Désinformation climatique : les entreprises ciblées par une guerre d’influence
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La désinformation étrangère ne se contente plus de brouiller le débat public : elle alimente désormais le recul des régulations environnementales en Europe et fragilise les entreprises engagées dans la transition écologique. Alors qu’Emmanuel Macron appelait, le 19 mai, à intensifier la lutte contre ce phénomène, un rapport de l’IRIS met en lumière son instrumentalisation croissante à des fins stratégiques.
La désinformation climatique est « en pleine mutation« . Désormais, ce n’est plus le réchauffement climatique qui est remis en cause mais les solutions apportées pour y faire face. Le constat est dressé par Mathilde Jourde, co-autrice d’un rapport de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), publié le 19 mai 2026.
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Les auteures de la note ont recensé et analysé 161 cas de désinformation climatique entre janvier 2021 et mars 2026, 120 venant de Russie et 41 venant des États-Unis. De 2024 à 2026, la désinformation climatique représentait en moyenne 7,7 % de l’ensemble des contenus de désinformation recensés dans l’Union européenne et la France est le deuxième pays le plus ciblé par la désinformation en Europe, en 2025, juste derrière l’Ukraine.
Cette stratégie d’influence répond à des objectifs économiques pour ces deux puissances. En raison de l’importance de la vente d’hydrocarbures dans la part de leur économie, leur intention est de maintenir le doute sur la transition énergétique pour continuer à vendre leur gaz et leur pétrole. De fait, les États-Unis représentent le plus grand producteur de pétrole au monde en 2025 avec une moyenne d’environ 13,6 millions de barils produits chaque jour (b/j). Au classement mondial, la Russie se place juste derrière avec une production proche de 9,8 millions de b/j.
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Une manipulation de l’information dissimulée
D’après le rapport de l’Iris, la plupart de cette désinformation est transmise de manière dissimulée par des canaux de diffusion non officiels, mais liés à l’État ou alignés sur celui-ci. Pour la Russie, 52 % de la désinformation est dissimulée via des canaux comme Portal Kombat ou Lenta.ru, contre 76% aux États-Unis via Fox News ou le Daily Wire. Ce mode d’action s’inscrit dans un contexte de guerre hybride où la frontière entre guerre et paix devient toujours plus poreuse. Désormais, l’objectif est d’affaiblir son adversaire sans s’exposer à un affrontement direct de grande ampleur. L’utilisation de canaux non officiels permet ainsi à l’État de se disculper de telles pratiques en cas d’accusations.
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Iceberg des différents canaux de diffusion de la désinformation climatique.
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La désinformation est aujourd’hui facilitée par la circulation d’informations anonymes et non vérifiées à travers le monde sur les réseaux sociaux qui représentent un vecteur de diffusion fondamental pour ces « fake news écologiques« . Mathilde Jourde observe également l’existence de « bots » et de « fermes à trolls » utilisés pour mettre en œuvre une « stratégie du chaos » favorable à la propagation de fausses informations.
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Un appui solide au lobbying anti-climat
« La désinformation climatique produit un ralentissement de la législation sur la transition écologique et du soutien accordé aux énergies renouvelables », alerte Eva Morel, co-créatrice de l’association QuotaClimat. Selon la spécialiste, ces « fake news« , en faisant paraître l’opinion publique plus hostile qu’elle ne l’est, influencent directement les décideurs politiques. Il existe alors un véritable décalage entre l’opinion publique et la couverture médiatique autour de l’enjeu climatique.
Eva Morel affirme également que cette dissonance produit de « l’instabilité » auprès des entreprises. Elle cite l’exemple des entreprises automobiles et de l’interdiction prévue des voitures thermiques d’ici 2035 en Europe qui a finalement été amoindrie. Les patrons deviennent moins enclins à s’engager dans la lutte contre le changement climatique face à des discours dissonants et des objectifs climatiques qui sont constamment modifiés. Les entreprises qui jouaient le jeu de la transition hier, subissent aujourd’hui les conséquences de ce recul législatif et se retrouvent désavantagées face à des entreprises qui n’ont jamais essayé de se plier aux réglementations.
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Ce discours fait écho à l’enquête « Confidence Monitor 2026 » du cabinet de conseil Heidrick & Struggles. Celle-ci, fondée sur les réponses de 1 921 PDG, met en avant la perte d’intérêts des patrons vis-à-vis de l’importance de l’enjeu climatique pour leur entreprise. De fait, seulement 6 % d’entre eux définissent le changement climatique comme l’enjeu le plus important que l’entreprise devra affronter en 2026. En comparaison, ce chiffre monte à 57 % pour l’instabilité économique et 44 % pour l’intelligence artificielle.
La désinformation climatique étrangère s’impose comme un instrument du lobbying étasunien sur les instances européennes. Cette désinformation représente un appui important pour les think tanks conservateurs et les multinationales américaines qui poussent à la déréglementation environnementale pour préserver les intérêts des entreprises américaines présentes sur le Vieux Continent. Les directives sur le reporting de durabilité et le devoir de vigilance des entreprises (CSRD et CSDDD) ont ainsi fait l’objet d’un lobbying intense de la part des acteurs économiques et politiques américains pour en amoindrir leur portée. Avec succès, le discours porté par Ursula von der Leyen sur la « simplification » en étant le résultat direct.
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Un enjeu encore mésestimé en Europe
Face aux dangers de la désinformation climatique les institutions s’organisent. Au sein de l’Union européenne, le principal outil de lutte contre la désinformation est le Digital Services Act (DSA). Entré en vigueur en février 2024, il vise à encadrer les services numériques, responsabiliser les plateformes et limiter la diffusion de contenus illégaux ou nuisibles. Il impose des obligations renforcées à 25 grandes plateformes (comme Google, Facebook, TikTok ou YouTube) et considère la désinformation comme un risque systémique que ces acteurs doivent prévenir. À l’échelle de la France, Viginum est l’organisme principal chargé de lutter contre les ingérences numériques étrangères qui menacent les intérêts fondamentaux du pays. Sa mission consiste avant tout à détecter, analyser et identifier les opérations numériques hostiles menées par des acteurs étrangers.
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L’État et les institutions européennes ne sont pas les seuls acteurs à pouvoir lutter contre ce phénomène. L’association QuotaClimat mobilise les médias depuis 2022 pour lutter contre l’essor de la désinformation climatique. L’association produit régulièrement des rapports pour avertir la société civile et l’Arcom des dérives informationnelles de certains médias et encourager une réponse adaptée. Cependant, pour Eva Morel, « dissuader n’est plus suffisant, il faut désormais agir« . C’est de cette volonté qu’est née la plateforme Droit à l’info qui vise à « donner aux acteurs médiatiques le pouvoir de contredire une fausse information en direct afin d’empêcher sa propagation« , explique Eva Morel. Cet enjeu semble d’autant plus important aujourd’hui, à un an des prochaines élections présidentielles en France.
Mais Mathilde Jourde voit encore plus loin. « Il faut faire prévaloir le prébunkage au débunkage« , assène-t-elle. Contredire les fausses informations, une fois qu’elles ont été largement relayées ne suffit plus. Il faut désormais développer en amont une éducation numérique et une sensibilisation auprès de la population pour permettre à cette dernière de mieux appréhender les contenus potentiellement trompeurs.
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Valentin Ernoul à suivre sur : https://www.novethic.fr/environnement/