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Le logement est un droit

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Les expulsions forcées de locataires ont bondi de 60 % en deux ans

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Les forces de l’ordre ont procédé à 30 500 expulsions locatives en 2025, a annoncé mardi 17 mars la Chambre nationale des commissaires de justice (ex-huissiers). Pourtant, les commandements de payer, adressés par les propriétaires, n’ont augmenté que de 2,4 % en 2025.
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 Claire Ané

 18 mars 2026
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Les expulsions locatives forcées ont connu leur quatrième année record consécutive. Environ 30 500 ménages ont ainsi dû quitter le logement qu’ils louaient en 2025, a annoncé mardi 17 mars la Chambre nationale des commissaires de justice, le nouveau nom des huissiers de justice. Cela représente une hausse de 27 % des ménages concernés en un an, et une hausse de 60 % en deux ans. Si l’on se réfère au début des années 1980, les chiffres ont été multipliés par dix. Et ces données ne prennent pas en compte les ménages qui partent avant l’intervention de la police ou de la gendarmerie – ils seraient deux ou trois fois plus nombreux, selon plusieurs estimations.

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« Nous pensions avoir atteint les limites de la capacité des forces de l’ordre à expulser. Mais non : les expulsions continuent d’exploser, comme constaté par notre réseau d’une trentaine d’associations d’accès aux droits et via notre ligne téléphonique SOS expulsions », réagit Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé Pierre).

Le ministère du logement n’a pas répondu aux sollicitations du Monde de commenter cette nouvelle hausse, au titre du devoir de réserve demandé par Matignon en cette période d’élections municipales. En 2025, il avait publié ses propres données, similaires à celles des commissaires de justice, en justifiant la hausse par le fait que « la crise sanitaire, la flambée des prix de l’énergie et l’inflation ont fragilisé de nombreux foyers ».

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« Sévérité accrue » des tribunaux

Et cette fois ? « La période récente n’a pas été marquée par une forte hausse des impayés de loyers », point de départ de 95 % des procédures d’expulsion, met en avant Manuel Domergue. Les commissaires de justice ont en effet constaté que les commandements de payer, adressés par les propriétaires aux locataires en retard pour acquitter leur loyer, n’ont augmenté que de 2,4 % en 2025, après 11 % en 2024. « Si les expulsions progressent pour leur part de 27 %, c’est parce que les tribunaux font preuve d’une sévérité accrue, ainsi que les préfectures, chargées de la mise en œuvre des décisions », estime le responsable de la Fondation pour le logement.

Il souligne, côté justice, le rôle de la loi Kasbarian-Bergé de juillet 2023, qui a raccourci les délais et réduit les possibilités des locataires d’étaler les paiements. Quant aux préfectures, elles ont été à peu près autant sollicitées qu’en 2024 par les propriétaires. « Les préfets ajournent moins d’expulsions, suivant les prises de position du ministre Vincent Jeanbrun, qui vont vers une accélération et une extension des motifs », déplore Manuel Domergue. Les motifs qui permettaient par le passé de retarder l’échéance sont moins pris en compte, selon lui, tels que l’absence de solution de relogement ou d’hébergement pérenne, la présence d’enfants en bas âge, de locataires âgés ou gravement malades, ou encore le fait que le propriétaire ne soit pas dans une situation d’urgence.

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Le bond des expulsions forcées s’explique aussi par le manque d’autres solutions, dans un contexte de profonde crise du logement abordable. « Des ménages dont le loyer représente 40 %, 50 % voire 60 % de leurs revenus finissent par avoir des impayés de loyers et ne parviennent pas à déménager avant d’être expulsés : il y a peu d’offre dans le privé et elle est trop chère, et il y a beaucoup trop de demandes de logement social pour qu’ils en obtiennent un à temps. Les délais pour faire valoir le Droit au logement opposable se sont eux aussi allongés », décrit Dalila Boukacem, chargée de mission à l’Alpil, association lyonnaise d’insertion par le logement.

Le président de la Chambre nationale des commissaires de justice, Benoît Santoire, rappelle que les procédures pour impayés de loyer restent « très faibles », avec 175 000 lancées en 2025, alors que le pays compte 12,8 millions de ménages locataires, selon l’Insee. Il se réjouit de la parution récente, le 12 février, d’un décret d’application de la loi Kasbarian-Bergé, qui étend le maintien des aides au logement (type APL) en cas d’impayés de loyer, et « qui renforce le rôle des commissaires de justice dans la prévention des expulsions », par la collecte des coordonnées et informations des locataires en impayés. Il préconise aussi des évolutions législatives qui faciliteraient le recouvrement des impayés de loyers et « pourraient peut-être éviter d’aboutir à une expulsion » : autoriser la signature de baux authentiques devant un commissaire de justice d’une part, et autoriser d’autre part la saisie conservatoire des impayés sur le compte bancaire de la personne s’étant portée caution solidaire du locataire. (…)

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* Le droit au logement* bafoué régulièrement !

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La loi DALO

La loi DALO (Droit Au Logement Opposable) du 5 mars 2007, entrée en vigueur en 2008 est le fruit des combats des mal logés/sans logis et des associations comme DAL qui les soutiennent. L’Etat est garant du droit au logement. Les demandeurs de logement social font un recours auprès d’une commission départementale chargée de statuer sur le caractère prioritaire et urgent de leur demande en fonction de critères définis par la loi.

=> Voir ici les articles de loi  L.441-2-3 du CCH et  R 441-14-1

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Les critères pris en compte pour le DALO

– ne pas avoir reçu de proposition de logement adapté à sa demande dans un délai « anormalement long » défini par arrêté préfectoral pour chaque département
– être dépourvu de logement
– être menacé d’expulsion sans relogement (avoir un jugement d’expulsion)
– être hébergé dans une structure d’hébergement d’urgence depuis plus de 6 mois
– être logé temporairement en logement de transition, logement foyer, résidence sociale, pension de famille, maison relais etc. depuis plus de 18 mois
– être logé dans un logement impropre à l’habitation, un logement insalubre ou dangereux
– être logé en surpeuplement + enfant mineur ou personne handicapée
– être logé dans un logement Indécent + enfant mineur ou personne handicapée

La Commission de médiation départementale (Comed) DALO se réunissant en préfecture statue sur le caractère prioritaire et urgent ou non de la demande.

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Les Délais de réponse de la COMED 

A partir de la date  d’enregistrement ou de l’accusé de réception, la COMED doit statuer dans un délai de 3 mois pour le DALO. La décision (favorable ou défavorable) doit être notifiée par écritSi la personne n’a pas reçu de notification dans les délais impartis pour statuer, il peut s’agir d’un rejet implicite. Si la décision est favorable, les COMED envoient généralement la décision en courrier simple dans un délai pouvant varier, généralement dans les 15 jours.

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Les suites de la procédure DALO 

– Si la décision est favorable (prioritaire et urgent) Article L441-2-3-1 et Article R441-16-1 du CCH : L’État a l’obligation de reloger la personne dans les 3 ou 6 mois (défini par arrêté préfectoral par département) dans un logement adapté à ses capacités, composition familiale, ressources etc. Si l’Etat ne reloge pas dans les délais impartis, le demandeur peut saisir le tribunal administratif (voir plus bas le recours contentieux « astreinte »).

– Si la décision est défavorable ou s’il y a pas eu de réponse de la Comed dans les délais prévus ou si aucune proposition de relogement n’a été faite dans les délais impartis malgré la reconnaissance du caractère prioritaire ou si la Comed a orienté vers un hébergement au lieu d’un logement :  2 types de  recours peuvent être exercés en fonction des situations. Recours gracieux ou recours contentieux (auprès du tribunal administratif du lieu de la demande)

= > Pour le recours contentieux au tribunal administratif, il est possible demander l’assistance d’un avocat (voir rubrique Aide Juridictionnelle ici).

Délais de recours 

– En cas de réponse défavorable ou de réorientation vers l’hébergement pour un recours logement : la personne a 2 mois à partir de la date de notification pour contester la décision par un recours gracieux ou un recours contentieux au Tribunal administratif.  Le recours contentieux peut aussi être réalisé dans un délai de 2 mois après rejet du recours gracieux.

– En cas d’absence de relogement par l’État dans les délais prévus par la loi à la suite d’une décision DALO favorable :  il faut faire un recours contentieux au tribunal administratif appelé aussi recours astreinte. Il de saisir le juge pour qu’il ordonne au préfet le relogement ou l’hébergement, et en attendant qu’il fixe une astreinte que l’État devra payer par jour de retard.

Le recours indemnitaire
Si le demandeur n’a pas été relogé dans les délais impartis après une décision favorable ou après un recours contentieux  « astreinte » le demandeur peut saisir le juge administratif pour contraindre le préfet à verser des dommages et intérêts au titre du préjudice qu’il a subi.

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Le recours amiable DAHO- Droit à l’Hébergement Opposable

La loi DALO prévoit un recours au titre du droit à l’hébergement opposable. Ce recours est inconditionnel et peut donc être effectué sans condition de régularité de titre de séjour.
=> Télécharger ici le formulaire pour faire un recours DAHO hébergement

Le requérant doit apporter des éléments indiquant qu’il est sans logis et qu’il a fait appel à la veille social.

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DAHO : délais et suites du recours

– la Comed a 6 semaines pour examiner le recours amiable et statuer sur le caractère prioritaire ou non
– en cas de décision favorable le préfet a 6 semaines pour  proposer une place en structure d’hébergement ou  3 mois pour un logement-foyer, un logement de transition
– ensuite en cas de décision défavorable ou d’absence de proposition dans les délais : la procédure contentieuse au TA est la même que pour le DALO

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DALOs : la mobilisation pour faire valoir son droit au relogement

Parallèlement au recours juridique, la mobilisation collective est nécessaire pour exiger un logement décent et stable car plus de 72 000 ménages prioritaires DALOs sont toujours en attente de relogement. Nous encourageons donc les mobilisations collectives des prioritaires DALOs en direction de l’Etat qui doit reloger sur son contingent mais aussi en direction des collectivités territoriales, d’Action Logement, des bailleurs sociaux qui selon la loi doivent consacrer 25% de leurs attributions aux ménages PU DALOs.

Au total, si les réservataires respectent la loi ce sont plus de 43% des attributions qui doivent être consacrées aux ménages prioritaires DALOs.

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APPIS

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