L’anniversaire des dix ans de l’accord de Paris qui devait limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C (tout en poursuivant les efforts pour le contenir à 1,5 °C) se fêtera au Brésil à Belém à partir du lundi 10 novembre. La COP30 marquera donc un premier bilan à long terme de la volonté de près de 200 pays dans leurs politiques pour réduire leurs gaz à effet de serre. Plutôt que de regarder le verre à moitié vide – non, le monde ne réussira pas à atteindre dans les temps l’objectif de contenir le réchauffement à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle -, nous avons choisi à L’Express le verre à moitié plein en nous focalisant sur ces entreprises françaises qui se battent pour décarboner l’industrie. Dans l’énergie (solaire, photovoltaïque, hydrogène), les transports, le secteur du BTP, à la sortie des usines ou, enfin, pour planter des arbres. Autant d’exemples inspirants parce que le monde bouge et multiplie les petits efforts en espérant de grands résultats pour préserver un peu notre planète unique.

Le changement climatique ? « La plus grande arnaque jamais menée contre le monde ». La diatribe du président américain contre la transition écologique, lors du Sommet des Nations unies en septembre, a horrifié les participants et engagé cette COP 30 au Brésil sur une bien mauvaise voie. Donald Trump avait déjà sorti la première puissance mondiale des accords de Paris lors de son précédent mandat. Il récidive, de manière plus agressive encore, affichant un mépris assumé pour les politiques climatiques.

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Un ultime réflexe des puissances fossiles

« Les Etats-Unis mènent des pressions bilatérales pour pousser les pays à abandonner les renouvelables. Ils qualifient l’objectif Net zéro carbone à 2050 d’insensé et de ‘recette pour la pauvreté' », déplore Laurence Tubiana, doyenne de la Paris Climate School et coautrice du livre Le Climat est un sport de combat (Albin Michel, 2025). Selon elle, les Etats-Unis cherchent, dans un ultime réflexe de puissance fossile, à préserver la rente de leurs exportations pétrolières et gazières. Dans ces conditions, la déclaration finale de la COP s’annonce pour le moins édulcorée.

Or les enjeux ne manquent pas pour cette « conférence des parties » qui se déroule à Belém, à la lisière de la forêt amazonienne. « La COP 29 à Bakou (Azerbaïdjan) ne restera pas dans les mémoires mais celle-ci est cruciale car elle marque les dix ans des accords de Paris. Les gouvernements sont censés rehausser leurs engagements tous les cinq ans », explique François Gemenne, professeur à HEC Paris.

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L’insolence chinoise

La Chine, qui a déjà annoncé une baisse de ses rejets de gaz à effet de serre de 7 % à 10 % d’ici à 2035, se pose comme l’acteur le plus crédible du jeu climatique. Fort de ses investissements massifs dans l’économie verte, l’Empire du Milieu a pris une avance confortable. Dans le solaire, l’éolien, les véhicules électriques et les batteries, « les Chinois engrangent des succès insolents. Les industriels européens sont partagés entre admiration pour leur trajectoire assez stupéfiante et colère contre la concurrence déloyale alimentée par Pékin », confie Vincent Charlet, délégué général de la Fabrique de l’Industrie.

Au sein de l’UE, les dirigeants politiques, qui avaient tracé une ligne claire avec le Pacte vert en 2019, se mettent à douter, pris en étau entre montée des populismes et craintes de déclassement économique. Les entreprises avancent dans le brouillard. « Dans certains secteurs comme l’acier, les industriels annulent des investissements. Le rythme de baisse des émissions faiblit », s’inquiète François Gemenne. Nombre de groupes européens hésitent d’ailleurs à se déplacer jusqu’à Belém, rebutés par les difficultés logistiques (il n’est pas simple de loger des milliers de participants en pleine Amazonie). Danone, Schneider ou Axa devraient toutefois faire le déplacement, soucieuses de montrer qu’elles restent mobilisées.

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À Bruxelles, les Etats membres peinent à s’entendre sur un objectif contraignant de réduction des gaz à effet de serre pour 2035. Un comble pour un bloc géopolitique qui se voulait exemplaire en matière environnementale. Le risque politique en France n’arrange rien. « Le Rassemblement National pourrait dynamiter la stratégie de déploiement des renouvelables », alerte Vincent Charlet.

Il y a pourtant urgence. Fin septembre, l’Agence européenne de l’environnement a publié son rapport quinquennal multipliant les constats alarmants : deux tiers des sols sont abîmés, la pénurie d’eau fait flamber les prix alimentaires, l’efficacité des forêts et tourbières, essentielles pour capter le CO2, ne cesse de diminuer, le recyclage des déchets ne décolle pas… Le continent n’a pas vraiment de leçons à donner au reste du monde.

Le sursaut devrait venir des économies émergentes, au premier rang desquels les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). L’hôte brésilien fait traditionnellement partie des pays les plus actifs dans les négociations. « Lula a tenu un des discours les plus applaudis sur le climat aux Nations Unies », observe François Gemenne. Le président en a fait une affaire personnelle, une revanche contre son prédécesseur. Jair Bolsonaro avait annulé l’accueil de la COP 25 (déplacée en dernière minute à Madrid) et lâché la bride à la déforestation en forêt amazonienne.

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Dix ans après les accords de Paris, l’heure du bilan

Mais dix ans après leur signature, quel bilan se dégage des accords de Paris ? « En 2015, les trajectoires climatiques allaient de + 3 à + 5 °C. A présent nous sommes plutôt autour de + 2,5 à + 3 °C. Certes insuffisant, mais la courbe ascendante a été cassée », note Laurence Tubiana, qui fut ambassadrice pour les négociations à Paris. La décennie passée a vu se multiplier les lois environnementales… et les litiges. Selon un rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et du Sabin Center for Climate Change Law de l’université Columbia, on recensait au 30 juin 2025 plus de 3 100 procès liés au changement climatique dans 55 pays, soit deux fois plus qu’en 2020. Une autre manière de provoquer le changement. Surtout, les énergies renouvelables ont connu un développement spectaculaire : le coût de l’éolien terrestre a chuté d’environ 70 %, celui du solaire de 80 % et celui des batteries de 90 %. « En 2015, les investissements dans les renouvelables restaient inférieurs à ceux dans les hydrocarbures. Aujourd’hui ils sont deux fois plus élevés », souligne François Gemenne. Les technologies bas carbone (renouvelables et nucléaire) ont produit l’an dernier 41 % de l’électricité mondiale et plus de la moitié de celle de l’Europe. A lui seul, le solaire devrait devenir la première source d’électrons au monde en 2033, devant le charbon, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). La Chine a joué un rôle majeur dans cette métamorphose. « C’est devenu la locomotive de la transition écologique. Inimaginable il y a dix ans ! On était déjà content, à l’époque, que Pékin ne saborde pas les négociations », se souvient François Gemenne.

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Alors que la trajectoire de réchauffement ne permet toujours pas d’atteindre les objectifs climatiques des accords de Paris, l’influence néfaste de l’administration Trump risque d’accentuer le décrochage mondial. « Il faut pourtant accélérer, et pour cela la coopération est indispensable. Tout le monde dépend de tout le monde : par exemple, si l’Europe veut développer l’éolien et le solaire, elle a besoin de métaux critiques chinois », insiste Laurence Tubiana.

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Face à la fragmentation des ambitions, la COP 30 pourrait déboucher sur des coalitions à géométrie variable : des alliances restreintes entre pays volontaires, centrées sur des chantiers précis comme la réduction du méthane ou la mise en place d’un véritable marché mondial du carbone, avec des mécanismes de suivi et de vérification renforcés. Avancer en ordre dispersé plutôt qu’attendre un improbable consensus universel.

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 Thomas Lestavel
06/11/2025