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Il faut un budget de relance écologique pour créer des centaines de milliers d’emplois durables

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Marylise Léon, Dominique Méda, Morgane Créach… un collectif issu de la société civile, du monde économique et du travail, appelle à un changement de cap pour préserver la planète et garantir les emplois.

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L’histoire récente montre que des filières écologiques bien financées génèrent de l’emploi durable. Ici, installation d’ombrières photovoltaïques, près de Poitiers, en 2025. 
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17/10/2025
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Après une séquence politique inédite, le gouvernement Lecornu II vient de présenter les grandes lignes du projet de loi de finances pour 2026. Les contraintes sont fortes. Pourtant, les débats à venir au Parlement offrent une occasion rare : celle de dépasser ces limites et de redéfinir une vision d’avenir pour la France – une vision fondée sur l’investissement dans la transition écologique et la création de centaines de milliers d’emplois durables.

Les débats budgétaires doivent d’abord être l’occasion de tourner la page d’un recul politique. Depuis plusieurs mois, la transition écologique a été une variable d’ajustement dans la politique budgétaire du gouvernement : suspension de MaPrimeRénov, moratoire envisagé sur les énergies renouvelables, loi Duplomb sur l’agriculture, baisse du fond vert pour les collectivités locales… Ces décisions sont un mauvais calcul pour l’emploi comme pour la planète.

Derrière chaque politique en faveur de l’environnement, il y a des secteurs économiques et industriels créateurs d’emplois locaux et non délocalisables. A l’inverse, chaque recul sur ces politiques freine l’investissement, y compris dans la formation des travailleurs, et met en péril la création d’emplois stables et de qualité.

C’est pourquoi, nous, acteurs issus de la société civile, du monde économique et du travail, appelons aujourd’hui à un changement de cap et d’ambition pour préserver la planète et garantir les emplois dont notre économie a urgemment besoin.

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D’ici à 2030 : 550 000 emplois peuvent être générés

Nous demandons un budget pour une transition écologique juste, qui relance les investissements nécessaires et développe l’emploi. Selon le Secrétariat général à la planification écologique, la transition écologique peut créer 550 000 emplois d’ici à 2030. Ignorer cet enjeu serait une occasion manquée pour notre économie et nos territoires.

Dans le secteur du bâtiment, les professionnels pointent les milliers d’emplois menacés par les incertitudes autour de MaPrimeRénov. Pourtant, avec l’objectif de 500 000 logements rénovés par an, 250 000 emplois pourraient être créés d’ici à 2030.

Le développement du ferroviaire, des transports en commun et du vélo doit générer plus de 100 000 emplois dans les cinq prochaines années. Le secteur des énergies renouvelables pourrait créer près de 90 000 emplois supplémentaires, l’industrie verte, près de 100 000. L’économie circulaire constitue un gisement d’emplois significatif encore largement sous-exploité. Le secteur agricole, confronté à un double défi démographique et écologique, bénéficierait également d’un soutien clair à l’agroécologie, qui permettrait de structurer cette filière créatrice d’emplois et renforcerait son attractivité.

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Alors que plus d’un Français sur deux déclare déjà avoir subi les conséquences du changement climatique là où il vit, les services publics de la santé, des secours et les services à la personne, qui assurent notre résilience face aux aléas climatiques, doivent également être renforcés.

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Une planification écologique à l’échelle des territoires

L’histoire récente montre que des filières écologiques bien financées génèrent de l’emploi durable. Les secteurs de la transition énergétique ont vu leurs emplois doubler en 15 ans selon l’Ademe.

A l’échelle des territoires, la transition écologique crée aussi de l’emploi. Dans les Hauts-de-France, pouvoirs publics, acteurs industriels et académiques prévoient 17 000 recrutements d’ici à 2030 dans l’électromobilité pour redynamiser ce bassin industriel en mutation.

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Dans le même temps, de nombreux secteurs, comme l’automobile, la sidérurgie ou encore l’agroalimentaire doivent être accompagnés dans leur mutation afin de garantir la préservation des emplois et sécuriser les parcours pour une transition juste au sein des territoires.

Ces mutations sont déjà à l’œuvre partout en France. Les initiatives doivent se multiplier, car c’est à l’échelle des territoires que la planification écologique permettra de créer et de préserver des emplois, et c’est à ce niveau que le levier budgétaire sera le plus efficace.

Pour que chaque euro investi serve la transition écologique et la création d’emplois, les aides publiques doivent être conditionnées à des engagements clairs en matière d’impact environnemental, social et territorial.

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Un test de responsabilité politique

Le budget de l’Etat sera donc un test de responsabilité pour le nouveau gouvernement et les parlementaires. Les filières de la transition ont besoin de stabilité et de visibilité pour investir, pour former les travailleurs et pour créer des emplois dignes et rémunérés.

L’attente citoyenne est forte : selon le baromètre de l’Ademe, sept Français sur dix estiment que la priorité économique du gouvernement devrait être de soutenir les activités qui préservent l’environnement.

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Financer une transition écologique juste aujourd’hui, c’est garantir les emplois durables et locaux de demain. Nous en sommes convaincus, tout comme les filières économiques et une large majorité de citoyens.

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Premiers signataires de cette tribune :

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Morgane Créach Directrice générale de Réseau action climat 

Fabien Sécherre Porte-parole de Jobs that makesense 

Marylise Léon Secrétaire générale de la CFDT 

Dominique Méda Professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine-PSL et présidente de l’institut Veblen 

Mathieu Hetzer Président du Centre des jeunes dirigeants (CJD) 

Charlotte Halpern Chercheuse à Sciences-Po et codirectrice de l’axe politiques environnementales du Liepp 

Stéphanie Clément-Grandcourt Directrice générale de la Fondation pour la nature et l’homme (FNH) 

Eric Duverger Codélégué général de la Convention des entreprises pour le climat (CEC) 

Chloé Liboureau Présidente du Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire (Reses) 

Anne Auclair Directrice du Réseau Cler 

Bastien Faure Directeur de l’association Zéro Waste France 

Lucie Becdelièvre Déléguée générale de l’association Alliance villes emploi

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