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Agriculture & Alimentation

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L’appel de plus de 50 chefs étoilés : « La compétitivité produit des volumes sans âme, l’agriculture durable crée de véritables richesses »

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Dans une tribune, une cinquantaine d’étoilés Michelin appellent à basculer d’urgence vers un modèle agricole moins intensif et moins nocif, qui privilégierait une production durable, familiale et qualitative.

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17 mai 2026

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En 2025, pour la première fois depuis 1970, la balance commerciale agroalimentaire de la France a frôlé le zéro. Face à cet effrayant constat, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, s’est interrogée [le 23 février, au Salon de l’agriculture] : « Au titre de la compétitivité, ne faut-il pas se poser la question de la taille critique [des exploitations] ? » Pour les défenseurs du sol et de ses produits que nous sommes, c’est se tromper autant sur les causes que sur les solutions.

Car notre compétitivité repose, en réalité, sur des vulnérabilités. Parmi elles, le fait que les exploitations tournées vers l’exportation sont dépendantes, d’une part, de leur productivité – et donc de facteurs extérieurs tels que le foncier disponible, les tracteurs, le soja pour l’élevage, les semences, les intrants, le pétrole –, et, d’autre part, de leurs débouchés, qui dépendent, eux, de marchés volatils et de la bonne volonté des acheteurs.

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« Nature morte : pommes baumières et légumes », par  James Peale (vers 1920)

Par ailleurs, la nécessaire spécialisation des exploitations tournées vers l’exportation crée des dépendances sur d’autres filières : dans le cas de la France, elles portent notamment sur les viandes ovine et de poulet, ainsi que sur les fruits et légumes. Enfin, l’agrandissement des exploitations et leur surmécanisation rendent leur transmission impossible et risquent de produire un oligopole.

Ces vulnérabilités sont d’autant plus grandes qu’elles ne font que gagner en intensité.

D’abord, parce que les terres agricoles se raréfient, à cause de l’utilisation intensive d’intrants, de l’érosion, de la pollution et de l’urbanisation. Depuis 1981, l’artificialisation des sols a, par exemple, dévoré 2 millions d’hectares agricoles, de quoi nourrir 5 millions de personnes. Outre les tensions sociales créées par les conflits d’usage – logement, transport, relocalisation ou développement de filières stratégiques, énergies renouvelables, nucléaire –, cette raréfaction du foncier réduira notre production agricole. Qui plus est, si elle s’accompagne d’une politique extensive, le risque d’oligopole s’en verra renforcé.

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Volumes sans âme

Au risque de la disparition des champs s’ajoute celui de celle des agriculteurs. Alors que 40 000 petites fermes ont disparu entre 2022 et 2025, un agriculteur sur deux partira à la retraite d’ici à 2030. Ce sont autant de terres qui pourraient perdre leur vocation nourricière ou être absorbées par les grandes exploitations voisines. A ces risques systémiques viennent s’ajouter les crises géopolitiques, dont les conséquences sur les coûts de production et ceux de notre alimentation sont considérables.

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« Nature morte au jambon », par Philippe Rousseau (vers 1870).

La « Ferme France » est en réalité un colosse aux pieds d’argile dont les fragilités ont été trop longtemps ignorées. En voulant étendre nos fermes ou intensifier notre production agricole au nom de la compétitivité, nous ne ferons qu’accroître nos vulnérabilités.

La solution doit être de basculer vers un autre modèle, qui, par chance, existe déjà. Ne demandant pas d’être inventé mais seulement d’être soutenu, ce modèle repose sur une agriculture moins intensive, moins extensive et moins nocive, mais plus durable, plus familiale et plus qualitative.

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Et pourtant, elles tournent ! Loin des idées reçues, cette agriculture durable est viable. Selon le réseau Civam (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural), une ferme engagée dans l’agriculture durable conserve près de 40 % de la richesse produite sur son territoire, tandis qu’une ferme conventionnelle n’en conservera que 25 % – la différence s’évaporant au profit des coûts de production en semences et intrants, venant de l’étranger, en particulier.

Ainsi, pour les défenseurs du sol et de ses produits que nous sommes, si la compétitivité ne produit que des volumes sans âme, l’agriculture durable crée de véritables richesses, des retombées locales et des aliments de meilleure qualité. Ce changement de modèle ne peut pour autant être décidé que par les citoyens. L’élection présidentielle de 2027 s’annonce donc comme un rendez-vous démocratique majeur. Par ailleurs, après l’occasion manquée de la mal nommée « loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire », l’examen du projet de loi d’urgence agricole, prévu à l’Assemblée nationale à partir du mardi 19 mai, pourrait être un premier pas vers ce basculement.

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« Nature morte : poissons » par William Merritt Chase (1908).

A cet égard, nous portons deux mesures, qui permettraient d’associer les citoyens et d’être adoptées par leurs représentants. La première serait la création d’un fonds foncier national. Abondé par l’épargne citoyenne, par l’intermédiaire des Plans épargne retraite, ce fonds acquerrait les sols pour les louer sur le temps long, facilitant l’installation des jeunes et soulageant les agriculteurs en difficulté. La seconde : l’instauration d’un « Girardin agricole » métropolitain. Fort du succès rencontré dans les territoires d’outre-mer, il offrirait une réduction d’impôt fléchée vers des outils qui créent de la valeur à la ferme, tels que des laboratoires de transformation, des serres ou des outils de vente directe pour des exploitations à taille humaine, fortement créatrices d’emplois et écologiquement résilientes.

Les défenseurs du sol et de ses produits que nous sommes invitent le gouvernement et le Parlement à se saisir de ces propositions. Ne nous trompons pas de combat : la compétitivité seule est un mirage ; la santé et la souveraineté, elles, sont des questions de survie.

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Ludovic Aventin, fondateur de Terra Hominis ; Jérôme Banctel, La Réserve (Paris) ; Mauro Colagreco, Le Mirazur (Menton) ; Olivier Couvin, restaurant Paul Bocuse (Collonges-au-Mont-d’Or, Rhône) ; Arnaud Donckele, La Vague d’Or (Saint-Tropez) ; Alain Dutournier, Carré des Feuillants (Paris) ; Philippe Etchebest, Maison Nouvelle (Bordeaux) ; Gilles Goujon, Auberge du Vieux-Puits (Fontjoncouse, Aude) ; Jacques Marcon, restaurant Marcon (Saint-Bonnet-le-Froid, Haute-Loire) ; Thierry Marx ; Emmanuel Pilon, Le Louis XV (Monaco) ; Emmanuel Renaut, Flocons de sel (Megève).

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Jacques Marcon, restaurant Marcon (Saint-Bonnet-le-Froid, Haute-Loire) était aux « 24èmes Rencontres de Die et de la Biovallée » en janvier 2026.

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La liste complète des signataires est à retrouver ici.

Terra Hominis

50 chefs autour de la préservation des terres agricoles

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Ludovic Aventin, fondateur de Terra Hominis et Jacques Marcon, chef triplement étoilé, alertent sur les fragilités profondes du modèle agricole français et appellent à soutenir une agriculture plus durable, plus transmissible et plus humaine. Une action qui fait écho à un combat que Terra Hominis porte depuis plus de quinze ans.

Ludovic Aventin et Jacques Marcon ont sollicité les Grands Chefs français pour les soutenir notre lutte contre la financiarisation de nos terres agricoles (liste ci-dessous).

Signataires de la tribune de dimanche 16 mai 2026  :

Cyril ATTRAZIC Restaurant Attrazic 2**  

Christophe BACQUIE Le Mas Les Eydins Lubéron 2**

Jérôme BANCTEL La Réserve à Paris 3***  

David BIZET L’Oiseau Blanc à Paris 2** 

Sébastien BRAS Le Suquet à Laguiole 1*  

Éric BRIFFARD École le Cordon Bleu à Paris  

Yohann CHAPUIS Restaurant Greuze à Tournus 1*  

Mauro COLAGRECO Le Mirazur à Menton 3***  

Yoann CONTE Restaurant Yoann Conte 2**  

Olivier COUVIN Restaurant Paul Bocuse 2** 

Jacques DECORET Restaurant Decoret à Vichy 1*  

Cédric DECKERT La Merise à Laubach 2**  

Diego DELBECQ et Camille PAILLEAU Rozo 2**

Franck DEROUET Le Clos des Sens à Annecy 3***  

Arnaud DONCKELE La Vague d’Or à Saint Tropez 3***  

Christophe DUFOSSE Restaurant Dufossé 2**  

Alain DUTOURNIER Carré des Feuillants à Paris ex-2**  

Philippe ETCHEBEST Maison Nouvelle à Bordeaux 2**  

Nicole FAGEGALTIER Restaurant le Vieux Pont à Belcastel 1*  

Sébastien FARAMOND La Table de Pavie Saint-Émilion 2**  

Romuald FASSENET Restaurant Mont Joly à Sampans 1*  

Lionel GIRAUD La Table Saint Crescent 2** 

Gilles GOUJON Auberge du Vieux Puits à Fontjoncouse 3***  

Aurélien GRANSAGNE Restaurant Vieira à Chaudes Aigues 2**  

Eric GUERIN, La Mare aux oiseaux 1*

Mathieu GUIBERT Anne de Bretagne 2**  

Patrick HENRIROUX La Pyramide à Vienne 2**  

Stéphane JEGO Fondateur Collège Culinaire  

Michel KAYSER Restaurant Alexandre 2**  

Kei KOBAYASHI Restaurant Kei à Paris 3***  

Arnaud LALLEMENT Assiette Champenoise à Reims 3***  

Valentin LOISON Clos Vauban à Langres 2**  

Thierry MARX  

Tom MEYER La Chèvre d’Or à Èze 2**  

Frédéric MOLINA Restaurant Forêt Ivre à Vailly 1*  

Gérald PASSEDAT Le Petit Nice à Marseille 3***  

Laurent PETIT Clos Vauban à Langres 2**

Emmanuel PILON Le Louis XV à Monaco 3***  

Jacques et Laurent POURCEL à Montpellier 1*  

Éric PRAS Maison Lameloise à Chagny 3***  

Franck PUTELAT à Carcassonne 2**

Emmanuel RENAUT Le Flocons de sel à Megève 3***  

Michel ROTH Bayview à Genève 2**  

Jérôme SCHILLING Restaurant Lalique 2**  

Jean Yves SCHILLINGER Restaurant JY’S à Colmar 2**  

Giuliano SPERANDIO Le Taillevent à Paris 2**  

Maxime SZCZEPANIAK Mandibule à Alixan 1*  

Christian TETEDOIE Têtedoie à Lyon 1*  

Mathieu VIANNAY La Mère Brazier à Lyon 2**  

Benoit VIDAL Maison Vidal à Annecy 2**  

Louis Philippe VIGILANT Restaurant Bernard Loiseau 2**

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Quand la souveraineté alimentaire devient un enjeu de société

Comme le rappelle la tribune :

« En 2025, pour la première fois depuis 1970, la balance commerciale agroalimentaire de la France a frôlé le zéro. »

Derrière ce constat, c’est tout un modèle agricole qui montre aujourd’hui ses limites. Un modèle reposant sur une logique de compétitivité et de spécialisation poussée, créant des dépendances toujours plus fortes :

« Car notre compétitivité repose, en réalité, sur des vulnérabilités.»

La tribune souligne notamment la dépendance aux intrants, au foncier, à la mécanisation ou encore aux marchés internationaux, mais aussi les conséquences directes de l’agrandissement des exploitations :

« l’agrandissement des exploitations et leur surmécanisation rendent leur transmissibilité impossible et risquent de produire un oligopole. »

Une réalité particulièrement préoccupante alors qu’un agriculteur sur deux partira à la retraite d’ici 2030 et que des milliers de petites fermes disparaissent chaque année.

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Un sujet déjà porté au Sénat par Terra Hominis

Cette réflexion n’est pas nouvelle pour Terra Hominis. Les 12 et 13 septembre 2025, aux côtés du sénateur Henri Cabanel, Terra Hominis coorganisait au Palais du Luxembourg un colloque consacré à la préservation du foncier agricole et à la souveraineté alimentaire.

Un sujet qui résonne directement avec les mots de la tribune :

« La “Ferme France” est en réalité un colosse aux pieds d’argile dont les fragilités ont été trop longtemps ignorées. »

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Un autre modèle existe déjà

La tribune rappelle d’ailleurs qu’une agriculture plus durable est aussi plus résiliente :

« une ferme engagée dans l’agriculture durable conserve près de 40 % de la richesse produite sur son territoire »

Et surtout :

« la compétitivité seule est un mirage ; la santé et la souveraineté, elles, sont des questions de survie. »

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Faire des citoyens des acteurs du changement

La tribune appelle enfin à associer davantage les citoyens à ces enjeux agricoles et fonciers.

C’est précisément l’ambition portée par Terra Hominis depuis sa création : permettre à chacun de participer concrètement à la préservation des terroirs français et à l’installation des nouvelles générations de vignerons.

Parce que la souveraineté alimentaire ne se décrète pas uniquement dans les institutions. Elle se construit aussi sur le terrain, avec celles et ceux qui cultivent, transmettent et font vivre nos territoires.

Merci aux chefs engagés à nos côtés pour défendre une agriculture vivante, durable et pleine de sens.

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