Revendiquée ou subie : comment les Français s’approprient la sobriété
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Le Black Friday, et son raz-de-marée de promotions, va de nouveau déferler sur la France ce vendredi 28 novembre. L’occasion de prendre du recul sur les pratiques de consommation des Français, qui s’estiment sobres pour 82% d’entre eux selon un nouveau baromètre de l’Ademe.
Les Français prennent-ils le chemin de la sobriété ? A l’occasion du Black Friday, un événement devenu le symbole de la surconsommation, l’Agence de la transition écologique (Ademe) dévoile, avec l’ObSoCo, la seconde édition de son baromètre dédié au sujet. Publié le 26 novembre, le rapport met en lumière l’ambivalence partagée par une majorité de Français, entre désir de consommer de façon plus responsable et réalité des pratiques.
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L’enquête, menée auprès de 4 000 participants, laisse entrevoir une large prise en compte des enjeux liés à la consommation. 82% des répondants affirment ainsi avoir adopté un mode de vie sobre, sans consommation excessive et adaptée à leurs besoins. Ce sentiment s’appliquerait en particulier au logement et à la consommation de biens, comme les vêtements, pour lesquels ils déclarent avoir modéré ou réduit leurs achats. Concernant les transports, ils sont 79% à estimer être sobres dans leurs habitudes de voyages et de vacances.
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Déconsommation subie
Les auteurs du baromètre pointent néanmoins les limites de cette « auto-évalutation ». « Si le problème est perçu à l’échelle collective, les individus estiment que leur propre contribution au problème global est limitée », indique l’Ademe. En effet, bien que 83% des personne interrogées considèrent que les Français consomment trop, elles ne sont que 32% à s’inclure personnellement dans cette catégorie. En outre, 58% des participants jugent que leur mode de vie a un impact faible sur l’environnement. Un résultat corrélé avec le niveau de revenus des répondants. « Les personnes qui se sentent les moins contraintes sur le plan financier sont également les plus nombreuses à considérer que l’impact de leur mode de vie est important », analysent les auteurs du rapport.
En évaluant les pratiques sobres, comme la réparation, l’achat de seconde main, le recours à des mobilités douces ou la limitation de la consommation de viande, l’Ademe braque par ailleurs les projecteurs sur un phénomène de déconsommation subie. « Les ménages les plus modestes sont systématiquement surreprésentés parmi ceux ayant le sentiment d’être contraints d’adopter ces pratiques », note le rapport.
Les considérations économiques font en effet partie des motivations les plus importantes lorsqu’il s’agit de mettre en place des pratiques sobres, l’impact environnemental n’étant que secondaire. 17% des répondants sont ainsi regroupés dans la catégorie des « sobres par contraintes », tandis que seulement 8% revendiquent haut et fort une sobriété choisie pour des raisons écologiques. Dans le cas d’une augmentation du pouvoir d’achat, une partie des comportements étudiés, notamment l’usage de l’avion ou de la climatisation, pourraient par conséquent être revus à la hausse, avancent les auteurs de l’étude.
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Plus de mesures collectives
De manière plus globale, si les Français se disent disposés à faire évoluer leur mode de vie à l’avenir, les pratiques les plus émettrices de CO2 sont celles auxquelles ils restent les plus attachés. 78% des personnes interrogées refusent par exemple l’idée de se passer complètement de viande, démontrant une dualité entre la perception des enjeux liés à la consommation et leurs pratiques individuelles.
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Pour accélérer cette transition, ils se prononcent cependant en faveur de l’instauration de mesures collectives de sobriété matérielle, énergétique ou encore foncière et attendent une implication plus forte de l’Etat et des entreprises sur ce volet. 70% des répondants sont ainsi favorables à la régulation de la publicité promouvant les produits « à moindre impact pour la santé et l’environnement » et 62% à la suppression totale de la publicité dans l’espace public, qu’ils trouvent trop présente pour 84% d’entre eux.
Sur ce point l’Ademe a d’ailleurs publié en parallèle un avis appelant à placer la transition écologique au cœur de ce secteur, largement critiqué pour la diffusion d’imaginaires consuméristes. L’agence suggère de mieux réguler la publicité et d’accroître la transparence sur l’impact environnemental des produits faisant l’objet d’une campagne. Elle préconise également de réduire, voire d’interdire, les publicités pour les produits et services ayant un fort impact sur la planète, en s’appuyant sur des indicateurs existants comme l’indice de réparabilité ou l’affichage environnemental. Une mesure qui fait d’ores et déjà partie de la loi anti fast-fashion toujours en discussion au Parlement.
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