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L'écart entre la ville et la campagne s'est accentué ces 30 dernières années. Photo Adobe StockL’écart entre la ville et la campagne s’est accentué ces 30 dernières années. 

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Vivre à la campagne est dangereux pour la santé. Selon une étude de l’Association des maires ruraux de France (AMRF) dévoilée jeudi 20 avril, l’indice de mortalité est plus élevé en milieu rural qu’en ville. Et l’écart est significatif. On aurait tendance à penser le contraire et pourtant… Une étude publiée par lassociation des maires ruraux de France l’affirme, en moyenne, les habitants des zones les plus rurales vivent 2 ans de moins que ceux des villes.  « Un comble quand l’égalité des citoyennes et citoyens devant la santé est une garantie constitutionnelle ». MCD

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« On alerte depuis de nombreuses années sur cette situation», explique Dominique Dhumeau, vice-président de l’association des maires ruraux de France en charge des questions de santé. Car les chiffres récoltés pour cette étude par le chercheur de Montpellier Emmanuel Vigneron, font froid dans le dos.

En moyenne, les hommes habitants des départements hyper ruraux (dont la densité de population est très faible comme la Lozère), vivent 2,2 ans de moins que les habitants des zones très urbaines. Pour les femmes, l’écart est fixé à 0,9 années. Ainsi, en 2019, l’espérance de vie pour les hommes dans les zones très rurales était de 78,5 ans alors qu’il est de 80,7 ans en milieu urbain.

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Association des maires ruraux de France

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Des écarts qui se creusent avec les années

Autre élément intéressant, l’étude nous apprend que les écarts d’espérance de vie s’aggravent depuis 30 ans. Exemple : en 1990 les hommes habitants les zones les plus rurales vivaient en moyenne 0.3 années de moins que ceux des villes (soit environ 4 mois). En 2019, l’écart est bien plus important puisqu’il passe à -2.2 années. Pour les femmes, il passe de -0,2 en 1990 à – 0.9 ans en 2019.

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Comment expliquer ces inégalités ?

D’après Dominique Dhueux, il existe une corrélation entre la politique de fermeture des centres médicaux de proximité des 20 dernières années et les chiffres de l’étude : « On paie les choix politiques des vingts dernières années. Il n’y a pas assez de médecins à la campagne, et c’est la population qui finit par le payer» . Ainsi, c’est un cercle vicieux : les conditions d’accès aux soins sont moins bonnes à la campagne, alors on se soigne moins.

Selon l’association des maires ruraux, la solution est simple : il faut continuer à développer la télémédecine et imposer aux jeunes médecins de venir s’installer à la campagne. Pas certain que ces idées soit du goût des jeunes médecins… 

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14 216 décès de plus par an à la campagne

« À âge et sexe égal, l’indice de mortalité des bassins de vie ruraux est supérieur de six points à celui des bassins de vie urbains. Ce qui correspond à 14 216 décès par an en plus dans les zones rurales que ce qui serait attendu si l’espérance de vie y était identique à celle des villes », écrit l’AMRF.

Pour comparer les indices de mortalité, l’association s’est reportée sur les découpages de l’Insee en fonction des densités de population. Ainsi sur les 1 666 bassins de vie recensés, 1 287 sont considérés comme ruraux.

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Sur 2020-2021, dans ces bassins de vie, le nombre moyen de décès s’élevait à 236 943 pour une population de 20,3 millions et de 425 531 pour une population de 48 millions en zone urbaine. L’étude a ainsi établi un indice de mortalité de 104 à la campagne contre 98 à la ville, soit six points d’écart.

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Un homme né dans un département “hyper-rural” perd 1,4 an d'espérance de vie par rapport à un homme né dans un département “hyper-urbain”. Photo Adobe Stock

Un homme né dans un département “hyper-rural” perd 1,4 an d’espérance de vie par rapport à un homme né dans un département “hyper-urbain”

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Des espérances de vie inégales

Le déséquilibre se retrouve également dans l’espérance de vie à la naissance, 78,8 ans dans les départements « hyper-ruraux » contre 80,2 dans les départements « hyper-urbains » pour les hommes en 2021.

Chez les femmes, la différence est moindre mais existe toutefois : 84,9 dans les départements « hyper-ruraux » contre 85,5 dans les départements « hyper-urbains ». L’écart se serait, en outre, creusé ces 30 dernières années, souligne l’ARMF.

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Comment expliquer de tels déséquilibres ? Pourquoi vivre en ville ou à la campagne, en France, au 21e siècle, est-il source d’inégalités ?

L’ARMF pointe dans son rapport « le désastre sanitaire français » et les difficultés d’accès aux soins en milieu rural.

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Attirer les professionnels de santé

Elle formule quatre propositions afin d’apporter à cette population une meilleure offre de santé : « Donner les moyens aux étudiants en santé de faire des stages hors du lieu de formation initiale. Mettre en place et développer les équipes de soins coordonnées autour du patient. Développer de nouvelles manières de pratiquer susceptibles d’assurer à une population une prise en charge rapide et en proximité ».

Enfin, pour faciliter l’installation des professionnels de santé et lutter contre les déserts médicaux, l’ARMF propose la création d’un guichet unique. « La création d’un guichet unique d’accompagnement qui centralise à l’échelle de chaque département, les besoins territoriaux, les aides financières, l’accompagnement administratif et les informations relatives à la vie familiale du professionnel ».

Source : ARMF

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