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Le rêve de l’enfant, c’est la paix.

Le rêve de la mère, c’est la paix.

Les paroles de l’amour sous les arbres…

C’est la paix.

Quand les cicatrices des blessures se ferment sur le visage du monde
et que nos morts peuvent se tourner sur le flanc et trouver un sommeil sans grief
en sachant que leur sang n’a pas été répandu en vain…

C’est la paix.

La paix est l’odeur du repas, le soir, lorsqu’on n’entend plus avec crainte la voiture faire halte dans la rue, lorsque le coup à la porte désigne l’ami et qu’en l’ouvrant, la fenêtre désigne à chaque heure le ciel en fêtant nos yeux aux cloches lointaines des couleurs…

C’est la paix.

La paix est un verre de lait chaud et un livre posés devant l’enfant qui s’éveille. Lorsque les prisons sont réaménagées en bibliothèques, lorsqu’un chant s’élève de seuil en seuil, la nuit, à l’heure où la lune printanière sort du nuage comme l’ouvrier rasé de frais sort de chez le coiffeur du quartier, le samedi soir…

C’est la paix.

Lorsque le jour qui est passé n’est pas un jour qui est perdu mais une racine qui hisse les feuilles de la joie dans le soir, et qu’il s’agit d’un jour de gagné et d’un sommeil légitime…

C’est la paix.

Lorsque la mort tient peu de place dans le cœur et que le poète et le prolétaire peuvent pareillement humer le grand œillet du soir…

C’est la paix.

Sur les rails de mes vers, le train qui s’en va vers l’avenir chargé de blé et de roses…

C’est la paix.

Mes Frères, au sein de la paix, le monde entier, avec tous ses rêves respire à pleins poumons. joignez vos mains, mes frères.
C’est cela, la paix.

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Yannis Ritsos, La paix, traduit du grec par l’auteur, in Revue Europe, août septembre 1983 puis in Guerre à la guerre, Anthologie, Éditions Bruno Doucey, 2014.

 

 

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