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Écologie
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« Campus IA » : un méga data center pour pourrir les sols, l’eau, l’environnement et les décisions locales !

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Alexis Lamlih
2 juin 2026
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En Seine-et-Marne, au cœur des terres agricoles de la Brie, le gouvernement veut construire le plus grand data center d’Europe. Présenté comme un fleuron de la souveraineté numérique française, le « Campus IA » promet surtout un magnifique désastre français : facture énergétique colossale, artificialisation des sols et une dépendance accrue aux capitaux étrangers.

Cultiver des cartes graphiques à la place des céréales : en matière de souveraineté alimentaire, on a fait mieux. À Fouju, village de 655 âmes de Seine-et-Marne, doit voir le jour le plus gros projet de data center d’Europe. Son nom ? « Campus IA ». Un gigantesque entrepôt de centres de données, comprenez l’empilement d’ordinateurs de 20 mètres de haut, étalé sur 860 000 m², soit près de 90 hectares. Annoncé en février 2025 à l’Élysée lors du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle, le projet, prévu pour 2028, amène avec lui quelques vices bien cachés : artificialisation des terres, rejets de PFAS dans l’environnement et une consommation électrique équivalente à celle d’une centrale nucléaire.

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« Si ça saute à Fouju, ça saute partout »

« Il y avait une grosse alerte sur l’approvisionnement électrique. Parce que si ça saute à Fouju, ça saute partout. C’est un réseau pour toute l’Île-de-France. L’enjeu de maintien de l’infrastructure est extrêmement crucial », confie à Charlie Hebdo le député LFI de Seine-et-Marne, Arnaud Saint-Martin, qui suit le projet de près depuis ses débuts. Une inquiétude que corrobore l’avis de la Mission Régionale d’Autorité Environnementale (MRAe), pour qui le projet de Campus AI présenterait « des caractéristiques hors normes, notamment en termes de consommations énergétiques ». Et pour cause : pour alimenter à plein régime les serveurs des 11 bâtiments du campus, la consommation estimée s’élève à 1,4 gigawatt, l’équivalent d’un réacteur nucléaire (l’EPR de Flamanville en produit 1,6).

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Un enjeu d’autant plus brûlant que les data centers représentent aujourd’hui 2 % de la consommation électrique française. Selon les calculs du Shift Project, si la progression se poursuit à ce rythme jusqu’en 2035, on atteindra 7 %, sans que la courbe de production ne puisse suivre. D’autant que ces centres de données sont concentrés sur deux régions, autour de Paris et de Marseille, aggravant les risques pour leur alimentation électrique future.

La France pourrait ainsi être contrainte de choisir entre l’alimentation des centres de données et celle des transports ou du chauffage, ou de s’engager dans une politique de moratoire, comme en Irlande. Face à une explosion de la demande, les data centers y représentaient près de 20 % de la consommation électrique nationale en 2022, contraignant le gestionnaire du réseau irlandais EirGrid à tout simplement cesser de raccorder de nouveaux centres de données à Dublin, faute de capacité suffisante. Résultat : pour compenser, certains opérateurs se sont tournés vers des générateurs au gaz naturel, faisant bondir les émissions de CO2 du secteur.

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Une municipalité prise pour une conne

S’il est une ligne rouge qui mène les ménages à la révolte, c’est bien celle du portefeuille. Et sur ce point, le projet est défendu farouchement par les élus locaux. À l’instar du maire de Fouju, Jonathan Wochenmayer (sans étiquette), qui s’enthousiasme sur ICI Paris IDF d’un « très beau projet »et assure qu’« on ne peut pas encore parler de chiffres aujourd’hui, mais ce qui est sûr, c’est qu’on dépassera forcément le million d’euros » de retombées économiques pour sa commune.

Une exaltation pécuniaire qui s’explique par les difficultés croissantes des petites communes à trouver des financements. « L’argument économique, il est massue. On a affaire à des communes qui sont littéralement soit délaissées, soit méprisées. Loin de tout. Prises dans les jeux des collectivités territoriales et des agglomérations, où elles sont un peu roulées dessus par les grandes villes. Imaginez que vous êtes le maire d’une telle commune : on vous promet d’énormes ressources fiscales pour développer la vie locale. Évidemment, c’est plus que tentant. Et ça fait beaucoup partie de l’équation pour remporter l’adhésion », résume le député et sociologue Arnaud Saint-Martin pour Charlie Hebdo.

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On aurait tort pour autant de ne pas se méfier d’un tel monstre industriel : les résultats sur la qualité de vie peuvent être désastreux. Aux Etats-Unis, un récent sondage Gallup révèle que la plupart des Américains préféreraient ne pas vivre à côté d’un centre de données. Sept sur dix y sont opposés, et près de la moitié (48 %) y sont « fermement opposés ». L’une des principales raisons à la multiplication des groupes d’opposition : la taille colossale des centres envisagés. La plupart de ceux construits avant le lancement de ChatGPT en 2022 avaient un impact moins perceptible sur les communautés locales, mais les plus récents sont bien plus vastes et nécessitent des ressources nettement plus importantes tout en générant des nuisances sonores.

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La fraude de la souveraineté numérique

Dernier argument, et non des moindres, brandis par les promoteurs du projet : la supposée compétitivité stratégique que le campus numérique est censé apporter. Financé à hauteur de 50 milliards d’euros par un consortium composé de la banque publique d’investissement BpiFrance, de la première « licorne » française, Mistral AI, du géant américain Nvidia, leader de la production des processeurs graphiques indispensables à l’IA, mais surtout par MGX, un fonds d’investissement basé aux Émirats arabes unis à hauteur de 70 %, le projet est présenté comme une garantie de souveraineté numérique, ce qui justifie le soutien appuyé des politiques publiques.

Un chercheur du CNRS spécialiste du sujet, sous couvert d’anonymat, s’en désole dans les colonnes du média indépendant Basta! : « C’est un oxymore de mobiliser ce concept-là, tant cette technologie dépend des industries américaines, que ce soit du côté des puces nécessaires pour faire fonctionner l’intelligence artificielle ou du côté du software, sachant que le cloud est vraiment dominé par Amazon, Microsoft et Google. » Belle fumisterie que l’on pourrait comparer à des bases de l’Otan en Europe.

 

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Et si ça ne suffisait pas, le projet est tellement « souverain » que les politiques publiques doivent au passage subventionner l’exploitation de la précarité des travailleurs des pays en développement. Selon un document de Paris-luttes.info« la fabrication des serveurs contenus dans les data centers nécessite des minerais et des terres rares obtenus par l’exploitation brutale des territoires et des populations de la République démocratique du Congo, du Soudan et d’ailleurs ». Une magnifique démonstration de capitalisme humaniste de nos démocraties occidentales.

Alors non, le Campus IA ne garantit en rien la souveraineté des données françaises : la matière première, les opérateurs et les clients sont internationaux, les données transitent par des câbles sous-marins et des satellites, et le tout reste soumis au Cloud Act américain, qui autorise Washington à exiger l’accès aux données hébergées par des entreprises américaines, où qu’elles se trouvent dans le monde. En somme : moins de pouvoir d’achat, moins de terres agricoles, moins de souveraineté et davantage de dépendance aux industries étrangères. Le tout pour 50 milliards d’euros d’argent public.

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Alexis Lamlih

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