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Transition écologique 

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Pourquoi soigner la planète est bon pour la santé

Lutter contre le réchauffement climatique apporte de rapides bénéfices à la santé, c’est ce que démontre, chiffres à l’appui, l’épidémiologiste Kévin Jean dans son nouvel ouvrage « A notre santé ! ». A ce titre, la transition écologique n’est pas un chemin de larmes, mais la possibilité de gagner en qualité de vie.
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Nabil Wakim

 27 mars 2026 

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La lutte contre le réchauffement climatique est une excellente nouvelle pour notre santé. Cette affirmation étonnante – et pleine d’espoir – est au cœur des travaux de l’épidémiologiste Kévin Jean. Dans son ouvrage A notre santé ! (Payot, 224 pages, 19,90 euros), il rappelle à quel point le changement climatique est une menace pour les êtres humains, mais surtout comment les politiques écologiques peuvent améliorer la santé des individus.

Sous-titré « La lutte contre le changement climatique n’est pas celle que vous croyez », le livre prend à contre-pied les récits habituels sur la transition climatique – très loin du « sang, du labeur, des larmes et de la sueur » évoqués lorsque ces sujets sont abordés. « Nous aurions énormément à gagner en termes de santé et de qualité de vie, ici et maintenant, si nous enclenchions une véritable bifurcation écologique », note l’auteur. De manière détaillée et sourcée, il donne à comprendre que les transformations nécessaires pour faire face à la montée des températures ont des avantages colossaux et souvent ignorés.

Dans une première partie, Kévin Jean rassemble les études scientifiques les plus diverses sur la menace que le changement climatique fait déjà peser aujourd’hui sur notre santé : l’impact de la montée du thermomètre sur les corps, les risques liés aux incendies et aux inondations, les conséquences sur la santé mentale, la multiplication des allergies et des maladies infectieuses.

Il souligne également une donnée méconnue : le rôle des modifications du climat dans la dégradation de la qualité de l’air. Les transformations du climat augmentent déjà aujourd’hui les risques de formation d’ozone dans l’atmosphère, ce qui dégrade fortement la qualité de l’air. Il faut y ajouter les particules fines liées aux feux de forêts, qui se propagent sur des milliers de kilomètres – et qui sont déjà responsables à l’échelle mondiale de plus de 1,5 million de morts chaque année, surtout dans les pays du Sud.

Le sport, meilleur allié

Cette litanie de mauvaises nouvelles, alors que le monde est loin d’être sur la bonne trajectoire en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, est contrebalancée par la deuxième partie du livre. Une analyse riche, et originale, des bénéfices pour la santé des principales politiques climatiques. Kévin Jean balaie un par un les différents domaines de la transition et parvient à mesurer avec précision les dizaines de milliers de décès et les centaines de milliers de maladies évitées.

L’un des leviers les plus puissants est bien l’amélioration de la qualité de l’air. En France, 40 000 personnes meurent chaque année en raison d’une exposition aux particules fines. Elles sont aussi responsables de nombreuses maladies, comme l’asthme des enfants, une partie des cas de diabète et pèsent lourd sur les maladies respiratoires, les cancers du poumon et les maladies cardio-vasculaires. Les études parviennent désormais à démontrer que réduire les vitesses de circulation, limiter la place de la voiture en ville, construire des pistes cyclables, sortir des modes de chauffage polluants a donc plusieurs avantages : baisser nos émissions et, de manière presque immédiate, améliorer la qualité de l’air que l’on respire. Ces bénéfices sont déjà mesurés dans les communes qui ont pris des mesures significatives sur le sujet.

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L’argument est identique sur le transport – le secteur représente un tiers des émissions de gaz à effet de serre de la France, en particulier la voiture. « Parmi les différents impacts du système “bagnole” sur notre santé, il en est auquel on ne pense pas toujours et qui est peut-être le plus important : la voiture nous a rendus largement inactifs physiquement », note Kévin Jean. Or l’activité physique, même peu intense, est notre meilleure alliée pour rester en bonne santé. Entre 10 et 15 % des décès dans les pays occidentaux pourraient être prévenus si les recommandations d’activité étaient respectées, rappelle le chercheur. Or, le développement de la marche, du vélo et des transports en commun sont justement au cœur des politiques nécessaires à la transition. « La pratique hebdomadaire de 1 h 40 de vélo ou de près de 3 heures de marche réduit le risque de décès de près de 10 % », rappelle l’auteur.

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Le défi de l’alimentation

Kévin Jean suit le même raisonnement sur l’un des autres défis majeurs de notre santé : l’alimentation. « Le système agricole contribue désormais à nous rendre malades : aujourd’hui le monde compte plus de personnes souffrant d’obésité que de personnes malnutries », explique-t-il. En engageant une transformation agricole vers des produits plus sains, en militant contre les engrais azotés et les pesticides, en réduisant la place de la viande dans l’assiette, les bénéfices pour la santé, le climat et la biodiversité sont majeurs. « Une transition alimentaire globale pourrait permettre d’éviter entre 100 000 et 200 000 décès par an dans le monde, dont 20 000 à 40 000 en Europe », souligne Kévin Jean. L’ouvrage revient également de manière pédagogique sur les conséquences positives pour la santé de la rénovation thermique des logements – là aussi une nécessité d’un point de vue climatique – et de la baisse du bruit en ville, si l’on diminue la place du trafic routier.

L’aspect le plus spectaculaire du livre de Kévin Jean est cependant la question des effets de ces mesures. Il est souvent reproché aux politiques climatiques d’avoir un effet sur le long terme, de n’avoir un impact positif que dans des dizaines d’années. Les impacts sur la santé sont, eux, des bénéfices de court terme, mesurables rapidement par le plus grand nombre. Une autre vision des enjeux écologiques qui pourrait inspirer de nombreuses politiques publiques.

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Nabil Wakim

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