Aujourd’hui, l’énergie est devenu un sujet budgétaire pour les communes
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À l’heure où les factures énergétiques pèsent de plus en plus sur les finances locales, le solaire veut se faire une place dans les solutions. Richard Loyen, délégué général d’Enerplan, appelle les communes à s’en saisir dès maintenant.
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Selon vous, quelle est la première décision concrète qu’un maire devrait prendre dans les 100 premiers jours s’il veut enclencher une stratégie solaire ?
Richard Loyen : La première chose, c’est de faire un audit énergétique de son parc de bâtiments et d’équipements : ce qui consomme, combien, et où sont les risques. Aujourd’hui, tout ce qui est lié aux énergies fossiles est particulièrement exposé. L’énergie est devenue une question budgétaire. Tout ce que la collectivité paie en plus en énergie, c’est de l’argent qu’elle ne met pas ailleurs. Il faut donc regarder comment engager une transition pour préserver les finances municipales.
Ensuite, il s’agit d’identifier ses ressources locales : il y a le solaire, mais aussi éventuellement le bois et la géothermie. Et puis de construire un mix énergétique, en combinant efficacité et production locale. Nous ne somme plus dans un monde monotechnologique. L’énergie solaire est disponible sur tous les territoires et permet de produire une énergie locale, de réduire les factures et de créer de la valeur économique locale. C’est d’ailleurs ce que nous démontrons dans un guide (1) mis à disposition aux communes.
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AE : Aujourd’hui, qu’est-ce qui bloque encore les collectivités pour passer à l’action ? Est-ce qu’elles ont tous les outils nécessaires entre les mains ?
RL : Le principal frein, c’est l’information et les compétences. Beaucoup de collectivités pensent que c’est compliqué, alors que certains modèles sont très simples. Par exemple, l’autoconsommation collective patrimoniale consiste à produire de l’électricité sur un ou plusieurs sites et à l’affecter aux différents points de consommation de la commune. C’est essentiellement un dialogue avec le gestionnaire de réseau Enedis. Ce modèle permet de mutualiser production et consommation à l’échelle de la collectivité, avec des puissances pouvant atteindre 10 MW et un périmètre élargi à l’EPCI.
Aujourd’hui, il y a un terrain de jeu très large, notamment à l’échelle intercommunale, avec des possibilités de mutualisation qui facilitent encore les choses. Mais il faut que les élus s’en saisissent.
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AE : Par quoi une commune devrait-elle commencer concrètement pour se lancer ?
RL : Un projet simple : par exemple de solariser une école. Lors d’une rénovation, elle peut installer un toit ou un préau solaire. L’électricité produite est consommée par l’école, et quand elle est fermée, elle est utilisée par d’autres bâtiments communaux, comme la mairie ou les ateliers municipaux. Rien n’est perdu.
Techniquement, il faut identifier les points de livraison de la commune, analyser les profils de consommation et de les agréger. Les obligations réglementaires vont d’ailleurs accélérer cette dynamique, avec la solarisation des bâtiments publics de plus de 500 m² et des parkings d’ici 2026-2028.
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AE : Sommes-nous en train de passer à une approche plus structurée, où les collectivités ne se contentent plus d’agir sur leur patrimoine mais encouragent aussi les autres acteurs du territoire à faire du solaire ?
RL : Aujourd’hui, ce type d’approche reste encore assez rare, plutôt porté par les collectivités les plus engagées. Mais le contexte a changé : les énergies renouvelables sont devenues compétitives, la crise des énergies fossiles s’est renforcée, et le changement climatique est plus visible. Le solaire local est désormais un atout économique en plus d’être un atout écologique. Nous nous attendons à ce que, sur le prochain mandat, les collectivités structurent davantage leur action et embarquent l’ensemble des acteurs du territoire même.
Des outils comme les Zones d’Accélération des Énergies Renouvelables (ZAER) ou les plans chaleur et froid permettent désormais d’organiser cette planification à l’échelle locale.
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AE : Comment une collectivité peut-elle financer de tels projets dans un contexte budgétaire compliqué ?
RL : Il existe aujourd’hui toutes les formes de financement, de la régie municipale à des montages avec des opérateurs privés, avec beaucoup de solutions intermédiaires. Pour les petites installations, notamment en dessous de certains seuils de puissance, il est souvent difficile de mobiliser des investisseurs privés. En revanche, ces projets se prêtent bien au financement participatif. Cela permet d’impliquer les habitants, qui financent un équipement local, tout en faisant fructifier leur épargne. Le modèle de financement doit donc être adapté à la taille du projet.
Mais au-delà du financement, le solaire permet aussi de développer de nouvelles formes de solidarité locale. Un particulier ou une entreprise peut choisir de donner son surplus d’électricité plutôt que de le vendre. Une collectivité peut mobiliser ses recettes pour soutenir des actions sociales. L’enjeu, c’est de ne laisser personne de côté. La transition ne doit pas être à deux vitesses entre ceux qui peuvent investir et les autres. Le solaire permet justement de créer des solidarités locales complémentaires, en lien avec les habitants et les acteurs du territoire.
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AE : La PPE récemment publiée donne-t-elle toutes les clés aux collectivités pour développer le solaire ?
RL : Tout ce qui relève du circuit court et de projets sans aide publique n’est pas bloqué par la PPE. Il existe déjà un marché naturel du solaire local qui peut se développer. La PPE fixe des objectifs de volume, mais ce n’est pas elle qui attribue les aides. C’est ensuite au gouvernement de décider des dispositifs de soutien. Cela peut créer un effet où le développement de projets sans subvention réduit mécaniquement les volumes soutenus par appel d’offres. Par ailleurs, un point de vigilance concerne le stockage, encore peu pris en compte alors qu’il pourrait optimiser les réseaux.
En revanche, la PPE envoie un signal important sur le solaire thermique. Cela doit inciter les collectivités à se réapproprier ces solutions, notamment pour des usages très concrets comme les piscines municipales. Au final, rien dans la PPE ne freine les collectivités : les solutions existent déjà, et beaucoup de projets peuvent être engagés dès maintenant.
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1. Télécharger le guide
https://www.actu-
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Propos recueillis par Florence Roussel, journaliste, Directrice de la rédaction et rédactrice en Chef d’Actu-Environnement. Reproduction établissant un lien préformaté [47770] / utilisation du flux d’actualité.
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