Francis Hallé, botaniste et infatigable défenseur des arbres, est mort à l’âge de 87 ans
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02 01 2026
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Francis Hallé en novembre 2013
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Le spécialiste des arbres et des forêts tropicales Francis Hallé est mort le 31 décembre à l’âge de 87 ans, a annoncé son association. Botaniste de renom, chercheur reconnu par ses pairs pour ses travaux sur la réitération (ou multiplication végétative) et l’architecture des arbres, il était surtout connu du grand public pour son dernier projet : la recréation, en Europe de l’Ouest, sur une superficie de 70 000 hectares, d’une forêt primaire, n’ayant donc jamais été exploitée, interdite à toute activité humaine autre que scientifique pendant au moins… sept cents ans.
Les expéditions scientifiques du Radeau des cimes sur la biodiversité de la forêt, entreprises de 1986 à 2012 en Amérique latine, en Afrique et en Asie, l’avaient déjà largement fait connaître. Il avait été l’un des premiers scientifiques de terrain à mettre en avant la fonction irremplaçable des vastes forêts tropicales dans la régulation climatique, et leur rôle tout aussi essentiel dans la préservation de la biodiversité.
Né le 15 avril 1938 à Seine-Port (aujourd’hui en Seine-et-Marne) dans une famille de sept enfants, Francis Hallé comptait parmi ses ancêtres un peintre du XVIIIe siècle qu’il qualifiait lui-même d’« ennuyeux » et un médecin qui eut pour principal patient l’empereur Napoléon. Dans ses années de formation, il subit l’influence stimulante de son frère Nicolas Hallé (1927-2017), chercheur du Muséum national d’histoire naturelle et dessinateur naturaliste.
Dès la fin des années 1960, il entreprit des études universitaires de biologie à la Sorbonne. Celles-ci le conduisirent à présenter une thèse de doctorat à l’université d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, où il vécut avec sa femme, Odile, avant d’enseigner au Congo-Brazzaville, puis dans l’ex-Zaïre. De 1971 à 1999, il a poursuivi l’essentiel de sa carrière de professeur de botanique à l’université de Montpellier, qui a la singularité de posséder le vénérable jardin des plantes créé par Henri IV en 1593, longtemps négligé faute de moyens, déplorait-il lui-même.
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Explorateur d’un nouveau genre
Sa maison montpelliéraine aux plantes exubérantes a été la base arrière des expéditions scientifiques du Radeau des cimes, constituées, sous son impulsion, pour explorer la canopée des forêts tropicales. Cette authentique aventure, menée avec le pilote d’aérostat Dany Cleyet-Marrel et l’architecte-inventeur Gilles Ebersolt, l’a ainsi conduit en Guyane, au Cameroun, au Gabon, à Madagascar, à Panama. Il y a été rejoint par d’autres chercheurs, dont le futur « jardinier » Gilles Clément, ou l’inventeur du mur végétal aux cheveux verts, Patrick Blanc.
C’est à bord d’étranges vaisseaux, dont le plus spectaculaire a été ce « radeau des cimes », gigantesque Zodiac déposé à plus de 50 m du sol par un dirigeable, que ces nouveaux explorateurs ont pu se livrer à d’exhaustives observations botaniques et entomologiques. Depuis, Francis Hallé n’a eu de cesse de vouloir partager son émerveillement devant la stupéfiante beauté de ses découvertes.
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Egalement sollicité par de prestigieuses institutions américaines ou sud-africaines, il a pu, lors d’autres voyages de terrain ainsi que dans de nombreux jardins botaniques, observer les plantes et les arbres tropicaux. Naturellement doué pour le dessin, il a constitué un incroyable corpus de dizaines de milliers de croquis. Ceux-ci, à la fois précis dans leur description et poétiques dans leur facture, ont été la matière d’ouvrages comme le bien nommé Atlas de botanique poétique (éd. Arthaud, 2016), ou les trois volumes publiés par la maison d’édition héraultaise Museo.
Deux d’entre eux, 50 ans d’explorations et d’études botaniques en forêt tropicale (2016) ou ces 50 ans d’observations dans les jardins botaniques du monde (2016), ont connu une large diffusion, avant que la Fondation Cartier, fin 2019, ne mette les carnets de planches du botaniste-voyageur et son travail de chercheur au cœur de son exposition « Nous les arbres ».
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Qualifié dans la présentation de cette exposition de « grande figure (…) témoin de la rencontre entre la science et le sensible », le dessinateur ne faisait que maintenir le fil poétique et merveilleux des animations dont il avait auparavant émaillé le documentaire Il était une forêt. Réalisé en 2013 par Luc Jacquet (auteur de La Marche de l’empereur, 2004) et portant sur les dernières grandes forêts de la planète, le film rencontra une large adhésion du public lors de sa diffusion dans les circuits scolaires ou associatifs. Pessimiste sur les chances de parvenir à protéger les dernières grandes forêts primaires de la planète, alors que l’Amazonie elle-même était déforestée à une échelle industrielle et que de « mégafeux » dévastaient les forêts australiennes, Francis Hallé resta toujours un infatigable pédagogue.
La patience, au-delà d’une vie
De colloque scientifique en rencontre amicale avec son compère Gilles Clément, le célèbre dendrologue pratiquait la simplicité, non dénuée d’humour. Ecartant a priori toute forme de jargon, il fondait ce qu’il conservait d’optimisme sur les capacités des enfants à observer et à s’émerveiller devant la nature – et à vouloir spontanément la protéger. La quête du profit immédiat, omniprésente dans les sociétés occidentales, le révulsait, et il ne manquait jamais de rappeler son incompatibilité avec la patience qui doit accompagner, au-delà d’une vie, la croissance des grands arbres. Ce sont les arrière-petits-enfants de ceux qui les ont plantés qui jouiront de l’ombre bienfaisante des arbres forestiers, disait-il. Et aussi invitait-il régulièrement à les distinguer des « plantations d’arbres » d’une seule espèce, fragiles aux maladies, faussement rentables, et à l’environnement souvent stérile.
Auteur de nombreux ouvrages, Francis Hallé laisse, avec son Eloge de la plante (Le Seuil, 1999) ou son Plaidoyer pour l’arbre (Actes Sud, 2005), les manifestes d’un infatigable défenseur du vivant. A 80 ans passés, il avait encore le projet d’une expédition scientifique en Birmanie. Le dernier projet auquel son nom restera attaché est donc la recréation d’une forêt primaire en Europe de l’Ouest. Celle-ci serait le pendant de celle de Bialowieza, en Pologne, un temps menacée d’une exploitation jugée illégale par la communauté internationale. Six ou sept siècles seront nécessaires à l’établissement de cette nouvelle forêt primaire à partir de la forêt existante (il aurait fallu mille ans sur un sol nu). A côté de son œuvre scientifique, l’accomplissement de ce projet littéralement extra-ordinaire pourrait valoir à son promoteur une éternelle reconnaissance : celle des arbres eux-mêmes.
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02 01 2026
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Francis Hallé est intervenu deux fois aux Rencontres de l’Ecologie de Die et de la Biovallée.
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15 avril 1938 Naissance à Seine-Port (Seine-et-Marne)
1971-1999 Professeur de botanique à l’université de Montpellier
1986-2012 Expéditions du Radeau des cimes
1999 Publie « Eloge de la plante »
2005 Parution de « Plaidoyer pour l’arbre »
2013 « Il était une forêt » (documentaire)
2021 Projet de forêt primaire en Europe de l’Ouest
31 décembre 2025 Mort à l’âge de 87 ans, à Montpellier