Dépendantes de la nature, les entreprises sont, elles aussi, menacées de disparition
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Dans un nouveau rapport dévoilé ce 9 février, l’Ipbes documente la dépendance des entreprises à la nature et les impacts qu’elles lui font subir. Faute de changement transformateur, elles s’exposent, comme les espèces, à leur disparition.
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« Les entreprises et les autres acteurs clés peuvent soit ouvrir la voie à une économie mondiale plus durable, soit risquer l’extinction… à la fois des espèces dans la nature, mais aussi potentiellement la leur. » C’est la conclusion à laquelle parvient le Britannique Matt Jones, l’un des trois coprésidents de l’évaluation sur les entreprises et la biodiversité effectuée par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (Ipbes). Le résumé à l’intention des décideurs (1) de cette évaluation a été approuvée, le 8 février, par les représentants des 150 États membres de la plateforme, réunis à Manchester (Royaume-Uni) pour sa douzième session plénière.
Cette évaluation a été réalisée pendant près de trois ans par 79 experts de 35 pays issus des milieux scientifiques, mais aussi pour la première fois des entreprises, en lien avec des peuples autochtones et des communautés locales. Une évaluation « qui s’appuie très directement sur les enseignements et les données probantes de nombreuses évaluations antérieures de l’Ipbes », souligne Luthando Dziba, son secrétaire général, qui cite l’évaluation mondiale de la biodiversité de 2019, l’évaluation sur les valeurs de la biodiversité de 2022, ainsi que les deux derniers rapports, datant de 2024, relatifs aux interconnexions et aux changements transformateurs.
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« Ce rapport de référence, résume l’Ipbes, fournit aux décideurs, notamment les gouvernements, les entreprises et les acteurs financiers, les informations essentielles pour mieux mesurer les dépendances et les impacts des entreprises sur la biodiversité et les contributions de la nature aux populations, et pour éclairer des décisions et des actions commerciales et financières plus intégrées afin d’atteindre simultanément les objectifs de développement durable (ODD), le Cadre mondial pour la biodiversité et l’Accord de Paris. »
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La biodiversité, au cœur de la chaîne de valeur
« Toutes les entreprises dépendent de la biodiversité et toutes les entreprises ont un impact sur la biodiversité. La croissance de l’économie mondiale s’est faite au prix d’une immense perte de biodiversité, qui représente aujourd’hui un risque systémique critique et généralisé pour l’économie, la stabilité financière et le bien-être humain. » Telle est la conclusion principale à laquelle parvient cette nouvelle évaluation.
Certains dirigeants d’entreprise seraient tentés de croire que leur activité ne dépend pas de la biodiversité car ils n’en paraissent pas directement dépendants. Mais c’est une vision erronée, pointe le rapport, qui souligne les risques liés aux approvisionnements en matières premières, en biens matériels ou en eau, ou encore aux contributions non matérielles comme le tourisme, les loisirs, l’éducation ou les valeurs culturelles.
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« Toutes les entreprises dépendent de la nature. Certaines sont très clairement exposées aux risques liés à l’épuisement des ressources ou à la dégradation de l’environnement ; d’autres peuvent avoir besoin d’approfondir leur réflexion pour comprendre l’étendue de leurs dépendances et de leurs impacts sur la biodiversité. Les risques cachés peuvent aller du non-respect des cadres réglementaires à l’atteinte à l’image de marque de l’entreprise », appuie Astrid Schomaker, secrétaire générale de la Convention sur la diversité biologique, en réaction à la publication du rapport. Dans tous les cas, la biodiversité n’est jamais une question marginale. Elle est au cœur de ce qui fait prospérer ou échouer les entreprises : la résilience de la chaîne de valeur »..
Mais si l’activité de beaucoup d’entreprises, qui privilégient la plupart du temps le court terme, est à revoir, les incitations des pouvoirs publics, poussés par le lobbying des entreprises et des organisations professionnelles, ne vont globalement pas dans le bon sens non plus. Les flux financiers mondiaux, publics et privés, ayant des impacts directement négatifs sur la nature ont ainsi été estimés, pour 2023, à 7 300 milliards de dollars (Md$), dont 4 900 Md$ de financements privés et 2 400 Md$ de subventions publiques néfastes à l’environnement. De l’autre côté, seulement 220 Md$ ont été orientés, la même année, vers des activités contribuant à la conservation et à la restauration de la biodiversité. Soit 3 % des flux néfastes.
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Agir tôt pour prévenir l’escalade des coûts
Les entreprises ont encore beaucoup de progrès à accomplir pour mesurer leurs impacts sur la biodiversité, et encore davantage pour mesurer leur dépendance à celle-ci. Alors qu’il existe un large éventail de méthodes et de données pour y procéder, le rapport constate que leur appropriation se révèle faible et inégale sur le plan géographique et entre secteurs d’activité. « Moins de 1 % des entreprises publiant des rapports mentionnent leurs impacts sur la biodiversité », ont ainsi établi les auteurs de l’évaluation.
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Moins de 1 %
des entreprises publiant des rapports mentionnent leurs impacts sur la biodiversité.
« En identifiant les risques à un stade précoce, explique pourtant Inger Andersen, directrice générale du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), nous pouvons contribuer à prévenir l’escalade des coûts – hausse des prix des denrées alimentaires, augmentation des primes d’assurance et instabilité économique – qui affectent les familles et les communautés du monde entier. »
« L’un des points forts de ce rapport est qu’il contribue à identifier les méthodes, les indicateurs et les outils politiques adaptés à l’envergure de l’entreprise (…). Le débat change de niveau et passe de simples engagements volontaires en faveur de la durabilité à une feuille de route fondée sur la science en vue d’un changement systémique », explique l’Américain Stephen Polasky, coprésident de l’évaluation. Le rapport relève toutefois qu’il n’existe pas une méthode unique de mesure des impacts et dépendances qui convienne à l’ensemble des actions des entreprises. Plusieurs méthodes ou indicateurs sont nécessaires en fonction de la décision à prendre et de son contexte. Les auteurs soulignent également la nécessité de mieux intégrer la science et les connaissances autochtones pour améliorer cette mesure.
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Recommandations pour les entreprises et les autres acteurs
« Un engagement plus fort en faveur de la nature n’est pas une option pour les entreprises, c’est une nécessité. Cette démarche est vitale pour leurs résultats financiers, leur prospérité à long terme et le changement transformateur nécessaire à un avenir plus juste et plus durable », explique la Colombienne Ximena Rueda, la troisième coprésidente de l’évaluation.
Pour les aider, le rapport formule des recommandations à leur attention, mais aussi à celle des acteurs (gouvernements, secteur financier et société civile) qui interagissent avec elles. Ces recommandations à l’attention de ces deux cibles sont listées dans plusieurs tableaux.
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Estimant donc que les entreprises ne peuvent à elles seules stopper et inverser la perte de biodiversité, les auteurs identifient cinq composantes essentielles pour créer un cadre propice pour les faire évoluer : les cadres politiques, juridiques et réglementaires ; les systèmes économiques et financiers ; les valeurs sociales, les normes et la culture ; la technologie et les données ; ainsi que les capacités et les connaissances. Le rapport fournit ainsi une centaine d’exemples d’actions concrètes qui peuvent être prises par les gouvernements, les acteurs financiers et la société civile.
Pour la France, ce rapport vient en appui de sa Stratégie nationale pour la biodiversité, qui est un des éléments fondamentaux de sa contribution pour la mise en place du cadre de Kunming-Montréal (NBSAP (2) ). « Le but, c’est de faire rentrer nos secteurs privés, les petites, moyennes et grandes entreprises, dans ce cadre de la biodiversité. C’est-à-dire qu’on arrête de travailler chacun dans son coin ou que la biodiversité soit vue uniquement comme extérieure et qu’on doive la gérer parce qu’on est obligés de le faire », explique-t-on de source diplomatique.
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https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47502-ipbes-biodiversite-entreprises-resume-decideurs.pdf2. Plans nationaux d’action et stratégies pour la biodiversité
Laurent Radisson, journaliste, Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement . Reproduction établissant un lien préformaté [47502] / utilisation du flux d’actualité.