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L’IA est devenue championne toutes catégories pour flatter les égos….

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Hi-han, Hi-han braie l’âne dans le pré ! I-A, I-A ânonne le mâle égocentré.
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L’IA est devenue championne toutes catégories pour flatter les égos. Elle infiltre comme jamais notre vie quotidienne. Demain, l’IA vidéo sera aussi performante que celle de l’image et nous allons vivre dans un environnement informatif plus faux que jamais. Le défi social et politique sera colossal. Ce n’est pas tant l’Intelligence Artificielle le problème, surtout quand celle-ci permet de gagner 20 ans de recherche sur le cancer et la génétique… c’est l’usage politique et économique que nous en faisons.
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Les baby-boomers, actifs sur Internet mais souvent moins avertis des dangers de l’IA, constituent une cible privilégiée. Je me suis intéressé, car directement concerné, aux fameux « pièges à boomers ». Citons un cas d’école. Sans doute avez-vous vu circuler cette photo, nous montrant une dame en tenue militaire, plus proche du mannequin que de la courageuse paysanne Savoyarde, faisant un selfie au milieu de moutons, et se faisant passer pour une bergère.
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Un texte associé demande de soutenir cette jeune femme, une sorte de Jeanne d’Arc proche de nos traditions, qui se sacrifie pour ses animaux. L’image, même si elle confère à un certain réalisme est pourtant totalement fausse, générée par un outil IA en quelques secondes. Pourtant, la photo est partagée des centaines de fois sur Facebook notamment, récoltant des centaines de milliers de likes et de commentaires. Ces commentaires sont, eux, bien réels, et ils viennent essentiellement de boomers, une tranche d’âge peut-être moins initiée aux évolutions technologiques récentes et aux pièges qu’elles représentent. Je ne veux pas faire le malin, mais quand cette image m’est apparue, je me suis dit : « Ils nous prennent vraiment pour des cons ! ».
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Cependant « (1) ceux qui génèrent ces fausses images en ont parfaitement conscience, que ce soit en France, mais également en Asie et, surtout, aux Etats-Unis. Car ces images ont toutes un point commun : elles visent les personnes susceptibles de réagir de manière très affective, sans recul critique. Pour ce faire, elles affichent des références traditionalistes, pastorales, religieuses, identitaires, sexistes, nationalistes et/ou misérabilistes, tout en préservant une forme d’esthétisme propre au domaine publicitaire. Enfin, ces images sont accompagnées d’un texte généré également par une intelligence artificielle, étudié pour maximiser les réactions des utilisateurs. Le mot « Réac » n’aura jamais si bien porté son sens.
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Pendant que les fake IA occupent l’espace, les publications sérieuses, les informations de fond, les articles comme celui-ci est dégagé par les algorithmes. Tout le modèle des réseaux sociaux est conçu pour alimenter le faux et la vacuité intellectuelle. La loi dite de Brandolini, ou principe d’asymétrie des baratins, est un procédé selon lequel « la quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des sottises est supérieure d’un ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire ». Pour chaque petit mensonge médiatique facilement affirmé par un éditocrate comme Pascal Praud ou Hanouna, il faut dépenser énormément d’énergie pour rétablir la vérité.
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Et le message n’arrivera probablement jamais aux oreilles des concernés, faute d’un audimat aussi puissant que les médias concernés. Avec l’IA, le phénomène est décuplé de manière exponentielle. Il est impossible pour chaque « fake » d’exposer la supercherie sans rapidement s’épuiser moralement. Une fois encore, le contenu « sérieux » ne bénéficie d’aucune viralité. Tout ceci génère un contexte explosif que des groupes politiques utilisent volontiers pour répandre à large échelle des valeurs dans ce groupe social visé, en l’occurrence, des valeurs réactionnaires. En effet, il a été mainte fois démontré que dans les pays développés, c’est la population « âgée » (les plus de 50 ans) qui dicte l’agenda politique.
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Selon les statistiques, ceux-ci ont tendance à voter très à droite. En effet, au premier tour des élections législatives de cette année, le RN (Rassemblement National) a pu compter sur 40 % d’électeurs âgés de 50 à 59 ans et près d’un votant sur trois âgé d’au moins 70 ans. Une cible de choix pour les mouvements politiques réactionnaires qui ont compris que les réseaux sociaux étaient un moyen direct d’atteindre leur cible, quitte à user d’outils de manipulation pour y parvenir. Le danger démocratique est réel tant le terrain de jeu est déséquilibré.
En effet, on pourrait estimer que cette manipulation est disponible autant à droite qu’à gauche de l’échiquier politique mais ce n’est pas le cas dans les faits. Pour que ces fausses images IA soient virales, elles doivent nécessairement inciter un phénomène immédiat de Réactance chez l’utilisateur. Un mécanisme qui ne s’active pas dans les mouvements militants humanistes, visant une population plus jeune et plus informée sur l’IA.
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Incitation à la violence, transphobie, virilisme toxique… le tout par un compte ouvertement nationaliste. Sur plusieurs centaines de cas répertoriés de fausses images IA virales, aucune d’entre elles ne ciblait le champ des valeurs sociales. Des conclusions importantes doivent être tirées de cette observation car à l’échelle d’une nation, le danger démocratique du phénomène est réel. Peut-être s’est-il déjà manifesté dans la réalité politique à notre insu à tous.
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Concrètement, les pages qui publient ces Boomer Traps n’ont pas nécessairement un objectif politique bien qu’ils en utilisent les outils. L’objectif est bien souvent purement économique. D’une part, les pages qui récoltent ces likes peuvent être revendues sur un marché de l’influence à de nouvelles marques. Celles-ci, une fois la page renommée, peuvent ainsi démarrer une activité avec plusieurs milliers de potentiels « pigeons » prêts à consommer et plus facilement manipulables que d’autres. »
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(1) Extraits d’un dossier passionnant à retrouver sur le site : mrmondialisation.org
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Illustration : Bartolomé Ségui

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