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Scrutin 

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Parité : pour les municipales 2026, les petites communes en quête de femmes

Aux municipales de mars, près de 25 000 villages de moins de 1 000 habitants devront appliquer pour la première fois la parité sur les listes électorales. Une mesure importante mais qui se heurte encore au manque de candidates et au sentiment d’illégitimité.

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Élections municipales 2026
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Désormais, les habitants des plus petites communes voteront pour des listes complètes et respectant une stricte alternance femme-homme. 
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Amandine Cailhol

«Il était temps. Le premier vote des femmes c’était en 1945…» Edith Gueugneau, maire de Bourbon-Lancy et ex-députée PS de Saône-et-Loire, compte les années : «On a quand même mis du temps pour généraliser la parité.» Avec sa casquette de vice-présidente de l’Association des maires de France (AMF), qui organise son 107e congrès, du mardi 18 au jeudi 20 novembre à Paris, elle a «bataillé» pour étendre la parité aux communes de moins de 1 000 habitants. Votée en avril 2025, la loi s’appliquera dès les élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Petites communes mais grand chamboulement, car la mesure va bousculer les habitudes de près de 25 000 villes, soit un peu moins de trois communes sur quatre. Fini le panachage, cette pratique qui consistait à ajouter ou rayer des noms sur des listes parfois incomplètes. Désormais, les habitants des plus petites communes voteront pour des listes complètes et respectant une stricte alternance femme-homme, à l’instar de celles de plus de 3 500 habitants qui ont déjà adopté ce mode de scrutin en 2007 (après une première loi en 2000), et celle de plus de 1 000 en 2013.

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«La parité, on n’y arrive pas sans la loi, estime Edith Gueugneau. Moi, je suis presque un produit de cela. Quand je suis devenue conseillère régionale ou députée, on est venu me chercher car il y avait des règles de parité. Sinon, on irait chercher que les hommes.» Si les lois successives ont mécaniquement fait évoluer les compteurs au profit des femmes, l’état des lieux de la parité au sein de l’échelon municipal reste en demi-teinte, avec des «avancées significatives, mais aussi des disparités persistantes», souligne une étude de septembre 2025 de la Caisse des dépôts. En 2020, la part des femmes dans les conseils municipaux atteignait 41,5 %. Mais il faut regarder dans le détail : elle chutait à 17,5 % parmi les maires, à 36,4 % pour les adjoints et à 40,9 % pour les conseillers municipaux indemnisés. Dans les communes de plus de 1 000 habitants, pour lesquelles la parité s’appliquait déjà, la part des femmes n’atteignait pas tout à fait l’objectif, plafonnant à 48,4 % (le nombre d’élus par communes étant impair). Et dans les communes de moins de 1 000 habitants, jusqu’alors sans aucune obligation, elle descendait à 37,6 %.

Si le constat est sans appel, la loi a eu ses détracteurs. Lors des débats parlementaires, au printemps, certains craignaient qu’elle soit «trop difficile» à mettre en œuvre. «Les élus sont en souffrance, estimait le sénateur de la Marne Cédric Chevalier (Horizons). Plutôt que de les soutenir, ce texte leur ajoute des contraintes. La moitié des maires ont eu du mal à constituer leur équipe municipale.» En somme, ils pourraient ne pas réussir à monter de liste, faute de femmes volontaires.

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«Le vivier est là»

Qu’en est-il huit mois plus tard ? A chaque village, un son de cloche. «On va avoir du mal à trouver des femmes. Dans ma commune, il y a déjà moins d’habitants femmes que d’hommes. Soit elles sont trop âgées pour envisager de s’engager, soit elles sont actives et refusent de cumuler», témoigne la maire d’une commune de 300 habitants dans l’Hérault. Ailleurs, les candidatures féminines pleuvent : «Le maire d’un village du Gard a lancé un appel aux femmes, elles se sont motivées pour faire une liste, mais maintenant, elles cherchent des candidats [hommes]», raconte Cédric Szabo, le directeur de l’Association des maires ruraux de France (AMRF). «J’ai fait des congrès dans plusieurs départements, je n’ai pas de remontée de difficultés, ajoute Edith Gueugneau. On a entendu de-ci de-là, des maires dire “oh je vais être obligé de me séparer des hommes, mais c’est le jeu !»

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Pour la politologue Aurélia Troupel, maître de conférences à l’université de Montpellier, «trouver suffisamment de femmes pour deux listes risque d’être un casse-tête dans certains villages, et même peut-être pour une seule dans certaines communes», ce qui pourrait transformer le scrutin en une «élection quasiment jouée d’avance», avec un risque de flambée du vote blanc. «C’est une marche qu’il est possible de franchir, estime de son côté le représentant de l’AMRF. Beaucoup de femmes dans les villages sont à la tête d’associations, le vivier est là. Maintenant, il faut outiller les candidats d’argumentaires pour aller convaincre les gens, notamment les jeunes femmes actives.» Dans son viseur : le projet de loi sur le statut de l’élu qui «prévoit notamment de renforcer le droit d’absence des élus salariés, un point très important car les mandats sont très chronophages, ou encore de renforcer leurs droits sociaux». Un texte attendu de longue date. Mais dont l’examen final a été reporté à décembre.

Le chantier est bien plus grand, note Aurélia Troupel : «Tant que les femmes continueront de faire la grande majorité du travail domestique en plus de leur travail, il leur sera difficile de trouver du temps pour un mandat. D’autant qu’elles ont plus que les hommes tendance à se dire “si je le fais, je le fais bien”

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Convaincre de nouvelles figures féminines

En 2024, le réseau d’associations Elles aussi, qui entend promouvoir la parité dans toutes les instances élues et de décision, a proposé la revalorisation des indemnités, plus de visioconférence, ou encore le renforcement de la formation des élus. «Il y a des choses pratiques à faire, comme des partenariats avec des assos pour s’occuper des enfants des élus pendant les réunions», note Sophie Revillier, déléguée régionale en Occitanie. «Il faut combler le complexe d’illégitimité des femmes. Quand on propose à une femme de s’occuper de l’urbanisme, elle dit, “je ne sais pas faire”, là où un homme se dira, “ok j’y vais”», estime aussi Sophie Trilles, élue locale et déléguée départementale en Haute-Garonne, qui insiste sur le nécessaire soutien et le partage d’expérience entre élues : «Il faut mettre en avant des femmes inspirantes, montrer qu’elles en sont capables. Plus on sera nombreuses, plus on lèvera des freins.»

A l’enjeu de convaincre de nouvelles figures féminines de s’engager, s’ajoute celui de ne pas voir partir celles qui avaient déjà franchi le pas. «Durant ce mandat on a observé des démissions de jeunes maires surpris du décalage entre leurs responsabilités et leur manque de possibilité d’agir», note Edith Gueugneau. Selon une étude de 2024 de l’Observatoire Amarok, 31,40 % des maires font face à un début d’épuisement, les femmes maires présentant «un risque de burn-out significativement plus élevé». Malgré les difficultés, 57,8 % des maires envisagent de se représenter en 2026, contre 49 % il y a six ans, selon une récente enquête réalisée pour l’AMF.

Signe que les lignes bougent, la Caisse des dépôts note que la féminisation des mandats municipaux, et notamment celle des fonctions exécutives, progresse plus fortement dans les tranches d’âge les plus jeunes, avec l’arrivée de nouvelles générations «pour lesquelles l’engagement des femmes dans la vie municipale semble plus normal». Mais beaucoup reste à faire, notamment au sein des intercommunalités qui échappent à toute loi sur la parité. La «présence des femmes [y] est dérisoire», note l’association Elles aussi, avec en 2020, 36 % de femmes conseillères, 25 % de vice-présidentes. Et seulement 11 % de présidentes.

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Amandine Cailhol à suivre sur Libé

17 /11 /2025

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