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Centrale biomasse de Provence : nos forêts sont-elles en danger ?

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Du bois de forêts drômoise et ardéchoise pourra alimenter la centrale biomasse de Provence : la structure, située à cheval sur Gardanne et Meyreuil, dans les Bouches-du-Rhône, a reçu l’autorisation. Cette décision inquiète certains élus et citoyens. Dans la Drôme, un collectif a été créé : “Help forêt dioise”. Il tente d’obtenir des réponses.

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Caroline Bern 
01 oct. 2025 
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Il est prévu que la centrale biomasse de Provence, située dans les Bouches-du-Rhône, utilise jusqu’à 450 000 tonnes de bois par an. La structure a reçu l’autorisation de s’approvisionner, notamment, en Drôme-Ardèche. Archives photo Le DL/Christophe AgostinisIl est prévu que la centrale biomasse de Provence, située dans les Bouches-du-Rhône, utilise jusqu’à 450 000 tonnes de bois par an. La structure a reçu l’autorisation de s’approvisionner, notamment, en Drôme-Ardèche. 

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La centrale biomasse de Provence, située à Gardanne et Meyreuil, dans les Bouches-du-Rhône, a reçu l’autorisation d’exploiter le bois de forêts de la Drôme et de l’Ardèche. Dans le Diois, et notamment parce qu’il manque d’informations sur ces prélèvements, des habitants, inquiets, se sont regroupés en un collectif : “Help forêt dioise”.

Cette autorisation de prélever du bois forestier concerne 324 communes, réparties dans 16 départements, dont l’Ardèche et la Drôme. Une autorisation tombée le 9 avril, à l’issue d’une enquête publique. Dans la Drôme, les communes concernées sont Alixan, Ancône, Bellegarde-en-Diois, Charens, Jonchères, Marches, Miscon,… à suivre Caroline Bern sur le Dauphiné Libéré 

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Compte rendu personnel ( de Jeanie ) de la réunion « HelpForetDioise »

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Date : 2025 09 24 à 18h) : Die salle Severine Beaumier

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Intervenants : Jeanie Davin-Longchamp, citoyenne de de Jonchère – help forêt dioise ; Claude Veyret* – Ecologie au quotidien- Canopée ;  Gilbert David*, LPO – forestier ancien ONF ;  et  Wolfgang Cramer*, chercheur au CNRS…

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Présent : estimation entre 100 et 120 personnes (toutes les chaises de la salle + environ 20 personnes debout).

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Organismes contactés par Jeanie, en soutien, reliables au projet : Sos Forets, Terre de Lutte, Canopée, France Nature Environnement.

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Première partie de réunion : présentation Vidéoprojecteur de Gilbert David sur l’historique de la forêt dioise, évocation du rôle des arbres dans l’écosystème, de la recapture carbone et ses proportions par les forêts, des usages et cycles d’utilisation du bois, avec leur impact sur la recapture temporaire du carbone. Données sur les différentes pratiques sylvicoles montrant que laisser la forêt en libre évolution permet une meilleure capture carbone tout en servant d’habitat pour une biodiversité stable montrant que contrairement aux croyances et certaines études préalables, plus un arbre vieillit, plus il stocke du carbone. Citation de Robert Hainard paraphrasée : « Le biais d’intérêt financier ayant poussé à croire qu’on devait couper les arbres jeunes pour exploiter le bois est du même ordre de cynisme que de dire qu’on devrait mettre à mort tous les humains à 40 ans avant qu’ils ne soient moins rentables ». On parle de la forêt comme une simple ressource économique appartenant à l’humain, mais pas comme l’habitat à partager avec d’autres espèces nécessaires à la perpétuation de la vie sur terre.

Claude Veyret apporte et fais circuler une douzaine de photos avant la RTM (Restauration des Terrains de Montagne) , expliquant que la forets dioise est récente et fragile, qu’elle est là plantée par nos parents et grands parents pour retenir l’érosion les terres arables qui partait dans les ruisseaux, puis rivière et in fine dans la Rhône et comblait les ports français comme Aigues-Mortes. À cette époque, le port a failli disparaître en raison d’un envasement induit par l’intensification du labour dans les bassins versants, contemporain d’une reprise des défrichements des bois et forêts . Le recul du couvert boisé a favorisé l’érosion des sols et, par conséquent, un apport plus important d’alluvions qui se déposent dans les ports de la région. Ainsi, en 1804, le préfet « M. de Barante père » écrivait-il dans un rapport que « Les côtes de ce département sont plus exposées aux « atterrissements ». Les ports de Maguelonne et d’Aigues-Mortes et le vieux port de Cette (ancienne écriture de Sète) n’ont plus d’existence que dans l’histoire » alerte-t-il. « Un désir immodéré de recueillir a multiplié ces défrichements depuis 1790… L’avidité de jouir a dévoré en peu d’années la ressource de l’avenir ; les montagnes, ouvertes par la charrue, n’ont montré bientôt qu’un roc nu et stérile ; chaque sillon est devenu un ravin ; la terre végétale, entraînée par les orages, a été portée dans les rivières, et de là dans les parties inférieures, où elle sert chaque jour à l’atterrissement des parties les plus basses et les plus marécageuses »….La foret dioise reste et restera l’élément  fondamental de la rétention  des eaux de pluie,  le l’humidité vitale du pays diois, de la sauvegarde de la faune et la flore et du stockage du carbone. La forêt n’est pas une mine dans la quelle on vient « prédater « comme on l’a fait pour le pétrole et le charbon ! Le « bois-énergie » est une hérésie ! Comme la Drôme-Énergie ou l’air-énergie du Diois comme combustible !

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2eme partie : présentation des observations de Wolfgang Cramer, écologue et géographe, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE) à Aix-en-Provence (France), depuis avril 2025 émérite. Les données et estimations fournies par Gardanne à l’enquête publique ne tiennent pas : il s’agit de données théoriques surestimées, l’utilisation de biomasse pour produire de l’électricité n’étant absolument pas pertinente, encore moins pour un usage à aussi faible rendement (34 % annoncé, contre 25% de rendement effectif sincèrement estimé une fois pris en compte l’énergie grise d’abattage, transport, transformation…). La totalité de la ressource étant actuellement déjà exploitée au maximum du raisonnable par les filières existantes (papeterie, biomasse à cogénération, et bois de chauffe). L’utilisation en bois de chauffe local restant l’utilisation à meilleur rendement énergétique, même si l’idéal serait de se passer de bois de chauffage autant que possible.

Par exemple installer une pompe à chaleur utilisant de l’électricité produite par Gardanne reste une très mauvaise solution.

Résumé de la circulation totale du carbone dans l’atmosphère, avec la portion de recapture actuelle par les forêts et océans. Présentation de données concernant l’aberration énergétique du projet de Gardanne, et des données plus valables que l’enquête publique inutile qui a été menée.

Ont été abordés :

-la fragilité et le caractère très récent de la forêt dioise ainsi que de son écosystème local (150 ans environ d’existence, contre généralement 700 ans pour implanter une forêt stable)

-Les pratiques forestières alternatives possibles permettant de maintenir la biodiversité, donc la fertilité des sols, nécessaires à une biodiversité autonome, stable et autorégulante, mais aussi à une agriculture sans intrants polluants, la préservation de la ressource en eau (hydrologie régénérative)

-La nécessité de prendre la question de nos forêts au sérieux, étant donné qu’il s’agit d’un reboisement artificiel nécessaire, qui a déjà eu des effets très positifs, le retour en arrière entraînerait de grosses instabilités de terrain, ressource en eau, températures extrêmes…

-Le fait que considérer la forêt dioise uniquement comme ressource vu sa faible valeur économique comparée aux services écosystémiques qu’elle offre constitue une erreur de jugement évidente, où une approche non seulement strictement financière mais en plus dont l’exploitation pourrait être subventionnée par nos contributions (TVA, impôts,) va avoir pour conséquence une perte de fertilité, d’autonomie, et accentuer les catastrophes naturelles et leur gravité. Tout ceci dans un contexte économique déjà fortement fragilisé.

-La centrale de Gardanne est liée à la création d’une scierie servant d’intermédiaire, qui pourrait brouiller les pistes concernant la destination des bois abattus.

-l’importance de faire des baissières, comme à Marignac et par le GAEC de Montlahuc, phénomène naturel et pratique utilisée mondialement par de nombreuses cultures pour ralentir la circulation de l’eau sur le territoire, permettant de produire plus de biomasse/biodiversité, retenant les sols, réduisant les risques d’inondation. Notez que ce travail est fait aussi par les castors, qui ne s’encombrent pas de nos lois et conventions.

Le président le la section dioise-crestoise de la ligue des droits de l’homme, Michel Léon, nous a fait part de leur soutien total pour la cause défendue ici, rappelant que l’humain n’est rien sans son environnement.

-il a été rappelé que les zonages natura 2000 n’empêchent aucunement les coupes rases, et que sous 20Ha, rien n’empêche un propriétaire de forêt privé d’exploiter son bois à sa guise, en suivant le simple plan de gestion, peu contraignant, notamment sans obligation de replanter.

Il y a encore eu récemment une coupe rase à Arnayon.

-Des entreprises démarchent déjà les propriétaires de terrain privés. Leur stratégie de communication étant basée sur une opacité et une désinvolture totale (« Vous avez un peu de bois là, on s’occupe de tout, et on vous donne un petit billet »).

J’ai donc pris la parole pour mentionner qu’au sein de l’ADRET, nous avions constaté que si le risque le plus élevé observé était celui des incendies, les nouvelles informations relevées corroborent l’idée que l’urgence soit aussi que des entreprises démarchent en priorité les plus grands propriétaires privés, ciblant les personnes ayant hérité, en indivision… non présents sur place et/ou peu renseignés sur les enjeux de la forêt dioise pour en exploiter la ressource.

On note à ce propos qu’apparemment les seuls avis majoritairement favorables à la centrale de Gardanne émanent de la zone de Marseille, non incluse dans les prélèvements, et on l’imagine plus urbaine électrifiée, non sensibilisée aux enjeux et questions de rendement.

Devant la sensation d’impuissance et en l’absence de propositions, j’ai proposé de gérer la mise en place d’un outil coopératif en ligne permettant de travailler par commissions sur les diverses thématiques liées à une utilisation cohérente de nos ressources locales.

Au-delà des partis pris politiques et tensions internes liées au fait de vouloir chacun atteindre une perfection ou un apaisement personnel en considérerant des sujets aussi complexes et interconnectés sous un angle trop spécifique, ce qui peut faire notre force ici c’est la prise de conscience qu’un intérêt collectif imparfait et organisé nous apporterait beaucoup plus de stabilité et d’entraide.

Je propose de constituer un groupe avec des informaticiens engagés. Depuis mes 4 ans d’études en sciences de l’information et de la communication, je pense que nous gagnerions à créer ou rejoindre une infrastructure combinant :

-Une encyclopédie (type wikipedia) locale qui acte une vérité commune cohérente sur les actions à entreprendre en priorité, et décrit les meilleures, à défaut les moins pires des solutions et donne des liens et contacts pour participer.

-Un forum de discussion bien modéré permettant de travailler à distance selon les connaissances de chacun.e, et arriver aux conclusions nourrissant l’encyclopédie.

-Une carte actualisable en temps réel permettant de suivre comparativement l’état de la forêt, les coupes qui y sont réalisées, permettant d’assurer un témoignage et une capacité de se rendre sur place et manifester notre refus organisé des pratiques illégales, ou nettement injustifiables d’un point de vue de l’écologie et du rendement.

Certains de ces outils existent déjà probablement. J’en profite pour renouveler mon appel à apports et coups de mains sur ce sujet.

Gardez en mémoire que de nombreuses structures d’intérêt privé sans nom ni pays n’ont aucun respect ou considération pour cette terre sans laquelle nous n’existons tout simplement pas. Celles-ci utilisent de nombreux outils technologiques, techniques de manipulation issues de collecte de données statistiques, d’effets de système, etc… qui pourront être détaillées plus tard dans le cadre d’une université populaire par exemple à laquelle je souhaiterai me joindre.

On peut mettre en place à très peu de frais les mêmes outils au service du bien commun, dans la droite ligne du mouvement open-source.

J’ai du mal à ne pas être ridiculement solennel là-dessus, mais n’oubliez pas que plus on réfléchit, plus on doute, moins on se sent capable de décider. Cependant lorsque des intérêts individualistes utilisent un langage trop réducteur, flou, attaquent sur l’émotionnel pour désactiver la raison, se taire comme les laisser parler, c’est leur donner votre pouvoir, leur laisser écrire l’histoire à votre place.

Plus on s’entraide en étant bien renseigné, au service d’un partage harmonieux, mieux on s’en sort, et ça réveille ce qu’il y a de plus beau en nous ! Un grand merci et toute ma gratitude à toutes les personnes qui s’investissent sur ce sujet. Content d’avoir vu autant de monde à la réunion !

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HFD!

HELPForêtDioise!

collectif26.foretdioise@gmail.com

Janie Davin-Longchamp, porte- parole du Collectif

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Soutiens locaux à la lutte

GFA de La Tour de Borne, GAEC de Montlahuc, GFA de Souberoche-Boulc, OASIS Belle Combe, Chrysalis, Terres de Luttes, SOS Forêt, Canopée, Médias Citoyens Diois, JDD,…

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Notes et références des intervenants

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Wolfgang Cramer, est directeur de recherche au CNRS, initialement à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE) à Aix-en-Provence, et pendant la période 2012-2017, comme directeur adjoint scientifique du même institut.  a publié plus de 150 articles scientifiques. Il est contributeur au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) depuis 1995, en dernier lieu comme auteur de l’introduction du volet du groupe de travail II du sixième rapport (2022). Il est également rédacteur en chef de la revue scientifique Regional Environmental Change. Depuis 2017, il est membre associé de l’Académie d’agriculture de France. Il est également membre du Comité national français des changements globaux.  Source Wikipedia

Gilbert David est ancien forestier (40 ans à l’Office national de Forets), spécialiste de la faune et flore du Diois et des Alpes en général… Responsable du groupe local LPO du Diois ( après avoir été Pt de la LPO-Drome ) depuis 13 ans. Gilbert David, son fondateur et animateur, envoie des informations sur les sorties, les activités et l’actualité du moment (Sorties chants d’oiseaux, Balade en forêt de Romeyer, Balade en forêt du Sapey et sur la Servelle de Brette, Comptage vautours en août, Comptage gypaète en octobre, Comptage chamois en novembre, Comptage bouquetins en décembre, Inventaire forestier type « FRENE ». Particulièrement attentif aux dérèglements climatiques en forêt, à la libre évolution des écosystèmes. source LPO

Claude Veyret, agriculteur-éleveur retraité, formé aux Paysans-Travailleurs et à la Confédération nationale des syndicats de travailleurs paysans (CNSTP), entre le Larzac et Malville, anime des luttes paysannes et rurales depuis cinquante ans dans la Dôme. Il participe à la création et l’animation d’une quinzaine d’associations citoyennes, dioises, drômoise, régionale et nationale : AMAP, SEL, Agribiodrôme, Conf’Paysanne, Alliance Paysans Ecologistes Consommateurs en Drôme, contre le G8 à Annemasse, Chaînes antinucléaire Cruas, lutte contre les OGM, convergence de la Transition, Alternatiba,  ESCDD, GFA forestier, Terres de vie, Réseau d’aide aux réfugiés, Canopée, Ecologie au Quotidien, Biovallée, Mediascitoyensdiois,  LDH26, etc… Source Université catholique de Louvain la Neuve

 

 

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