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« J’ai perdu le quart de mon salaire et ma voiture de fonction, mais cela en valait la peine » : ces cadres de grands groupes qui basculent dans l’associatif

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Les associations françaises comptent près de deux millions de salariés. Certains s’y sont toujours destinés. D’autres ont d’abord travaillé dans le privé, parfois pour de grands groupes, avant de découvrir ce secteur. Un univers bien différent du monde du travail qu’ils connaissaient…

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Malgré des outils parfois moins performants, les salariés du secteur associatif apprécient la flexibilité et l’importance accordée à l’humain dans leur travail quotidien.
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 Laura Makary

 8 août 2025
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École d’ingénieurs. CDI dans un grand groupe de la construction. Bon poste dans un bureau d’études techniques. La carrière de Donatien Thomas semblait bien lancée et toute tracée. Sauf qu’après quinze ans d’expérience, l’ingénieur s’interroge.

« J’avais envie de quitter la gestion de projets pour du management, j’ai commencé à me renseigner sur les MBA. Mais plus j’y réfléchissais, plus je me rendais compte que mes valeurs n’étaient pas alignées à ma vie professionnelle. » Alors, au lieu d’un MBA et d’un poste de direction, Donatien décide de se reconvertir : ce sera un master en formation continue à l’IAE Paris en management dans les associations, dont il sort en 2023.

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Adieu le bâtiment. Il est aujourd’hui responsable process et méthode pour Coallia, association dédiée au logement accompagné et l’hébergement social. Sa vie professionnelle a changé du tout au tout, mais il n’a aucun regret : « Je suis heureux de ma reconversion. Pour le moment, je suis au siège, mon objectif est à terme de passer sur un poste plus opérationnel, sur le terrain. »

Plus de 12 millions de Français sont bénévoles, dont 30 % des 25-34 ans, selon les chiffres du réseau d’experts et d’universitaires Recherches et solidarités. Mais n’oublions pas que les associations sont aussi des employeurs et recruteurs ! En 2024, elles étaient 154 000 à employer 1,9 million de salariés, soit près d’un salarié sur dix du privé.

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« Les associations, elles aussi, ont besoin de comptables, de fonctions support, de marketing et communication, ainsi que de recrutement de donateurs, ce qui se rapproche du métier de commercial », souligne Fabien Secherre, directeur marketing de Jobs That Make Sense, plateforme rassemblant des postes à impact. La moitié des offres du site sont justement des emplois dans de petites associations, souvent peu identifiées par les candidats. Des opportunités, des perspectives, des évolutions, il y en a aussi dans ces structures.

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Un sacrifice : le salaire

L’un des sacrifices évidents en passant d’une entreprise à une association : la rémunération. « Je le savais et j’y étais préparé. Pour ma part, mon salaire a baissé d’environ 25 % sur la fiche de paie. Et il n’y a pas de participation ou d’intéressement dans l’associatif. J’ai perdu ma voiture de fonction, aussi. C’est un point qu’il faut avoir en tête », acquiesce Donatien Thomas. Mutuelle, CSE… Les avantages sont logiquement moindres, par rapport au CAC 40.

Selon le baromètre 2024 de Jobs That Make Sense, l’écart sur les salaires médians dans l’ESS (intégrant associations, mais aussi ONG, entreprises solidaires, adaptées, fondations, etc) et le reste de l’économie est de 17 %. En moyenne, le baromètre relève un salaire moyen brut annuel de 42.050 euros dans les petites structures de moins de 9 employés, contre 56.984 pour les organisations à impact de plus de 5.000 salariés.

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Sens, Autonomie, Vision, dans l’associatif !

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D’une association à l’autre, les expériences peuvent être différentes. Camille Gryson semblait elle aussi avoir tracé son avenir, recrutée par PWC après son diplôme de management à l’Essca. L’ONG Acted devient l’un de ses clients. « Au détour de conversations, j’ai appris qu’Acted recrutait pour sa direction financière, mais qu’il lui était difficile d’attirer des profils travaillant en finance dans le privé, pour des raisons notamment pécuniaires », se souvient-elle. Camille décide de franchir le pas en 2018. Depuis, elle a gravi les échelons chez Acted : responsable du contrôle de gestion, puis depuis deux ans, directrice financière adjointe.

« A l’époque où je suis partie, j’ai à peu près maintenu mon salaire. Bien sûr, si j’étais encore chez PWC, il serait sûrement plus important que ce que je touche maintenant ! Néanmoins, dans l’associatif, il y a de belles opportunités à saisir, là où un cabinet d’audit est très hiérarchisé, avec des grades précis à passer chaque année », explique-t-elle.

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« Salaire divisé par deux »

Même transition pour Ambre Bernard. Sur son CV : Société Générale, EY, Kering. Puis, une remise en question complète. Un master en formation continue, à Dauphine, en développement durable. En 2023, son CV s’est transformé : elle est devenue chargée de campagnes contre l’élevage intensif chez L214, association consacrée à la défense des animaux.

« Notre fonctionnement est assez unique : tous les salariés de l’association ont le même salaire, quel que soit son poste ou ancienneté », explique-t-elle. Par rapport à Kering ou EY, forcément, il y a un monde. « J’ai l’habitude de dire que j’ai perdu un peu moins de la moitié de mon salaire. Mais ce changement en valait largement la peine. »

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Ce choix n’est pas simple, le salaire demeurant le critère prioritaire des travailleurs, selon une étude 2024 de Randstad, devant l’environnement de travail et l’équilibre entre vie professionnelle et privée. Chercheuse et enseignante en management à Rennes School of Business, Lara Bertola observe avec intérêt ces parcours : « L’argent demeure un critère important pour la plupart des travailleurs, bien sûr. Néanmoins, il n’est pas le seul ! Les salariés peuvent vouloir se réinventer, à travers quelque chose de plus personnel, une utilité plus sociale. Le travail est alors vu comme un vecteur d’impact. »

Les Français seraient-ils paradoxaux ? La rémunération reste clé à leurs yeux, et en parallèle, l’associatif arrive à la quatrième position des « secteurs dans lesquels les jeunes seraient prêts à travailler », selon une étude de l’Institut Montaigne en avril 2025. Derrière le luxe, l’administration et la santé. Mais devant l’automobile, l’informatique et la finance.

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Une horizontalité « déstabilisante »

Qu’en est-il du quotidien professionnel ? Ambre Bernard reconnaît avoir vécu quelques étonnements. « N’ayant travaillé que dans des grandes entreprises, j’avais l’habitude d’un management très vertical. Or, ici, la parole de la fondatrice compte autant que celle de n’importe quel salarié. Cette horizontalité peut être déstabilisante au départ ! On met plus de temps à atteindre un consensus et prendre des décisions. En contrepartie, cela offre plus de sens, l’opinion de chacun est prise en compte, et étant donné qu’il y a peu de strates de validation, une bonne idée est vite mise en place », analyse-t-elle, soulignant qu’elle apprécie « la culture de la bienveillance et de l’humilité » de son association, qu’elle n’avait jamais connue en entreprise.

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Pour Camille Gryson aussi, l’arrivée a été synonyme de surprise et d’adaptation. « Chez PWC, j’avais les mêmes outils à remplir, quelle que soit l’entreprise auditée, des logiciels onéreux et intégrés. Je suis passée à des outils plus manuels, comme Excel. C’est parfois frustrant de ne pas avoir accès à des tableaux de bord et de suivi où tout est centralisé, mais les faire soi-même offre aussi plus de flexibilité. Et cela donne plus d’importance à l’humain, en étudiant en profondeur les documents réalisés par les équipes », détaille-t-elle. Camille a aussi dit adieu à la culture du présentéisme : « Aujourd’hui, j’ai le sentiment de ne faire que ce qui est nécessaire. »

S’il a fallu s’adapter, aucun de nos témoins ne regrette. Aucun n’imagine revenir en arrière. « Je ressens plus de liberté, c’est une manière de travailler plus épanouissante. Le fait d’avoir des missions qui ont du sens, ça change tout », confie Ambre Bernard. « Donc non, je ne me vois pas du tout retourner dans le monde corporate… »

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Laura Makary à suivre sur lesechos.fr

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