Dans les coulisses du G7 d’Evian : Trump-Macron, un hold-up presque parfait
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Que se passe-t-il quand Emmanuel Macron, Donald Trump et leurs amis des pays les plus riches de la planète se retrouvent dans une station thermale militarisée ? Pendant quatre jours, on vous embarque dans la «bulle» d’Evian pour un récit de l’intérieur.
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Le blason d’Evian fournit une allégorie bien utile pour un sommet percuté de toutes parts par l’actualité diplomatique et les foucades de Donald Trump. Sous une croix rouge et blanche, la ville affiche deux poissons : un gros, et un petit qui lui reste en travers de la gorge. Qui sera qui, mangera qui, agacera qui pendant ce G7 sur les bords du Léman ? Les forces de l’ordre et habitants ? L’Europe et les Etats-Unis ? La société civile et les dirigeants des sept pays les plus industrialisés ? Pendant quatre jours, Libération raconte la dernière grand-messe internationale d’Emmanuel Macron depuis les coulisses.
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Mercredi 17 juin, 11 heures
Au temps pour Trump
Le début de ce troisième jour de G7 était prévu à 9 h 30. Il a commencé avec une bonne heure de retard. Chefs d’Etat et de gouvernement sont pourtant entrés tour à tour dans la salle de travail pour réfléchir à un sujet d’une brûlante actualité : les déséquilibres mondiaux. Sur l’écran qui retransmet la scène au Summit Media Center (SMC), on les a vus disserter par grappes, sérieusement, mais pas trop non plus puisque les journalistes ont un retour audio. Le temps qui s’allongeait a même permis au président sud-coréen de tenir une discussion impromptue avec Lula, sans témoins auditifs : le micro a été décalé par le traducteur brésilien. Malin. L’heure a tourné et tout le monde a fini par ressortir de la salle où ne manquait qu’un dirigeant : Donald Trump. Emmanuel Macron a rappelé ses invités pour commencer sans plus de délai : «Le président Trump nous rejoindra dans quelques instants mais, afin de ne pas tout désorganiser, nous commençons.» L’Américain a débarqué tranquillement quelques minutes plus tard, en balançant une blague et en demandant aux journalistes s’ils voulaient rester. Le maître des horloges est tout trouvé.
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Mercredi 17 juin, 10 heures
Deux salles, deux ambiances
Donald Trump va-t-il voler la vedette à Emmanuel Macron à la toute fin du G7 ? L’agenda de la Maison Blanche prévoit d’organiser la traditionnelle conférence de presse de fin de sommet autour de 15 h 30. Soit trente minutes après celle du président français, que l’on imagine mal s’achever en si peu de temps. De plus, comme à chaque micro tendu depuis lundi après-midi, Trump sera plus interrogé sur le protocole d’accord entre Washington et Téhéran que sur les textes ayant émergé de ces trois jours de sommet. Surtout que les 14 points du texte, publiés mercredi matin par l’agence Bloomberg, prouvent que ce «bon deal», selon les termes utilisés par les sources diplomatiques européennes à Evian, s’apparente à une défaite en rase campagne pour Trump. Qui va devoir en faire le service après-vente en Haute-Savoie.
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Mercredi 17 juin, 7 h 30
Avoriaz-Versailles, derniers arrêts
Ça se réveille doucement à la station d’Avoriaz, base arrière de ceux qui ne décident pas au G7 mais qui doivent le couvrir – les journalistes – ou qui mettent Evian sous cloche – gendarmes et policiers, ils sont toujours 2 400 dans le domaine des Portes du soleil. Il est même trop tôt pour que ces derniers s’ébrouent une nouvelle fois sur les cours de tennis, d’ordinaire déserts à cette saison, ou fassent leur footing face aux dernières neiges sur les versants en altitude – mardi matin ils étaient plus nombreux à courir qu’il n’y avait de voitures. C’est la dernière journée du G7. Au programme ce mercredi : discussions sur les déséquilibres économiques mondiaux, texte sur les minerais critiques, déjeuner avec la crème de la tech mondiale et conférence de presse finale d’Emmanuel Macron. Dans la foulée, ce dernier s’envolera avec Trump et sa délégation direction le château de Versailles. Officiellement pour fêter les 250 ans des Etats-Unis, officieusement un bon moyen pour que le président américain ne prenne pas ses cliques et ses claques un jour plus tôt comme au G7 de Kananakis, au Canada, l’an dernier. En plus, il est tout content de l’invitation Donald : «Versailles, c’est pas du plaqué or, c’est du lourd», s’est-il émerveillé mardi en confirmant sa présence.
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Mardi 16 juin, 19 h 30
Mezzo voce la solidarité
Le soleil plonge dans le Léman quand les leaders du G7 et leurs conjoints terminent la journée avec un «moment musical». Au programme : le violoniste français Renaud Capuçon, le violoncelliste américain Yo Yo Ma, l’altiste anglais Timothy Ridout et la pianiste italienne Béatrice Rana. Et puisque cela est censé adoucir les mœurs, ce sera peut-être le moment choisi pour la «discussion ferme mais respectueuse» que souhaite Emmanuel Macron avec Donald Trump sur les droits de douane et le numérique. Et ensuite ? Dîner de gala au coeur d’une station thermale huppée quelques heures après le recul acté par tout le monde sur l’aide publique au développement. Les pays du G7 clament que c’est pour le bien des pays les plus pauvres, les ONG de terrain sont, elles, très courroucées. Mais puisqu’elles n’ont pas été invitées dans le palace 5 étoiles, la déclaration conjointe n’a donc pu intégrer leurs griefs. Mercredi, ce sera le dernier jour du G7. Plus qu’un dodo pour que les habitants d’Evian retrouvent une vie normale.
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Mardi 16 juin, 15 h 30
C’est la famille
Après les pays du G7 lundi, c’est au tour des «pays partenaires» de défiler devant les journalistes pour l’accueil officiel. Sur le tapis bleu, Emmanuel Macron a reçu les chefs d’Etat du Brésil (l’étreinte fut plus que chaleureuse avec Lula, un panama toujours vissé sur la tête depuis son arrivée en Haute-Savoie), du Kenya et de la Corée du Sud, et le chef du gouvernement indien. Dans la foulée, c’est la fameuse photo de famille sous une chaleur de plomb. Tout le monde a le soleil dans les yeux et le lac dans le dos. Donald Trump arrive en écoutant sagement – une fois n’est pas coutume – Mark Carney, le Premier ministre du Canada (ce pays dont l’Américain ferait bien son 51e Etat…). Dans leur dos, Friedrich Merz semble ne pas en perdre une miette. Avant que ça se mette en place, Lula continue de prendre presque tout le monde dans ses bras, avec un grand sourire et des signes de la main. Dans la catégorie petits gestes anodins, on voit Giorgia Meloni, en cravate, papoter avec Narendra Modi avant que l’Indien ne tombe dans les bras de Keir Starmer. Une fois les clichés aux sourires crispés en boîte, Donald Trump veut repartir par la droite du tapis bleu. Emmanuel Macron le hèle pour lui indiquer le chemin obligatoire, à gauche. Une fois n’est pas coutume également.
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Mardi 16 juin, 12 h 30
Trump pousse le MMA un peu loin
Les diplomates expliquent à l’envi que l’un des principaux intérêts − le dernier ? − du G7 et de ce type de sommets, c’est que les leaders de ce monde puissent se parler. De choses essentielles − l’Ukraine, le Moyen-Orient, la macroéconomie, la lutte contre le cancer… − mais pas uniquement. Donald Trump a ainsi suggéré à Emmanuel Macron de donner la légion d’honneur à Ciryl Gane, le combattant de MMA qui a remporté son combat face au brésilien Alex Pereira dans les jardins de la Maison Blanche dimanche soir lors de la célébration de ses 80 ans. Le président français, entre deux discussions sur les droits de douane et Vladimir Poutine, n’a pas divulgué sa décision sur ce sujet décisif. Après la session de travail sur l’Ukraine, qui a donné lieu à plusieurs points d’accord, les sept chefs d’Etat ont été rejoints par leurs homologues d’Egypte, des Emirats arabes unis et du Qatar afin de parler de «la stabilité au Moyen-Orient». Tout un (vrai) programme.
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Mardi 16 juin 8 h 45
Passes et petits ponts
Mais que vient donc faire le propriétaire du PSG à l’hôtel Royal d’Evian-les-Bains ? Ah, on est bête : Tamim Hamad Al Thani est là en sa qualité d’émir du Qatar, afin de disserter sur la crise au Moyen-Orient, le G7 entrant dans sa première vraie journée de travail ce mardi après les courbettes et les photos de lundi. En attendant, et peut-être pour apaiser les tensions diplomatico-commerciales avec les Etats-Unis, on a appris que le chancelier allemand, Friedrich Merz, avait offert lundi soir son cadeau d’anniversaire à Donald Trump, dont le pays est l’un des trois hôtes de l’édition 2026 de la Coupe du monde : un maillot de football floqué à son nom et du numéro 47 (pour 47e président des Etats-Unis). On aurait aimé savoir quelles pensées ont traversé l’esprit de l’Américain quand on sait qu’il se moque éperdument de ce sport, lui qui vient de s’offrir un tournoi de MMA surréaliste à la Maison Blanche pour ses 80 ans. Dans l’hôtel Royal, la réunion de travail sur l’Ukraine entre pays du G7 et Volodymyr Zelensky a débuté. En commentant le match nul de l’Iran contre la Nouvelle-Zélande cette nuit ?
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Lundi 15 juin, 19 h 30
Des images et des messages
On rentre dans le décorum des sommets internationaux : place à l’accueil officiel des invités, qui lance officiellement le G7 d’Evian. Le président américain est le premier à passer sur l’estrade bleue, avec le lac Léman en fond de scène. Donald Trump s’est plus adressé à Brigitte Macron – lui tenant même longuement la main – qu’à son mari. Peut-être parce qu’ils n’avaient plus rien à se dire après leur heure d’entretien bilatéral. Tirant franchement la tronche sur la photo finale, Trump a donné l’impression, ou en tout cas a-t-il voulu faire passer le message, qu’il n’était pas content de ses discussions avec son homologue français. Après le défilé sur l’estrade bleue jalonné de scènes bien plus chaleureuses, Emmanuel Macron a raccompagné Ursula von der Leyen jusqu’à l’hôtel Royal. Bavardant tous deux comme s’ils étaient de vrais amis, montrant du doigt le lac ou la Suisse. Pour fournir l’image d’une Union européenne unie ou qui doit le devenir toujours plus ? Un rideau blanc est baissé une fois tous les puissants dans le palace. Le vent l’empêche de tenir droit. Quand ça veut pas, ça veut pas.
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