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Face à l’obscurantisme woke…

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Droit et Science politique
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Le wokisme est aujourd’hui un mouvement bien identifié et analysé. Se parant de la légitimité universitaire et se réclamant d’une démarche scientifique, cette idéologie n’en constitue pas moins une formidable régression de la rationalité et de l’universalisme : sous ses atours vertueux, ce dogmatisme fait le lit de l’obscurantisme.

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Née dans les départements de sciences humaines, la pseudo-science militante envahit désormais la médecine et les sciences dures et étend son influence bien au-delà de l’Université. Elle s’impose par l’intimidation et récuse toute critique en l’assimilant à une « panique morale ». C’est pourtant une réalité : la déconstruction systématique du savoir trahit l’esprit scientifique au cœur des institutions chargées de sa défense, et, en aggravant le déclin de l’enseignement, forge un monde de post-vérités où s’engouffre une jeune génération condamnée à la déraison. En fragilisant le socle de références communes, ce courant alimente le communautarisme et fracture la nation en un véritable kaléidoscope identitaire.

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Le wokisme, tout le monde en parle, mais rares sont ceux qui peuvent le définir avec précision. L’ouvrage Face à l’obscurantisme woke donne aux lecteurs les clés pour mieux cerner ce phénomène. Sous la direction des universitaires Emmanuelle Hénin, Xavier-Laurent Salvador et Pierre Vermeren, il est rédigé par une vingtaine d’auteurs de spécialités différentes. La richesse de cet ouvrage tient au fait qu’il présente le mouvement woke sous différents angles : philosophique (notamment l’opposition entre libéralisme et wokisme), économique (le rôle des grandes entreprises mondialisées), religieux (les racines protestantes, les liens avec l’islamisme) ou encore psychologique (les biais cognitifs).

On y apprend, par exemple, à la lumière de la sociologie durkheimienne, que le wokisme serait la manifestation d’une régression ; le passage d’une « solidarité organique », fondée sur le sentiment d’appartenance à un collectif abstrait, à une « solidarité mécanique » fondée sur le sentiment d’appartenance à une communauté identifiable. Les militants woke analysent en effet tout sous le prisme de la défense des minorités, de la lutte contre le racisme, la colonisation ou les discriminations. Ils en arrivent à s’attaquer à des disciplines qui n’ont pas vocation à être politisées comme la grammaire, les mathématiques ou la biologie. Ce prisme fait de l’idéologie woke l’héritière du postmodernisme philosophique, un courant critique de la modernité et de l’universalisme.

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La dangerosité de ce mouvement tient au fait qu’il transforme des opinions partagées par une minorité d’universitaires ou de militants, à l’instar de Judith Butler, comme des vérités scientifiques, ce qui explique plutôt bien le tournant idéologique pris par certains départements de sciences sociales (études sur la « race », études de genre, fat studies), au détriment de toute rigueur méthodologique. Difficile de ne pas faire le lien avec Peter Boghossian, un universitaire américain qui a réussi à publier des études parodiques dans des revues académiques de sciences sociales, dont l’une portait sur la « culture du viol » dans les parcs à chiens.

Une chose est sûre : les militants woke n’ont rien des théoriciens ou des intellectuels ; ils ressassent avant tout des dogmes. Pour Pierre-André Taguieff, directeur de recherche au CNRS et politologue, ces pseudo-philosophes s’inspirent directement de la French Theory : « une bouille pseudo-philosophique (…) mêlant confusément les références à des auteurs comme aussi différents que Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze (…) ».

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Vingt-six universitaires révèlent les implications multiples de ce recul du savoir d’où menace d’émerger une humanité diminuée

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Pierre Vermeren est historien et professeur des Universités en histoire des sociétés arabes et berbères contemporaines à la Sorbonne. Il est président du conseil scientifique de l’Observatoire d’éthique universitaire. Son dernier ouvrage publié est Histoire de l’Algérie contemporaine (Nouveau Monde, 2024).

Emmanuelle Hénin est professeur de littérature comparée à Sorbonne Université, spécialiste des théories artistiques de l’époque moderne. Elle a codirigé Après la déconstruction. L’université au défi des idéologies (Odile Jacob, 2023).

Xavier-Laurent Salvador est maître de conférences (HDR) en langue et littérature françaises du Moyen Âge à l’université Sorbonne Paris Nord. Il est spécialiste de la Bible historiale et président de l’Observatoire d’éthique universitaire. Il a publié Petit Manuel à l’usage des parents d’un enfant woke (Le Cerf, 2022).

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