Le conte du paysan schizophrène et de la source enchantée
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Il était une fois, dans un royaume pas si lointain (appelons-le Chez Nous), un fermier très en colère.
Toujours en colère.
Un fermier moderne. Connecté. Subventionné. Offensé.
Le matin, il se levait furieux contre le Mercosur.
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Scandaaale ! Ils importent des aliments bourrés de pesticides interdits chez nous ! On empoisonne les gens ! On tue l’agriculture locale ! 

Il tapait du poing sur la table, la bouche pleine de convictions bio… et de café industriel.
À midi, après avoir partagé un sandwich pas trop regardant sur l’origine, il devenait furieux autrement.
Scandaaale ! On m’interdit d’utiliser MES pesticides près des captages d’eau ! Non mais vous vous rendez compte ?!
Les captages d’eau, ces petites sources insolentes qui servent à fournir…
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de l’eau potable
aux enfants
aux vieux
aux mêmes citoyens qui mangent ce qu’il produit
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Mais ça, c’est un détail.
Dans sa tête, tout était parfaitement logique :
Les pesticides étrangers = poison
Ses pesticides à lui = tradition, bon sens, héritage familial et liberté
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Car voyez-vous, dans ce royaume magique, le pesticide change de nature selon qui le verse.
S’il arrive en bateau :
c’est un crime contre l’humanité.
S’il est pulvérisé à 5 mètres d’un captage : c’est du bon sens paysan.
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La source, elle, ne comprenait pas.
Elle gargouillait doucement en murmurant :
Excuse-moi, mais moi je bois tout. Je ne fais pas la différence entre un pesticide patriotique et un pesticide mondialisé.
Alors le fermier cria plus fort.
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Il cria contre l’Europe.
Il cria contre l’écologie.
Il cria contre les normes.
Il cria contre les citoyens qui veulent boire de l’eau propre et manger sain.
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Quel culot, franchement.
Et pendant ce temps-là, les vrais gagnants du conte
les lobbies
les multinationales
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les intermédiaires
regardaient la scène en silence, en comptant les profits, ravis de voir les fermiers et les citoyens se battre entre eux.
Morale du conte (qui pique un peu) :
On ne peut pas dénoncer les pesticides quand ils viennent de loin et pleurer parce qu’on ne peut plus en balancer près de l’eau qu’on boit.
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On ne peut pas crier santé publique le matin et je fais ce que je veux l’après-midi.
On ne peut pas vouloir une agriculture respectée en méprisant le vivant autour.
Ce n’est pas un complot.
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Ce n’est pas de l’idéologie verte.
C’est juste de la cohérence.
Mais la cohérence, dans ce royaume,
ça n’est pas encore subventionné.
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