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Die et Vallée de la Drôme : L’histoire de « Drôme » est l’histoire d’une résurrection…

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Déjà ils l’appellent par son prénom… DROME

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Plusieurs associations qui jalonnent son parcours voudraient la voir élevée au titre de reconnaissance comme une entité vivante, avec le statut de “personnalité juridique”. En Nouvelle-Zélande le Parlement a accordé au Whanganui le statut d’entité vivante. Les droits et les intérêts du cours d’eau pourront être défendus devant la justice. Et l’exemple donne des idées en Drôme et plus particulièrement en Biovallée. Les Associations : Le laboratoire de la Transition, Biovallée, Ecologie au Quotidien, Codyter et les Yeux dans l’eau sont persuadé que Drôme mérite cette valorisation culturelle et visibilité politique. Plusieurs fois invitée en Drôme Marine Calmet, juriste et présidente de Wildlegal accompagne ce projet depuis 3 ans tant au bord de la rivière en des rendez-vous régulier ici avec les artistes, là avec des élus et associations, ailleurs avec des écoles et un chercheur de l’INRAE, afin des sensibiliser à ce cheminement innovant.  Encore récemment Marine Calmet et Hervé Coves de l’INRAE en bord de Drôme lors des « Rencontres de Die et de la Biovallée » avec 100 personnes, des artistes, des associations, des élus, des entreprises, des écoles, des chercheurs et des juristes afin de rêver, d’imaginer de faciliter l’émergence de la Rivière Drôme comme sujet de droit et de sujet politique à part entière. Les droits des Non-humains en perspective. Pour Anne Tesson administratrice de plusieurs association « ce travail prendra encore deux ou trois ans, car il faut d’abord avoir le consentement culturel large pour gagner l’accord politique consensuel ». Déjà le président de la CCVD, Jean Serret soutient l’idée. Plusieurs rendez-vous auront lieu en janvier 2026 prochain sur le sujet lors des 24èmes Rencontres de Die et de la Biovallée.

Les associations qui œuvrent pour, avec, par la rivière Drôme

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Mme Calmet s’adressait ainsi aux présents

« Mesdames et Messieurs, je m’adresse aujourd’hui à toutes les entités, humaines et non humaines.Merci à vous qui êtes venus jusqu’ici, merci aux arbres, aux oiseaux et aux poissons qui partagent ce moment avec nous si nous sommes ensemble ici aujourd’hui c’est parce que, en tant que gardienne des rivières, je vous le dis, la situation est grave et solennelle. Les droits fondamentaux les plus élémentaires de la rivière Drome ont été bafoués très longtemps et aujourd’hui encore ils sont comme suspendu au bon vouloir de l’Homme et à machinerie administrative. Alors, avant de pouvoir imaginer réparer cette injustice, un état des lieux des dégâts est nécessaire. Il ne s’agit pas ici de nous livrer à une froide analyse scientifique, il ne s’agit pas non plus de mimer une tirade politique ampoulée et grotesque mais de sentir au plus profond de soi la douleur, la solitude, la détresse que le fleuve a ressenti toutes ces années ».

En effet, l’affaire qui nous réunit, l’histoire de la Drome, est l’histoire d’une résurrection. Au départ, une destruction générée par des générations d’êtres humains qui ont profité de la générosité du fleuve pour se déplacer, se nourrir, boire…Mais heureusement un jour, alors que Drome allait bien mal, certains se sont mis à l’ouvrage, collectivement ils ont réparé ces tords. Alors aujourd’hui, si nous sommes ici c’est pour lui rendre justice.

Je dois dire, que quand je suis ici, si près de Drome, cette rivière si imposante par sa taille, parait comme immortelle.

D’ailleurs ans sa jeunesse, Drome était un fleuve au fort tempérament serpentant dans une région bucolique. Des poissons nageaient dans l’eau. Les arbres et les herbes sur ses rives étaient abondants. Drome faisait son lit à travers la forêt qui recouvrait cette terre

Aujourd’hui pourtant, quelle ingratitude ! Nous voilà quelques centaines d’années plus tard, totalement inconscients, amnésiques. Avons-nous totalement effacé de nos mémoires que, c’est uniquement grâce à la présence de Drome que notre peuple a tant prospéré, et que cette bourgade est devenue une grande ville, longtemps parmi les plus grandes de toute la région ? Qui aurait transporté les marchandises ? Qui aurait actionné les moulins à eau, à papier et à céréales ? Qui aurait fourni l’eau aux ateliers, aux vignobles ? Alors peut-être, me direz-vous : mais Drome n’a pas toujours été facile. C’est une rivière capricieuse, au tempérament imprévisible. C’est vrai!

Ses fréquents débordements provoquaient de nombreuses inondations

Mais le domptage de la rivière a t’il été sans conséquences ?

Construction de digues et d’ouvrages en tout genre

La rivière a longtemps été transfigurée, et le sort que l’homme a réservé à la Drome est un chemin douloureux et incertain.

La rivière qui abritait autrefois une merveilleuse diversité d’espèces et d’écosystèmes, alimentait les zones humides et autres habitats aquatiques avec de l’eau abondante, fournissait des nutriments vitaux aux terres environnantes, transportait des sédiments vers des deltas fluviaux grouillants de vie, remplissait des fonctions écologiques vitales.

Mais l’homme a provoqué une importante pollution de la Drome, contaminée, par des matières organiques, des eaux usées, des déchets plastiques, des agents pathogènes et des produits toxiques industriels, en plus de nombreuses autres formes et sources de pollution.

Ces contaminations ont eu un impact sur la santé aquatique et la biodiversité.

Heureusement, il y a 50 ans désormais, il a été décidé d’opérer un changement radical de protection de la rivière

Construisant de nouveaux équipements d’épuration de l’eau, mettant fin aux déversements anarchiques des habitations et restaurant les berges de la rivière pour que la vie reprennent.

Par ailleurs, l’homme a créé des lois environnementales qui se révèlent parfois insuffisantes pour protéger la santé des rivières et de leurs bassins.

Alors qu’ici, c’est comme si les administrations avaient voulu compenser des années d’errements :

Arrêtés de Protection de Biotope (APPB)

Natura 2000

Arrêtés de Protection des Habitats Naturels (APPHN)

Réserves naturelles

Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF)

zones de protection spéciale pour la conservation des oiseaux

Ces lois ne garantiront pas non plus que les générations actuelles et futures d’êtres humains et d’autres espèces disposent d’un approvisionnement suffisant en eau saine pour répondre à leurs besoins fondamentaux.

Pourquoi la communauté humaine vivant dans le bassin de Drome ne reconnaît-elle pas ses droits ?

Ailleurs, d’autres humains ont déjà initié la reconnaissance juridique des droits des fleuves.

Un traité néo-zélandais reconnaît la rivière Whanganui comme « un tout indivisible et vivant » et « une entité juridique », avec des gardiens nommés pour représenter les intérêts de la rivière.

La Cour constitutionnelle de Colombie a statué que le bassin de la rivière Atrato a des droits à « la protection, la conservation, l’entretien et la restauration ».

Une décision de la Cour provinciale équatorienne à condamner l’État à respecter les droits constitutionnels de la rivière Vilcabamba et a imposé sa restauration et sa réhabilitation.

La ville de Curridabat au Costa Rica a reconnu des abeilles, mais aussi des colibris, des papillons et des chauves-souris, en tant que citoyens comme n’importe quel autre être humain.

L’administration locale a repensé l’ensemble de l’urbanisme pour créer des corridors écologiques.

C’est une ville conçue pour les espèces animales et végétales, dans lequel les humains peuvent eux aussi vivre mieux.

La drome doit également obtenir la reconnaissance de ses droits fondamentaux afin de favoriser la création d’un nouveau paradigme juridique et social fondé sur le vivre en harmonie avec la nature.  (silence)

Aujourd’hui, nous sommes ici pour répondre à ce nouveau paradigme, et représenter ce nouvel ordre dans notre société,

J’énonce les droits suivants le droit de couler, le droit d’exercer des fonctions essentielles au sein de son écosystème, le droit d’être à l’abri de la pollution, le droit de se nourrir et d’être alimenté par des aquifères durables,

le droit à la biodiversité indigène, et le droit à la régénération et à la restauration ;

Quelqu’un voudrait-il rajouter d’autres droits ? …………..

Si vous acceptez cette déclaration je vais vous proposer de répéter après moi

En tant que Gardienne de la rivière

Je m’engager à respecter

Et à défendre

Les droits de la rivière »

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Texte crée et lu par Marine Calmet en Janvier 2023 en bord de Drôme lors des « Rencontres de Die et de la Biovallée » au cœur de 100 personnes… Travail  avec  des artistes, des associations, des élus, des entreprises, des écoles, des chercheurs et des juristes afin de rêver, d’imaginer de faciliter l’émergence de la Rivière Drôme comme sujet de droit et de sujet politique à part entière. Les droits des « Autres qu’humains »  en perspective…

Marine Calmet

marine.calmet(@)wildlegal.eu

Co-fondatrice, présidente, juriste

Séverine Romanowski,  Céline Poret, Sabine Rabourdin, Anne Tesson,  Claude Veyret, Denis Caudron, Martin Arnould , Catherine Tranchant, … et bien d’autres

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