Des sangliers de plus en plus nombreux en ville ? Des chiffres à relativiser et qui méritent explications
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Ces derniers temps, la présence de sangliers aux abords ou dans les villes suscite bien des interrogations. Petit tour d’horizon des questions et des réponses qui poussent ces mammifères un peu, trop, près de nos centres urbains.
Il y a ces images filmées par la caméra de vidéo-surveillance d’une boulangerie, le 27 octobre dernier à Commelle-Vernay, dans la Loire. On peut y voir un sanglier fuyant une meute de chiens et venant s’écraser sur la vitrine du magasin qui vole en éclats. Quelques jours plus tard, le 3 novembre, près de Roanne, on peut en voir un gambader sur un terrain de foot. Et puis, le 20 novembre, après plusieurs heures d’errance, un mâle a été abattu dans les rues de Saint-Etienne.
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Alors, pourquoi sont-ils aussi nombreux ?
Il est pratiquement impossible d’estimer la population actuelle de sangliers en France, les estimations faisant état de plusieurs millions de bêtes. Dans son journal, le CNRS, interroge Raphaël Mathevet, écologue et géographe. Selon lui, « l’humain a créé les conditions de la surpopulation de sangliers ». La disparition de ses prédateurs naturels joue un rôle, mais pas que. D’après ce spécialiste, l’avancée des zones urbaines, au détriment des espaces agricoles, est un autre facteur. Il faut ajouter à cela la disparition, ou du moins, la raréfaction, du petit gibier. Les sangliers ont profité d’élevages intensifs et de nourrissage sauvage afin de satisfaire les chasseurs. Depuis 2009, le nourrissage des sangliers est théoriquement interdit, de même que l’élevage à des fins de lâchers dans la nature. Mais dans les faits, ces pratiques n’ont pas disparu. Voilà pour le constat.
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Ardèche : 2024-2025 : 24 261 sangliers ( cochongliers) tués soit +16, 14%
Drôme : 2024-2025 : 12 392 sangliers (cochongliers) tués soit +0,79%
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Que font-ils dans les villes ?
Ils viennent se nourrir ! Cet animal se nourrit de « nombreuses ressources alimentaires dont la proportion ingurgitée varie selon la saison et la disponibilité », explique la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) sur son site internet. Principalement des végétaux, mais également des champignons et des animaux aussi bien morts que vivants. Les sangliers peuvent devenir charognards occasionnels !
Quand ils ne viennent pas manger, ils sont pourchassés. Dans la vidéo de cette vitrine d’une boulangerie, l’animal était traqué par une battue. Le président de la fédération de chasse s’en était expliqué en disant : « Les chiens sont partis derrière lui, on ne peut pas maîtriser. On aurait préféré qu’il reste dans les bois ».
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Qui paie les dégâts ?
En France, ce sont les chasseurs qui, dans chaque département, ont la charge de la gestion des populations de sangliers. En contrepartie, les fédérations de chasse se sont engagées à indemniser les agriculteurs en cas de dégâts, peut-on lire sur les sites des fédérations de chasseurs.
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Un parasite ?
« Le sanglier d’Europe est une espèce généraliste et opportuniste aussi bien en termes de régime alimentaire que d’habitat, présentant une très grande plasticité et adaptabilité », explique la LPO. L’association va même plus loin, études scientifiques à l’appui, en rapportant des comportements étonnants. Des chercheurs ont observé des « formes d’empathie » chez certains individus.
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Une femelle sanglier adulte a été observée en train de libérer deux jeunes sangliers pris au piège dans une cage-piège. Ceci montre une capacité impressionnante chez cette espèce à réaliser des tâches complexes et à résoudre des problèmes.
LPO.
Une population à réguler
Dans un récent bilan, l’Office Français de la Biodiversité (OFB) et la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC) ont estimé le nombre de « prélèvements » (bêtes abattues) à 881 372 sur la saison 2024/2025, qui couvre la période de chasse allant de février à septembre. Ce chiffre a pratiquement doublé en l’espace de 20 ans. Il était, en effet, de 450 578 en 2004.
En Auvergne-Rhône-Alpes, les « prélèvements » ont été de 85 508 pour l’ensemble de la région. Ils ont été les plus importants dans les départements de l’Ardèche (24 261) et de la Drôme (12 392). À l’inverse, ils ont été les moins importants dans le Rhône (2 200) et en Haute-Loire (2 841). L’augmentation la plus notable entre la saison précédente concerne l’Ain avec + 28,9 %. Enfin, le nombre moyen de « prélèvements » dans la région sur cette saison 2024-205 est de 5 858.
L’OFB précise que « la maîtrise des populations nécessite souvent une intensification de l’effort de chasse pour augmenter les prélèvements ». Enfin, l’organisme rappelle que l’animal présente des risques de collisions et qu’il cause de nombreux dégâts dans les cultures.
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30/11/2025
