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Terrorisme
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"Nous vous demandons un symbole fort, comme l’a été Samuel Paty", réclame Virginie Le Roy.
« Nous vous demandons un symbole fort, comme l’a été Samuel Paty », réclame Virginie Le Roy.
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« Sefrioui est encore plus dangereux qu’il y a 6 ans » : la plaidoirie de Virginie Le Roy au procès Paty en appel

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 Etienne Campion

L’avocate de Jean, Bernadette et Gaëlle Paty, les deux parents et la sœur de Samuel, demande à la Cour un verdict de justice et de protection : réaffirmer la bienveillance du professeur, l’intangibilité des programmes, et faire de la décision un rempart pour que jamais plus un enseignant ne soit livré à la sauvagerie.

« Serions-nous là si votre mensonge était resté dans l’enceinte du collège ? » Z. n’a pas répondu à cette question. Celle dont le mensonge hante le dossier n’a pas pu répondre, mais il y a des silences plus explicites que les mots. Il a été dit qu’à cette audience on ne pouvait pas tout dire, qu’il y aurait des tabous, que la décapitation de Samuel Paty écrasait le dossier. C’est faux. Nous voulons tout voir, tout savoir, tout dire, tout comprendre.

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Le mensonge de Z. n’est pas un tabou. La décapitation de Samuel Paty non plus. Nous la connaissons par cœur cette décapitation, elle nous a frappés et nous a anéantis. Nous l’avons apprise au gré des informations.

Vers 17 heures 30 d’abord sur BFMTV, un professeur d’histoire décapité à Conflans : nous avons douté. À 18 heures, un professeur d’histoire décapité à Conflans, aux initiales SP, nous savions, nous ne voulions pas le croire, mais au fond de nous, nous savions.

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« Il n’y a qu’un seul tabou dans ce dossier, le blasphème »

Ensuite est venu le Samuel P. toujours professeur d’histoire à Conflans, toujours décapité. À minuit, une confirmation officielle est tombée : C’est bien Samuel, notre Samuel, qui a été décapité. Nous la connaissons cette décapitation, elle a envahi la toile, la presse, nos quotidiens, nos vies, notre avenir. Nous la connaissons, cette décapitation, car il a fallu aussi, reconnaître Samuel à la morgue, et trouver le foulard capable de cacher l’horrible blessure pour les obsèques.

Alors non, ce n’est pas un tabou, elle fait dorénavant partie de nos vies cette décapitation, et il nous faut vivre avec elle, avec ces paillettes envahissantes qui ne partiront jamais.

Le tabou n’est pas non plus dans les déclarations du ministre de l’Intérieur, c’est un non-sujet. Elles n’ont aucune utilité pour ce procès, les préoccupations du Ministre ne sont pas les nôtres. Ses réponses sont partiellement fausses ou incomplètes, parfois hors sujet, toujours gênées : les réponses d’un homme politique défiant vis-à-vis de l’institution judiciaire, c’est l’usage. (…) Mais c’est un témoin contraint par ses fonctions présentes et passées, c’est un témoin bridé.

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Le tabou de ce dossier ce n’est pas non plus la discrimination salement imputée à Samuel Paty. Ce n’est pas un tabou non plus, car nous le connaissons lui, nous le connaissons par cœur notre fils, notre frère, notre oncle. Ce n’est pas un tabou parce que ses élèves le connaissent lui, leur professeur.

« Je n’ai jamais voulu me l’avouer avant ça, mais Monsieur Paty était un de mes profs préférés, car il avait beau être strict, faire pas mal de contrôles, et être assez à cheval sur les règles, il était sympathique et drôle. » « Il nous faisait des blagues à la fin des cours, certes qui n’étaient pas vraiment drôles, mais au moins il essayait de faire en sorte que, si on allait mal, ça pouvait nous remonter le moral. Je ne lui en serai jamais assez reconnaissante. » « Je sais qu’il ne pourra jamais voir ou lire ce que j’écris, mais j’aimerais juste lui dire merci. »

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Cette fanfare nauséabonde n’est que l’argutie d’une défense en mal d’arguments, en mal de lumière. Une argutie qui n’hésite pas à s’essuyer les pieds sur un professeur décapité pour avoir enseigné les valeurs de la république.

Madame le Président, Mesdames et Monsieur de la Cour, il n’y a qu’un seul tabou dans ce dossier, le blasphème. Le blasphème dont les accusés se sont tant repus par le passé, et qui leur brûle les doigts aujourd’hui. Le seul tabou de cette audience, ce sont les accusés qui le portent.

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« Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ont lancé une bombe qui ne pouvait qu’exploser »

Les accusés qui nient l’évidence, se défilent, tordent le bras au dossier, amputent les procès-verbaux, multiplient les incidents parfois même jusqu’à la menace physique. Les accusés qui renient leurs relations, leurs mots et leurs écrits, qui se renient eux-mêmes. Les accusés qui veulent nous faire croire qu’un homme est mort sur un malentendu.

C’est vrai, le mensonge de Z. est à l’origine de ce dossier. Mais s’il n’était pas sorti du collège, rien ne serait arrivé. S’il n’avait pas été manipulé, médiatisé, livré par des vautours à un fou de dieu, nous ne serions pas là, et Samuel Paty serait vivant.

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Je repense à ce que vous a dit de P. Sefrioui, elle qui connaît si bien son père : « Ça ne pouvait que mal se finir. » En effet, ça s’est horriblement mal fini, et ce n’est pas un hasard.

(…) Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui se sont déchaînés contre Samuel Paty. Ils se sont acharnés sur Samuel Paty chaque jour pendant 10 jours. Il n’y a que l’assassinat de Samuel, le 16 octobre un peu avant 17 heures, qui les a arrêtés. Ils ont lancé une bombe qui ne pouvait qu’exploser : la haine des musulmans, la discrimination des musulmans, Charlie Hebdo, et surtout : le prophète, les caricatures et le blasphème. Et qu’ils cessent de nous dire que le blasphème n’était pas leur préoccupation première, ils l’avaient plein la bouche.

(…) Qu’ils cessent de nous dire qu’ils ont été dupés par Z., qu’ils ont cru à une discrimination : dès 8 octobre ils savent, l’un et l’autre, que Z. a de gros problèmes disciplinaires, Brahim Chouina en a même honte vis-à-vis de Sefrioui. (…)

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Ils le savent, mais ils continuent, parce que le véritable objet de leur colère, celui qu’ils veulent cacher aujourd’hui, leur tabou, n’est pas réglé.

(…) À l’audience, Sefrioui a vanté la qualité de ses produits – pour reprendre ses termes – c’est-à-dire de ses vidéos, par rapport à celle de Chouina. Il s’est même moqué de la vidéo de Chouina : « En termes de communication de 0 à 10 on est plus près du bas que du haut. » En effet, s’il y a une seule chose que l’on peut concéder à Sefrioui, c’est la qualité de ses produits, nous en avons vu certains à l’audience, ils visent et touchent juste.

La vidéo faite contre Samuel Paty était indéniablement un excellent produit, tout y était. Et il y a mis tout son cœur, tout le Week-end des 10 et 11 octobre, jusqu’à 1 heure 30 du matin, devant son ordinateur, à faire ses coupes, masquer ses injonctions à Z., monter, démonter, remonter les images, écrire les sous-titres accrocheurs, choisir les morceaux religieux les plus évocateurs, soigner sa mise en scène, choisir son titre racoleur, il ne laisse rien au hasard.

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Pendant ce temps Samuel écrivait à ses collègues sa peur et les menaces qui le visaient.

« Sefrioui s’est jeté comme un vautour sur la polémique offerte par Chouina avec une avidité complètement assumée »

(…) P. Sefrioui a dit à cette Cour que son père utilisait systématiquement la religion comme une arme, elle vous a dit « c’était une arme très efficace dans ses mains, et il l’avait compris, ce que voulait mon père c’est du pouvoir et la religion lui en a donné », « J’ai toujours eu peur que quelqu’un agisse sur influence de mon père ». C’est très clairvoyant de la part de celle qui a subi pendant des années la terreur et les violences de son père, celle qui est devenue son tabou, et qu’il nous interdit d’évoquer dans nos questions.

Sefrioui s’est jeté comme un vautour sur la polémique offerte par Chouina moins de 2 heures après le 1er message, avec une avidité complètement assumée. Ça ne le dérange pas de faire des kilomètres. Les deux ne lâcheront plus Samuel Paty pendant 10 jours, jusqu’à sa décapitation !

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Pendant 10 jours ils ont agi sans relâche, déstabilisé le collège, recruté des parents d’élèves et des collégiens, diffusé leurs messages et vidéos de haine en se donnant réciproquement directives et conseils, ils se tiendront l’un et l’autre rigoureusement informés de ce qu’ils font, le dépôt de plainte, les appels aux journalistes, le recueil de témoignages, la recherche d’un psychologue pour Zayna, l’organisation de la manifestation, la confection de vidéos…

Le père attentif relancera régulièrement la polémique en répondant aux messages reçus en des termes choisis, accusant Samuel Paty de tous les maux : voyou, violeur de cerveaux d’enfants, blasphémateur, harceleur, tout y est passé.

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Le faux imam, le faux journaliste, l’imposteur enfermera Z. Chnina dans son mensonge en lui dictant son discours. Ils se sont acharnés, ils ont sali Samuel Paty autant qu’ils ont pu : Ils ne lui ont laissé aucune chance.

Pourquoi autant ? pourquoi si fort ? Parce que Samuel Paty a touché à ce qui les anime profondément, depuis des années : la religion et le prophète.

Il suffit de se rappeler le prêche d’AS quelques semaines après l’attentat contre Charlie Hebdo : « Oh seigneur, envoie ta colère, ta réprobation, ton châtiment sur tous ceux qui se moquent de notre prophète, notre bien aimé Muhamad, paix et prières sur lui. O Allah déchire les Oh Allah envoie sur eux des pandémies, O seigneur avilis les en ce bas monde » Ce prêche fait écho à Chouina, qui approuve un des messages qu’il recevra en réaction au blasphème de Samuel Paty : « Qu’Allah lui casse le dos ».

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À l’audience Sefrioui s’est défendu : ce n’était pas un prêche, mais une invocation. C’est très intéressant, surtout quand on se penche sur la définition de l’invocation : action d’invoquer, de prier un résultat. Les prières de Sefrioui ont été exaucées.

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Madame le Président, Mesdames et Monsieur de la Cour, que dire à l’issue de cette audience ?

Des complices je n’ai rien entendu de nouveau, même pas un mot d’empathie pour la famille de Samuel Paty. Je n’ai rien entendu qui puisse me faire douter de leur culpabilité, c’est une évidence.

Brahim Chouina a fait un peu de chemin, il a admis qu’il n’aurait pas dû faire la vidéo, ni les messages, mais il n’est pas allé au bout. Il a admis une responsabilité en demi-teinte, il a invoqué des regrets.

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« Les motivations de Sefrioui, les seules, sont le blasphème et la contestation de l’enseignement républicain »

Lui, au moins, et on peut le lui concéder, ne nous a pas imposé de devoir défendre la mémoire d’un professeur, d’un fils, d’un frère, d’un oncle. Lui, au moins, ne nous a pas imposé les insultes à Samuel.

Sefrioui a fait des insultes à Samuel Paty sa principale stratégie de défense, en l’accusant de discrimination et d’islamophobie, il a piétiné sa mémoire, nié l’homme qu’il était.

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(…) Ce qu’il faut comprendre, c’est que les motivations de Sefrioui, les seules, sont le blasphème et la contestation de l’enseignement républicain.

Ce que Sefrioui vous propose en appel, c’est de légitimer la mort de Samuel Paty mais également la censure des professeurs, l’interdiction de la liberté pédagogique, de l’esprit critique, de l’indépendance intellectuelle.

Ce que vous propose Sefrioui, c’est une pensée radicale et unique qui ne souffre ni la contestation, ni la contradiction, y compris chez les musulmans.

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Dans sa toute-puissance mégalomane, Sefrioui s’est encore auto-proclamé – exactement comme il l’a fait au collège – seul légitime à parler et à décider au nom des musulmans, « c’est mon analyse qui est exacte ». La seule pensée valable est la pensée d’AS, totalitaire et radicale, le terrorisme intellectuel,

Ce que je constate, c’est que Sefrioui est encore plus dangereux qu’il y a 6 ans, car il n’a tiré aucune conséquence ni de ses actes, ni de la mort de Samuel Paty qu’il continue encore de malmener.

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« Sefrioui a été un danger public létal pour Samuel Paty. C’est encore aujourd’hui un danger public. ».

Durant cette audience, Sefrioui a poursuivi sa croisade contre Samuel Paty, faisant encore de lui celui qui aurait humilié, agressé et stigmatisé les musulmans, faisant encore de lui le bras armé du Président Macron qu’il faut punir, faisant encore de lui « le chien de l’enfer » tué par Anzorov.

C’est d’une monstruosité et d’une gravité infinies. Sefrioui a été un danger public létal pour Samuel Paty. C’est encore aujourd’hui un danger public et il est indispensable d’en tenir compte dans votre délibéré.

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Nous ne vous demandons pas une vengeance, nous vous demandons justice et protection.

L’attentat contre Samuel Paty n’est pas qu’un assassinat, c’est un cataclysme personnel, familial, humain, social, politique, institutionnel. C’est une fracture. Nous vous demandons une décision qui puisse réparer cette fracture.

Nous vous demandons de dire que Samuel Paty était un professeur bienveillant, honnête, mort pour son engagement indéfectible à enseigner librement. Nous vous demandons de dire que nous devons tous être fiers du cours qu’il a donné pour la dernière fois le 6 octobre 2020, tant il est riche et utile. Nous vous demandons de dire que notre liberté pédagogique et nos programmes scolaires, ne sont pas négociables. Nous vous demandons de dire que notre liberté de penser n’est pas négociable.

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Que votre décision soit le féroce gardien du trésor de la République. Nous vous demandons une décision juste et ferme, droite, qui condamne sans ambiguïté le terrorisme et qui protège notre école. Nous vous demandons un symbole fort, comme l’a été Samuel Paty.

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