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Élections municipales 2026

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Les maires écologistes, élus en nombre en 2020, au défi des municipales de 2026

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En 2020, les Verts ont surfé sur leurs bons scores aux européennes de 2019. Cinq ans plus tard, le contexte politique leur est beaucoup moins favorable, alors que l’écologie fait désormais l’unanimité à gauche.
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Benoît Floc’h

16 février 2025 

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En 2020, ils avaient créé la surprise en s’imposant dans une dizaine de grandes villes. En 2026, lors des prochaines élections municipales, ce sera donc l’épreuve de vérité : les maires écologistes n’auront-ils été qu’une aventure sans lendemain ou prendront-ils racine dans la vie politique locale ? « L’enjeu, c’est de confirmer notre ancrage, c’est-à-dire d’obtenir des résultats électoraux clairs, nets, solides qui démontrent la satisfaction des électeurs vis-à-vis du bilan », confie Léonore Moncond’huy, maire (Les Ecologistes) de Poitiers.

Les premiers pas des Verts n’étaient pas passés inaperçus, eux qui ont multiplié les déclarations urticantes. A Bordeaux, Pierre Hurmic a prévenu dès 2020 qu’il ne mettrait pas d’« arbres morts sur les places de la ville » pour Noël. Le Tour de France ? « Machiste et polluant », a balayé Grégory Doucet, à Lyon, la même année. En 2021, Mme Moncond’huy coupait les subventions de Poitiers aux aéroclubs de la ville, en estimant que « l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfant aujourd’hui ». Il n’en fallait pas plus pour que la presse se demande si « Khmers verts » et autres « écolos amish » n’étaient pas simplement « tous nuls », pour reprendre la une deMarianne au printemps 2021.

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Dès l’entre-deux-tours, en 2020, se souvient le député écologiste européen David Cormand, « on a entendu des “Attention, s’ils sont élus, ce ne seront pas les tanks de l’Armée rouge, mais une armée de vélos et de trottinettes qui va débarquer en centre-ville et tuer le commerce” », relate l’ancien secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (l’ancien nom des Ecologistes) entre 2016 et 2019.

Or, « beaucoup d’indicateurs montrent d’ores et déjà, dans les villes gagnées en 2020, que les choses se sont plutôt bien passées, poursuit-il. Les majorités municipales n’ont pas explosé ; les projets ne sont pas tombés à l’eau ; les maires ont une bonne image ». Et ne serait-ce que d’avoir été capable de passer des propositions à leur réalisation est en soi une bonne chose, considère-t-il, « pour un parti qui n’avait pas eu autant de grandes villes à gérer jusqu’à présent ». Bref, « l’écologie au pouvoir, ça marche. Il y a toujours de l’eau qui coule du robinet, plaisante M. Cormand, et elle est de meilleure qualité. Les bus continuent de rouler, et ils polluent moins ».

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« Des élus de l’écologie politique »

Les écologistes ont évité un écueil, analyse Thierry Dominici, maître de conférences en science politique à l’université de Bordeaux : malgré les provocations du début, « ils n’ont pas opté pour une rupture relevant de l’écologie radicale ou du municipalisme libertaire, par exemple », explique le chercheur, estimant que, « en dépassant l’idéologie environnementaliste, ils sont devenus des élus de l’écologie politique. Bref, comme les régionalistes en Corse, en passant de l’opposition à la gestion, ils ont fait preuve de maturité. »

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Sur les questions de sécurité, cependant, la mutation est douloureuse. Alors que l’actualité grenobloise est régulièrement marquée par des violences, souvent liées au narcotrafic, le maire, Eric Piolle, continue de penser que la sécurité dépend d’abord de la police nationale. Il reste méfiant vis-à-vis des caméras de vidéosurveillance et refuse d’armer ses policiers municipaux. « En tant qu’employeur », il considère que cela les exposerait « à des missions qui ne sont pas les leurs et à des risques que je ne suis pas prêt à prendre pour eux ». Il n’a pas recruté davantage de policiers municipaux.

« Sur la sécurité publique, les écologistes grenoblois ne se sont pas normalisés, et ce sera un problème pour des municipales », présume M. Dominici. S’il pense que « leurs réalisations écologiques sont validées », le maire (divers droite) de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, considère que « le point faible de leur bilan sera la sécurité, où leur idéologie a frappé, conduisant à des impasses par entêtement pour certains ou à de spectaculaires retournements pour d’autres ». Car, en effet, là aussi, les choses évoluent.

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A Bordeaux, le maire a finalement décidé d’armer une partie de sa police municipale à partir de l’été 2025. « La pratique du pouvoir, fort heureusement, nous fait évoluer », a déclaré M. Hurmic dans La Tribune Dimanche, début février. Dans cet entretien croisé, son homologue lyonnais insiste : « Ceux qui nous accusent d’angélisme sont totalement à côté de la plaque. » Et les deux élus de souligner l’augmentation du nombre de policiers municipaux et de caméras dans leurs villes.

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« Ils ont perdu le monopole »

Des maires comme les autres, les écologistes ? La banalisation, ce n’est pas « un risque, c’est plutôt une opportunité. Ils y ont intérêt, estime Brice Teinturier, directeur général délégué de l’institut de sondage Ipsos. La radicalité, la différenciation, ça a ses limites. Ils ont intérêt à s’inscrire dans le temps long. »

Et ce d’autant plus que le contexte des dernières élections a changé. En 2020, le scrutin avait été marqué par la crise sanitaire, dans ses modalités (le second tour avait été retardé de trois mois), mais aussi par les questions soulevées par la pandémie de Covid-19 : comment appréhender le « monde d’après » ? En outre, les municipales s’étaient déroulées dans la foulée des européennes de 2019, lors desquelles la liste Europe Ecologie-Les Verts était arrivée en troisième position, avec 13,48 % des voix. Un sommet, rappelle M. Teinturier. Aux municipales, poursuit-il, « ils avaient alors d’autant plus performé qu’ils avaient le vent dans les voiles. Aujourd’hui, on assiste à la poussée d’un discours antiécolo, antinormes… Les écologistes ont bien moins la cote ».

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Aux européennes du 9 juin 2024, les écologistes n’ont rassemblé que 5,5 % des suffrages. Et le vote pour leur liste a perdu une dizaine de points depuis 2019 dans les grandes villes dirigées par les Verts. Electoralement, leurs scores sont « en dents de scie. Mais, aux européennes, ils ont toujours eu de bons résultats », constate Daniel Boy, directeur de recherche émérite au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Comment expliquer la contre-performance de 2024 ? A gauche, « ils ont perdu le monopole [de l’écologie], explique M. Boy. Jean-Luc Mélenchon a commencé à en parler de manière sérieuse, puis les socialistes. Il y a aujourd’hui une quasi-unanimité sur l’écologie et c’est un problème pour les Verts, qui étaient seuls sur cette question. »

Pourtant, les Ecologistes savent qu’ils ne peuvent pas, de nouveau, rater le rendez-vous de 2026, ce qui affaiblirait leur candidat en 2027. Il existera en 2026 une « injonction unitaire forte à gauche, parce qu’on sera à un an de la présidentielle et qu’il faudra être forts face au risque de victoire de l’extrême droite », juge M. Cormand. D’autant que « le cavalier seul de La France insoumise [LFI] ne marche pas, relève le député européen. Et une union défensive sans LFI, ça ne marche pas non plus ». La municipale partielle de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), les 26 janvier et 2 février, l’a montré : LFI et les autres partis de gauche n’ont réussi à s’entendre ni avant ni après le premier tour, et leurs divisions ont joué un rôle dans l’échec de l’« insoumis » Louis Boyard.

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« Restriction de l’espace politique »

Pas étonnant, dans ces conditions, que certains maires écologistes cherchent localement à se rapprocher de LFI. Anne Vignot, à Besançon, comme Mme Moncond’huy, à Poitiers, discutent avec les « insoumis ». « On ne peut pas se battre pour que le NFP [Nouveau Front populaire] existe au niveau national sans que cela se passe au niveau local », justifie la maire de Poitiers.

La stratégie apparaît cependant incertaine. « En 2019, les écologistes ont réussi à séduire au centre, indique M. Teinturier. C’est moins le cas aujourd’hui. Dans le même temps, on observe une décrue à propos de LFI, perçue comme dangereuse pour la démocratie. Aux européennes, le rapport de force s’est rééquilibré en faveur du Parti socialiste. » Bref, pour le sondeur, la situation préélectorale des maires écologistes se résume ainsi : « Une restriction de l’espace politique potentiel et une alliance avec une force politique contestée : l’équation est plus difficile aujourd’hui qu’hier pour les écologistes. »

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M. Teinturier pense donc que les maires écologistes ont « plutôt intérêt à jouer la carte locale » pour 2026. Et c’est bien ce qu’envisage Marine Tondelier : « Les municipales se gagnent ou se perdent localement. Le contexte national ne m’intéresse pas », lance la secrétaire nationale des Ecologistes.

Un peu tout de même : « On est concentrés sur l’objectif, reconnaît Mme Tondelier : faire basculer le maximum de villes. » Car, confirme M. Cormand, « [leur] approche, c’est la conquête plus que la défense, et ne pas s’endormir sur [leurs] lauriers ». Des grandes villes, comme Saint-Etienne ou Limoges, sont prenables, jauge-t-il, en conseillant de s’intéresser aussi aux périphéries des métropoles comme aux sous-préfectures.

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