertes humaines entraînées par les feux de forêt sont aussi dévoilées.
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Chaque année, à l’approche de la conférence des Nations unies sur le climat (COP), c’est le même rituel : espérant profiter de la visibilité médiatique de l’évènement pour percer le bruit continu et assourdissant de l’actualité, institutions, scientifiques et associations multiplient les communications en publiant des rapports à profusion. Chaque facette de la crise climatique est explorée, toutes les sous-thématiques sont décortiquées, il faut trier. Parmi les analyses essentielles de cette pléiade 2025, le 9e rapport annuel du Lancet Countdown (pour «compte à rebours»), mis en ligne par la célèbre revue médicale britannique The Lancet, ce mercredi 29 octobre, à dix jours du coup d’envoi de la COP30 – qui démarre le 10 novembre à Belém, au Brésil –, mérite toute notre attention.
Rédigé par 128 experts issus de 57 universités internationales, en étroite collaboration avec les agences onusiennes, ce travail de référence est consacré aux effets du changement climatique sur la santé humaine en se fondant sur l’ensemble des connaissances scientifiques actuelles. Sa 9e édition, la plus complète à ce jour, revêt une importance majeure car les chercheurs y avertissent sans détour que les menaces de l’un sur l’autre ont «atteint des niveaux sans précédent». Au moment même où la diplomatie climatique chancelle, insistent-ils, et les luttes environnementales sont remises en question. «Alors qu’un nombre croissant de dirigeants mondiaux menacent d’annuler les quelques progrès réalisés à ce jour […], que certains gouvernements maintiennent un statu quo insoutenable, malsain et finalement invivable, les populations du monde entier en paient le prix fort», alerte Anthony Costello, professeur à l’University College London (UCL) et coprésident du Lancet Countdown, qui souligne que ces «opportunités manquées se paient en millions de vies».
De fait, sur les vingt indicateurs de «suivi des risques et des effets du changement climatique sur la santé» présentés annuellement dans ce compte à rebours, douze ont enregistré de nouveaux records en 2024. Augmentation du nombre de cas d’insécurité alimentaire, de maladies infectieuses, de décès directement liés aux vagues de chaleur, de morts attribuables aux fumées des feux de forêt… «Le bilan sanitaire de cette année dresse un tableau sombre et indéniable […] aux quatre coins du monde, avec des menaces inédites pour la santé», résume Marina Romanello, chercheuse à l’UCL et directrice exécutive du Lancet Countdown.
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Risque de «stress thermique»
Parmi les indicateurs alarmants, la hausse des pertes humaines dues aux températures accablantes est particulièrement critique. Les effets du réchauffement ont entraîné une augmentation de 63 % du nombre de décès liés à la chaleur depuis les années 1990, atteignant en moyenne 546 000 décès annuels entre 2012 et 2021 (si l’on prend en compte la croissance démographique mondiale, cela représente une hausse de 23 %).
84 % des épisodes de «canicule extrême» auxquelles ont été soumises les personnes entre 2020 et 2024 «n’auraient pas eu lieu sans le changement climatique», peut-on lire dans le rapport. En 2024, les bébés de moins d’un an et les adultes de plus de 65 ans, soit les deux groupes d’âge les plus vulnérables face au thermomètre qui grimpe, ont subi un nombre de records de vingt jours de canicule. Une exposition respectivement 389 % et 304 % plus élevée que la moyenne observée entre 1986 et 2005.
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Les chiffres donnent légèrement le tournis, mais ce n’est pas fini. Car le rapport révèle aussi qu’en 2024, chaque individu a été exposé en moyenne à un nombre record de 1 609 heures où la chaleur ambiante représentait «au moins un risque de stress thermique modéré lors d’exercices légers en extérieur», soit 35,8 % de plus qu’entre 1990 et 1999. Pour rappel, le stress thermique peut exacerber les maladies sous-jacentes, telles que les pathologies cardiovasculaires, le diabète, l’asthme et les troubles mentaux. Sur le plan du repos nocturne, le rapport pointe que le temps total de sommeil perdu en raison des températures élevées a crû de 9 % en 2024 par rapport à la période 1986‑2005
«Le temps plus chaud et plus sec» augmentant le risque d’incendies forestiers, l’année 2024 a également connu un record de 154 000 morts causées par la pollution aux particules fines (PM2,5) issues de la fumée des brasiers. En France, ces particules auraient causé environ 700 décès par an en moyenne entre 2020 et 2024. «Toutes ces pertes, qui augmentent à la fois en ampleur et en imprévisibilité, exercent une pression croissante sur les systèmes de santé, lesquels deviennent de moins en moins capables d’absorber les dommages liés au changement climatique», préviennent les experts.
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Propagation de maladies infectieuses
Autre indicateur sanitaire qui explose : les risques accrus de carences en nutriments. L’année dernière, 61 % de la surface terrestre mondiale a été touchée par une sécheresse extrême. Un record, là aussi, qui a conduit à un déficit hydrique majeur, plongeant plus de 123 millions de personnes supplémentaires dans une «insécurité alimentaire modérée ou sévère» par rapport à la période 1981‑2010.
A cela s’ajoute le nombre de jours de précipitations extrêmes, qui a augmenté de 64 % à l’échelle planétaire entre 1961-1990 et 2015-2024. Cette modification du régime des pluies, combinée à la hausse des températures, accentue fortement le risque de propagation de maladies infectieuses. D’après le rapport, le risque annuel de transmission de la dengue par les moustiques Aedes albopictus (moustique «tigre») et Aedes aegypti a respectivement augmenté de 48 % et presque 12 % entre les années 1950 et aujourd’hui («les périodes de sécheresse précédées de pluie augmentent la densité de populations de moustiques», expliquaient en février 2025 des chercheurs de l’Institut Pasteur dans un article scientifique).
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Au cours de la période 2015-2024, 364 millions de personnes supplémentaires ont été exposées aux maladies transmises par les tiques Rhipicephalus sanguineus et Hyalomma spp par rapport aux années 1950 (toujours selon l’Institut Pasteur, les tiques se reproduisent mieux et survivent plus longtemps lorsque les saisons chaudes s’allongent, et raffolent, par ailleurs, d’humidité).
«Combinés à des décennies de retards dans l’adaptation», les événements météorologiques extrêmes de 2024 (canicules, tempêtes, inondations, etc) ont causé au moins 16 000 décès et seraient à l’origine du déplacement de plus de 800 000 personnes. Les auteurs indiquent par ailleurs que la pollution atmosphérique résultant de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz entraîne désormais, chaque année, le décès de 2,5 millions de personnes. «La destruction des vies et des moyens de subsistance continuera à s’intensifier tant que nous n’aurons pas mis fin à notre dépendance aux combustibles fossiles et que nous n’aurons pas considérablement amélioré notre capacité d’adaptation», met en garde Marina Romanello.
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