À La Grave, le gypaète barbu fait suspendre les travaux du troisième tronçon
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La bataille juridique autour du troisième tronçon du téléphérique de La Grave est loin d’être terminée. Le 11 février dernier, le tribunal administratif de Marseille avait rejeté le recours déposé contre le permis de construire accordé en avril 2023 pour prolonger le téléphérique existant jusqu’au dôme de la Lauze, en survolant le glacier de la Girose. Une décision alors favorable à la commune et à la Société d’aménagement touristique de La Grave, la SATG, mais qui ne clôturait pas l’ensemble des procédures engagées contre le projet.
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La bataille change de terrain
Un second contentieux restait en cours. Il portait cette fois sur la protection des espèces et des habitats. C’est sur ce terrain que les opposants viennent d’obtenir une victoire importante. Dans une décision rendue mardi 26 mai 2026, le tribunal administratif de Marseille a annulé la décision du préfet des Hautes-Alpes, qui avait refusé d’imposer à la SATG le dépôt d’une demande de dérogation aux interdictions de porter atteinte aux espèces protégées.
Le tribunal ne remet pas en cause, à ce stade, le permis de construire du troisième tronçon. Il n’annule pas non plus l’ensemble du projet. Mais il estime que la question du gypaète barbu n’a pas été suffisamment traitée pour que les travaux puissent se poursuivre en l’état.
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Dans sa décision, la juridiction rappelle qu’une dérogation est nécessaire lorsqu’un projet comporte un risque suffisamment caractérisé pour une espèce protégée. Elle écarte, en revanche, le risque d’atteinte concernant l’androsace du Dauphiné, cette espèce végétale découverte sur le site n’étant pas protégée.
Selon le tribunal, les risques de collision avec les câbles du futur téléphérique sont établis. La future ligne doit relier le col des Ruillans, à 3 211 mètres d’altitude, au dôme de la Lauze, à 3 559 mètres, sur près de 1 830 mètres. Les câbles culmineraient entre 70 et 150 mètres au-dessus du glacier de la Girose, dans un secteur survolé par le rapace. Le dispositif anticollision prévu dans le projet n’a pas été jugé suffisamment efficace pour réduire ce risque.
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La justice suspend les travaux
Conséquence directe, le tribunal enjoint au préfet des Hautes-Alpes de mettre en demeure la SATG de déposer une demande de dérogation dans un délai de deux mois. L’exécution des travaux en cours doit être suspendue.
Pour les associations opposées au projet, cette décision marque une étape importante dans un dossier ouvert depuis plusieurs années. Depuis 2018, le troisième tronçon est devenu l’un des symboles des tensions autour de l’aménagement des glaciers alpins. La commune et l’exploitant défendent un équipement présenté comme nécessaire à l’avenir économique de La Grave, alors que le téléski actuel est fragilisé par l’évolution du glacier. Les opposants dénoncent au contraire une fuite en avant dans un secteur de haute montagne déjà fortement affecté par le réchauffement climatique.
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Le jugement du 26 mai ne met donc pas fin au projet, mais il le ralentit et oblige son porteur à franchir une étape supplémentaire. Après avoir obtenu gain de cause sur le permis de construire en février, la SATG devra désormais convaincre sur le terrain des espèces protégées, et plus précisément sur la capacité du projet à limiter les risques pour le gypaète barbu.
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Les dates clés autour du projet du 3e tronçon de téléphérique de La Grave
- 2019 : naissance du projet de 3e tronçon.
- 2020 : création du collectif La Grave Autrement.
- Été 2022 : dépôt du permis de construire.
- 12 septembre 2022 : l’étude commandée par La Grave Autrement dévoile ses conclusions et estime que le projet est tributaire d’incertitudes exogènes et bâti économiquement autour de biais et d’interprétations.
- 19 décembre 2022 au 20 janvier 2023 : enquête publique.
- Février 2023 : le commissaire enquêteur rend un avis favorable au projet.
- 3 avril 2023 : le maire de La Grave accorde l’autorisation d’exécution des travaux valant permis de construire.
- Septembre 2023 : début des travaux.
- 27 septembre 2023 : plusieurs associations déposent un recours contre l’État et le préfet des Hautes-Alpes.
- 7 octobre 2023 : début de l’occupation du glacier de la Girose par les Soulèvements de la Terre.
- 8 octobre 2023 : marche contre les travaux sur le plateau d’Emparis.
- 30 octobre 2023 : le tribunal administratif de Marseille rejette une première requête des associations.
- 11 février 2026 : le tribunal administratif de Marseille rejette le recours contre le permis de construire.
- 26 mai 2026 : le tribunal administratif de Marseille suspend les travaux en cours et impose le dépôt d’une demande de dérogation au titre des espèces protégées concernant le gypaète barbu.
Photo d’en-tête : La Grave
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Nota : La Grave est une commune française située dans le département des Hautes-Alpes dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Son territoire est en majorité situé en haute montagne et il comporte plusieurs espaces naturels protégés, dont une partie dans le parc national des Écrins. Cette commune est notamment réputée pour ses espaces naturels, la pratique de l’alpinisme, le ski hors-piste dans les vallons de la Meije, plusieurs événements sportifs et des festivals culturels tels que le festival de musique contemporaine Messiaen au pays de la Meije. Le bourg principal et les hameaux ont conservé un aspect villageois traditionnel.
L’accès routier à La Grave s’effectue par la route départementale 1091 (ex-route nationale 91), qui la relie notamment à Grenoble (département de l’Isère) à l’ouest et à Briançon à l’est. Elle est ainsi une halte sur un axe de passage fréquenté reliant les départements de l’Isère et des Hautes-Alpes, les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, et permettant le lien entre France et Italie par l’accès au col du Montgenèvre situé à l’est de Briançon.
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La Grave fait partie des communes adhérant à la charte du parc national des Écrins, une partie de son territoire est dans le cœur du parc, le reste correspondant à un zonage de conservation ; par ailleurs, plusieurs autres périmètres de protection de l’environnement et d’inventaires de biodiversité y existent : des zones Natura 2000, des Zones naturelles d’Intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de types I et II, et vingt-cinq zones humides. Son territoire est aussi concerné par le Schéma régional des continuités écologiques PACA.
Le Conservatoire botanique national a identifié trente espèces végétales protégées sur la commune, certaines au titre d’une protection nationale, d’autres d’une protection régionale en PACA ; cependant, ce nombre n’est pas exhaustif, ni figé. Concernant les espèces animales protégées, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a recensé sur le territoire, entre 2007 et 2014, au moins vingt-et-une espèces, comprenant des oiseaux, de nombreuses sortes de chauves-souris, des mammifères et des orthoptères ; trois de ces espèces sont « en danger critique d’extinction » ou « quasiment menacées » d’extinction.
Lors de la constitution du PLU, une classification en trois types de zones a été faite, mettant en avant l’impact des activités humaines sur le fonctionnement écologique local : zones à enjeux environnementaux forts, zones à enjeux environnementaux modérés et zones à enjeux environnementaux faibles
