« C’est une aventure collective » : les listes participatives et citoyennes fleurissent pour les municipales 2026
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Les listes participatives et citoyennes sont de plus en plus nombreuses à voir le jour pour les élections municipales 2026. Une forme de démocratie locale horizontale et participative qui permet de « réenchanter la politique ».
« Tout est parti de l’idée d’échanger de manière informelle autour la démocratie, de nos besoins d’habitants, collectivement. Puis est venue l’idée de travailler à une élection sans candidats« , se remémore Patricia Hébert, habitante de Buis-les-Baronnies, dans la Drôme. Né il y a deux ans, le collectif « J’habite donc j’agis » a constitué une liste citoyenne pour les élections municipales de 2026 dans cette commune de 2 400 habitants.
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« L’échelon local peut être l’endroit où l’on réenchante la politique, où les gens peuvent s’exprimer. L’idée pour nous est que cela s’accompagne de la réinvention d’une gouvernance municipale plus horizontale, en incluant les habitants. Notre liste est très hétérogène, avec des citoyens de 28 à 86 ans, et des profils qui vont de l’intermittent, de l’agent d’accueil, du médecin, du chef d’atelier d’usine…« , témoigne Patricia Hébert, qui a été désignée tête de cette liste qui regroupe 19 habitants. Le collectif, lui, compte une quarantaine de sympathisants.
Ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans l’aventure des listes collectives et citoyennes. Une forme de démocratie locale horizontale, qui inclue une gouvernance partagée ainsi que l’implication directe des habitants dans la fabrique des politiques. Elles ont aussi pour caractéristique d’être apartisanes.
« On ne pense pas tous la même chose, on n’est pas tous d’accord, mais nous discutons, jusqu’à arriver à un consensus, une prise de décision collective« , exprime cette principale de collège de 61 ans.
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« Je me suis laissé prendre au jeu »
Pour les élections municipales 2026 qui se tiendront les 15 et 22 mars prochains, on recense environ 800 listes participatives et citoyennes selon Fréquence commune, soit deux fois plus qu’aux dernières élections. Pour eux, l’échelon local s’impose comme l’espace prioritaire des réinventions démocratiques.
Un constat partagé par plusieurs habitants de la commune de Saint-Symphorien-sous-Chomérac, en Ardèche. Une liste participative et citoyenne « Agissons ensemble » de 17 personnes a été déposée en préfecture. Ici, tout est parti d’un collectif de parents d’élèves, qui ont peu à peu rallié d’autres habitants. Jusqu’à un ancien maire, Claude Giraud, choisi pour être tête de liste. « Je me suis laissé prendre au jeu, j’ai 70 ans je ne pensais pas un jour me relancer dans l’aventure des municipales« , s’amuse-t-il. « La première fois que j’ai été élu, j’avais 22 ans, à l’époque le fonctionnement de la mairie était très paternaliste », témoigne cet agriculteur de métier. La commune compte environ 870 habitants.
« L’idée est vraiment de co-construire la politique municipale. Car les habitants ont l’expertise de leur quotidien et de leur territoire. Qui de mieux qu’eux pour imaginer la politique municipale« , exprime Camille Baudoin, également sur la liste.
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« Redonner confiance envers les élus de proximité »
« Ici, les habitants sont attachés au caractère rural de la commune, et souhaitent également remettre du lien social. Cette liste permet de redonner confiance envers les élus de proximité, ils attendent une relation humaine, de la transparence« , enchaîne Claude Giraud.
Présence dans les groupes de travail de l’intercommunalité, « diagnostic en marchant » avec les habitants, création d’un conseil citoyen en parallèle du conseil municipal,…, le collectif fourmille d’idées. « Nous sommes sans étiquette, de sensibilité politique différentes. L’idée est de représenter la diversité du village« , explique Lucie Delinotte, membre du collectif.
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« Beaucoup n’auraient jamais imaginé faire de la politique »
Parfois, ces listes partent d’un constat que de nombreux habitants tournent le dos à la politique locale. À Saint-Genest-Lerpt, commune de 6 000 habitants dans la Loire, il n’y avait qu’une seule liste aux dernières élections et une abstention à 74%.
« L’idée de départ n’était pas une liste, mais un collectif pour recréer des espaces de discussions. Pour beaucoup d’habitants, ça a été une découverte, beaucoup n’auraient jamais imaginé faire de la politique moi y compris« , raconte Cyril Hortala, 45 ans, désormais tête de la liste citoyenne de 29 personnes, « Élan lerptien« .
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« La démocratie se construit d’abord au niveau local. La question centrale c’est « comment une mairie peut retrouver une qualité d’écoute ?« , exprime celui qui est directeur d’une fédération d’éducation populaire. Élan lerptien s’est inspiré d’expérimentations d’autres communes dont les listes citoyennes ont été élues en 2020, mais aussi de réseaux comme Fréquence commune, qui met à disposition plusieurs ressources et outils permettant d’accompagner la mise en place de ces modes de gouvernance.
« Il y a aussi un véritable côté joyeux à notre démarche, c’est une aventure collective. Quelque part, même avant le scrutin, on peut dire que c’est déjà une victoire puisqu’à la base on ne se connaissait pas et désormais, on a réussi à créer collectivement de nombreuses initiatives sur la commune, à expérimenter tous ensemble« , se réjouit Cyril Hortala.
Plusieurs collectivités en France fonctionnent déjà sur ce modèle.
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