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« Une forme de délinquance environnementale » : aux Deux Alpes, un écosystème unique remblayé à coups de pelleteuse

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À cause de la fonte du glacier des Deux Alpes, des zones devenues impropres à skier ont été remblayées en Isère. Ces travaux effectués sans autorisation de la mairie posent la question de la protection des nouvelles zones libérées des glaces.

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 14 novembre 2025 
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Le lac glaciaire (visible à gauche ici en 2021) et été remblayé à l’occasion des travaux du téléphérique du Jandri, sans autorisation de la municipalité.

Aux Deux Alpes (Isère), le lac glaciaire (visible à gauche ici en 2021) a été remblayé à l’occasion des travaux du téléphérique du Jandri, sans autorisation de la municipalité
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Le glacier des Deux Alpes (Isère) est en souffrance. Comme tous ses congénères des Alpes, il fond inexorablement, année après année, à cause du réchauffement climatique. Les fidèles de cette station de rang international peuvent s’en rendre compte d’un hiver à l’autre : le front du glacier recule, dévoilant un plateau rocheux qui était recouvert depuis des millénaires.

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Parfois, des lacs se forment dans les cavités, comme c’était le cas aux Deux Alpes. Mais la construction d’une télécabine flambant neuve à 148 millions d’euros, inaugurée l’hiver dernier, a entraîné le remblaiement de cette nouvelle zone humide pour faciliter le passage des skieurs. Aucune autorisation n’a pourtant été délivrée.

Le maire du village de Saint-Christophe-en-Oisans, dont dépend le glacier, nous confirme n’avoir pas eu vent de ce projet : « J’ai bien validé un nouvel emplacement pour la nouvelle gare d’arrivée du Jandri, à côté de l’ancienne. Mais boucher un lac glaciaire, ça ne me dit rien… », nous confie Jean-Louis Arthaud, l’édile de la commune.

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Un lac pas encore référencé

La zone concernée n’a pourtant rien d’anodin, puisque l’on parle d’une surface de 2000 mètres carrés. Sur les images satellites de l’IGN et de Google Map, la disparition du lac est clairement visible à partir de 2024. On peut même voir les pelleteuses à l’œuvre sur les clichés pris pendant la période estivale, lors des travaux. D’autres engins de chantier sont également intervenus sur la piste du Signal, qui descend du glacier, afin de la sécuriser. La glace a été cette fois-ci creusée pour supprimer les cavités dangereuses générées par la fonte, selon des témoins interrogés par Mediapart, qui a révélé l’affaire.

La Sata, qui a la délégation de service public (DSP) du domaine skiable des Deux Alpes, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. L’association Mountain Wilderness s’inquiète de la relative impunité de cette entreprise face à ce genre de dégradation environnementale. « Tout n’a pas fait l’objet de demande d’autorisation. Mais comme ce lac glaciaire est tout nouveau, il n’a peut-être pas été recensé par la DDT (Direction départementale des Territoires). Il y a urgence à faire reconnaître ces nouveaux milieux aquatiques », alerte Mathieu Crétet, chargé de mission espace protégé à Mountain Wilderness. Interrogée, la préfecture de l’Isère n’a pas été en mesure de nous répondre avant publication sur les possibles manquements de la Sata.

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La communauté scientifique se dit choquée. « Les zones libérées par les glaces sont uniques », prévient Jean-Baptiste Bosson, glaciologue, directeur de Marge sauvage et membre du Conseil national de protection de la nature. « Ce sont parmi les milieux les plus sauvages car elles sont très récentes, pas encore dégradées par l’action humaine. Le vivant y arrive très vite. On y retrouve des espèces pionnières dont certaines sont protégées, et il est interdit en France d’y toucher. Mais on n’a pas eu le temps de les recenser avant les coups de pelleteuse, car la fonte est extrêmement rapide. Les Deux-Alpes n’ont aucune considération pour cette biodiversité et sont dans une forme de délinquance environnementale », fustige le chercheur.

En cette année internationale de préservation des glaciers, les défenseurs de l’environnement attendent toujours que l’État sanctuarise « 100 % de nos zones de glaciers », comme l’avait promis Emmanuel Macron en 2023 lors du One Planet Polar Summit.

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 14 novembre 2025 

 

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