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Mégabassines, la guerre de l’eau

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Manifestation de Sainte-Soline : « Les justes vont être jugés avant les barbares »

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Quatre figures du mouvement contre les mégabassines ont comparu mercredi devant la cour d’appel de Poitiers pour « organisation de manifestation interdite » le 25 mars 2023. Donnant lieu à une répression inédite, le rassemblement avait fait près de 200 blessés, dont certains très graves. 

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Lucie Delaporte

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Poitiers (Vienne).– Devant le tribunal, une centaine de personnes ont bravé la chaleur accablante et déployé leurs banderoles contre « l’accaparement de l’eau » et les mégabassines. Ils et elles sont surtout venu·es apporter leur soutien aux quatre militants et responsables syndicaux jugés en appel à Poitiers, mercredi 27 mai, pour « organisation de manifestation interdite ».
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La manifestation en question, dite « Sainte-Soline 2 », organisée le 25 mars 2023 contre la construction d’une mégabassine dans cette commune des Deux-Sèvres, avait dégénéré et fait plus de deux cents blessés dans les rangs des manifestantes, deux étant placés dans le coma.

Après les déclarations de Gérald Darmanin sur les « écoterroristes » qui menaçaient de manifester ce jour-là, le rassemblement, interdit par la préfecture, avait donné lieu à un déploiement de forces de l’ordre inédit et à des scènes de violences envers les manifestant·es. Violences parfaitement assumées du côté des gendarmes, comme l’a révélé Mediapart, en en montrant certains hilares, se réjouissant de tirer « en pleine tête » sur des manifestants qualifiés de « pue-la-pisse ».

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Quatre militants et responsables syndicaux étaient jugés en appel à Poitiers, mercredi 27 mai
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« Ils ont besoin de boucs émissaires », tranche Pascal, adhérent de la Confédération paysanne venu les soutenir. « Mais on voit bien que, pour chercher les responsables du côté des gendarmes, là, c’est plus compliqué… », s’agace-t-il en faisant référence à la nouvelle enquête vidéo diffusée par Mediapart et Libération, qui permet d’identifier le gendarme auteur du tir contre Serge Duteuil-Graziani, alors que la justice a classé l’affaire sans suite.

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Acharnement judiciaire

En première instance, les quatre figures du mouvement contre les bassines – le porte-parole de Bassines non merci, Julien Le Guet, celui des Soulèvements de la Terre, Nicolas Garrigues, alias Benoît Feuillu, et deux responsables de la Confédération paysanne, Nicolas Girod et Benoît Jaunet – ont été condamnées à des peines de prison avec sursis pour les deux premiers et à des amendes pour les seconds, assorties d’une interdiction de paraître dans les Deux-Sèvres.

Julien Le Guet a par ailleurs été condamné début mai à six mois de détention sous bracelet électronique pour avoir participé à différentes actions contre les mégabassines avant Sainte-Soline 2.

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« Cet acharnement judiciaire, c’est l’autre face de la pièce de la violence qu’on a connue à Sainte-Soline », a-t-il déclaré à l’entrée du tribunal où, comme ses camarades, il a choisi de faire une courte déclaration préalable, puis de garder le silence face aux juges.

Tous nient avoir été des « organisateurs » de la manifestation, tout en reconnaissant y avoir participé. Une partie des débats a été consacrée à cette notion parfois assez floue. Être un contact pour la presse fait-il de vous un organisateur ? Prendre la parole sur une estrade, participer aux préparatifs, également ? L’avocate générale, qui a requis exactement les mêmes peines pour chacun qu’en première instance, en semble persuadée. Les avocats de la défense ont fait valoir que la plupart de ces actions avaient eu lieu avant la date formelle d’interdiction de la manifestation et ne pouvaient donc pas être prises en compte par le tribunal.

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Tout au long de cette audience de près de six heures, la présidente a tenté de contenir les débats autour de cette unique question de l’organisation du rassemblement. « Les violences, ce n’est pas l’objet de notre procédure ! », a-t-elle sèchement rétorqué à Nicolas Garrigues qui, dans sa déclaration liminaire, avait tenu à rappeler le déluge de grenades qui s’était abattu sur les manifestant·es.

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La désobéissance civile reconnue par le droit international

Appelés à la barre comme témoins par les porte-parole de la Confédération paysanne, le journaliste Nicolas Celnik, coauteur du livre-enquête Les Assoiffeurs. Enquête sur ces entreprises qui accaparent notre eau (éditions Les liens qui libèrent, 2026), et le député Benoît Biteau ont longuement détaillé pourquoi le consensus scientifique – hydrologues, climatologues, géographes, etc. – juge que les mégabassines sont une « maladaptation » au dérèglement climatique qui aggrave la sécheresse.

L’intervention de Michel Forst, rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseurs et défenseuses de l’environnement, lui aussi appelé comme témoin, a permis de recontextualiser, au niveau européen, la répression croissante contre les militant·es écologistes ces dernières années, dont ce procès n’est qu’un nouvel avatar. Avec beaucoup de calme, le rapporteur de l’ONU a détaillé ce qu’était la désobéissance civile et souligné que « même si on enfreint la loi, le droit de manifester est protégé ».

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À l’adresse des magistrat·es, Michel Forst a souligné que les peines contre ces militant·es étaient de plus en plus cassées devant la Cour européenne des droits de l’homme, qu’il voit évoluer vers une doctrine où des peines d’emprisonnement ne pourraient plus être prononcées contre des militant·es écologistes dès lors qu’ils et elles n’ont pas commis de violences contre des personnes. Tenter de dissuader l’action militante en faveur du climat par des décisions de justice disproportionnées est contraire au droit international, a-t-il insisté.

Sur le banc des parties civiles, l’avocat de la Coordination rurale des Deux-Sèvres s’étrangle et cite un tract par lequel les militant·es antibassines affirment : « Vos bassines trépassent et trépasseront. » « Ce n’est pas de la violence, ça ? », demande Carl Gendreau, hors de lui. « Ce sont des actions symboliques, ce n’est pas de la violence », réplique Michel Forst.

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« Ce ne sont pas des défenseurs de l’environnement mais des militants d’extrême gauche ! », aboie Carl Gendreau qui, au cours des débats, aura réussi à interroger Julien Le Guet sur les engagements politiques de son père, tout en demandant au député Benoît Biteau si son père (décidément !) ne faisait pas pousser du maïs dans ses champs… Maïs très gourmand en eau, comme chacun·e sait.

Dans un autre registre, Sébastien Rey, avocat de la Coop de l’eau, société à l’initiative de la mégabassine, a quant à lui fait valoir que ses clients « ne comprennent toujours pas comment on en est arrivés là », puisqu’« il y a eu tout un travail pour rendre ce projet consensuel ». Citant certains membres de la Coop de l’eau, tels un producteur bio ou un maraîcher, il a réfuté l’idée de les faire passer pour des « représentants de l’agrobusiness »« On les fait passer pour des accapareurs de l’eau, c’est dramatique », s’est-il exclamé, avant d’évoquer le préjudice matériel subi du fait de cette manifestation.

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Rappelant le peu de célérité de la justice à s’emparer des violences policières, Pierre Huriet, avocat de Julien Le Guet et de Nicolas Garrigues, a dénoncé « une situation ubuesque, où les justes vont être jugés avant les barbares ». Il a rappelé que depuis cette manifestation, la bassine de Sainte-Soline a été déclarée illégale pour non-respect du droit sur les espèces protégées.

La décision de la cour d’appel sera rendue le 1er juillet.

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Lucie Delaporte à suivre sur Mediapart

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