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En difficulté, le milieu associatif sonne le tocsin

À Lyon, la suppression de la délégation métropolitaine à la vie associative  inquiète les élus d’opposition et s’ajoute à un contexte national défavorable au secteur.

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« Pas un euro en moins pour les assos. » Sur la terre battue de la place Bellecour, des bénévoles, militants et salariés de plus de 180 associations se sont réunis le jeudi 21 mai pour rejoindre à pied le siège de la Métropole de Lyon.

Organisée dans la continuité de la mobilisation nationale « Ça ne tient plus » du 11 octobre 2025, la marche poursuit un objectif simple : instaurer un dialogue avec les nouvelles équipes élues dans un contexte d’austérité budgétaire croissante pour les 45.000 associations de la métropole. Au milieu de la foule, élus municipaux et métropolitains de la gauche lyonnaise comme Grégory Doucet, Anaïs Belouassa-Chérifi ou encore Cédric Van Styvendael sont venus apporter leur soutien aux associations. Certains portent en bandoulière des écharpes floquées du slogan « Ça ne tient plus », distribuées par les manifestants. Du côté de la majorité, seul Pierre Oliver, vice-président délégué à la voirie, a passé une tête. Devant le siège de la Métropole, où s’est achevée la mobilisation, personne n’est sorti pour accueillir les manifestants.

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Malgré la musique et les pancartes qui colorent la place, les acteurs du secteur peinent à cacher leur ras-le-bol. « On passe notre temps à faire des budgets à l’aveugle car les délais pour recevoir des financements sont de plus en plus longs, et la plupart du temps, ils ne sont pas suffisants », confie à L’Arrière-Cour Emmanuelle, créatrice de l’association Quais du départ« Quoi qu’on fasse, on finit dans le rouge. » Autour d’elle, les autres manifestants acquiescent avec un sourire crispé.

Sur les tracts distribués au début de la marche figurent quatre revendications : la simplification du financement associatif, la liberté d’action et de parole des associations, un engagement ferme de la Métropole à ne pas réduire les financements dédiés à la vie associative, mais surtout l’instauration d’un dialogue avec les élus, jugé indispensable dans un contexte d’austérité grandissante.

Pourtant, les premières mesures prises par la Métropole font craindre aux associations du Rhône des échanges plus laborieux avec la nouvelle assemblée.

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Siège vide à la Métropole

Depuis le mois de mars et l’élection de Véronique Sarselli à la tête de la Métropole, il n’y a plus de vice-président délégué à la vie associative. « C’est comme si on n’existait plus », souffle une manifestante auprès de L’Arrière-Cour.

Pour les acteurs associatifs, cette suppression est vécue comme « un signal d’abandon ». Interrogée par L’Arrière-Cour, la Métropole n’a pas souhaité expliquer ce choix.

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Plus de 180 associations se sont rassemblées puis ont marché jusqu’à la Métropole 

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« C’est comme si on n’existait plus » – une manifestante

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Selon Florestan Groult, vice-président délégué à la vie associative sous la précédente mandature, cette décision traduit « une incompréhension de la mission associative par la nouvelle Métropole ». Certaines prérogatives autrefois rattachées au vice-président, comme la déclaration d’une nouvelle association ou l’aide à la mise en place d’un conseil d’administration, ne dépendent désormais plus d’un élu désigné. « Quand les gens voudront se saisir d’un objet commun en fondant une association, qui sera chargé de les accompagner ? Personne ! », assène l’ex-élu métropolitain.

Même inquiétude concernant « la formation des bénévoles », « la réflexion autour des modèles socioéconomiques » ou encore le « développement de l’implication citoyenne », énumère à L’Arrière-Cour Olivier Meyer, délégué général de la Fédération des centres sociaux du Rhône, qui redoute que « chaque élu ne réfléchisse plus que sous le prisme de l’efficacité de son service » plutôt que dans l’intérêt du territoire.

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Un « saucissonnage » défavorable

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Pour l’assemblée actuelle de la Métropole, le nouveau fonctionnement semble néanmoins tout trouvé : « Chaque association traitera désormais avec son vice-président », indique à L’Arrière-Cour Pierre Oliver. Concrètement, une association luttant contre les violences infantiles devra se tourner directement vers la vice-présidente chargée de la lutte contre les violences infantiles, tandis qu’une association sportive dépendra du vice-président aux sports.

Sur le plateau de LyonMag, Véronique Sarselli a tenu à rassurer les organisations : «Je respecte les associations et reconnait le bienfondé de leurs missions, mais nous sommes dans un temps d’interrogation des dispositifs. Les associations dont la mission est d’intérêt général, qui accompagnent les publics, qui correspondent aux politiques métropolitaines,  n’ont aucune raison d’être inquiètes». Autrement dit, la présidente de la métropole réclame un brin de patience à l’égard de son exécutif, qui prend encore ses marques.

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« En théorie, tout le monde devrait avoir un vice-président, mais en pratique, on ne sait pas » – Olivier Meyer, délégué général de la Fédération des centres sociaux du Rhône

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Ce « saucissonnage » déploré par Augustin Pesche, adjoint au maire de Lyon à la vie associative, soulève des interrogations chez les élus d’opposition comme chez les acteurs associatifs. Comment s’assurer que chaque structure relève bien d’au moins une délégation, et qu’aucune ne se retrouve sans interlocuteur identifié à la Métropole ? Et surtout, que se passe-t-il lorsqu’une association dépend de plusieurs délégations ? C’est notamment le cas de certaines structures liées au logement, susceptibles de relever à la fois des délégations d’Alexandre Vincendet (vice-président à l’habitat) et de Claire Pouzin (vice-présidente à l’offre de logement, à la dynamique résidentielle et à l’immobilier public).

Interrogée par L’Arrière-Cour, la Métropole joue la carte de la simplicité : « Les vice-présidents vont se parler et échanger pour trancher. »

Face à cette organisation, les associations s’interroge sur certaines zones d’ombre de ce nouveau fonctionnement. « Au niveau associatif, on ne sait pas jusqu’où vont les délégations », pointe Olivier Meyer auprès de L’Arrière-Cour. « En théorie, tout le monde devrait avoir un vice-président, mais en pratique, on ne sait pas. » Si les titres des délégations paraissent assez larges pour pouvoir englober l’ensemble des structures, la question de la multiplicité des interlocuteurs, elle, reste en suspens.

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De partenaires à prestataires

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Avec des coupes budgétaires estimées à un milliard d’euros en 2026 au niveau national, la stabilité des structures associatives vacille. En France, entre fin 2024 et fin 2025, quelque 12.305 emplois ont été supprimés dans le secteur associatif, révélait Mediapart au mois d’avril. Selon le député apparenté écologiste de la 2e circonscription du Rhône, Boris Tavernier, « ce chiffre pourrait grimper jusqu’à 60.000 d’ici au mois d’octobre ».

Pour l’ancien militant associatif, ces réductions de subventions n’arrivent pas seules. Elles s’accompagnent de « demandes de plus en plus délirantes » dans les dossiers de financement, d’un bâillonnement croissant des associations à caractère politique, et d’une indifférence à peine cachée des politiques chargés du secteur, au niveau tant national que local.

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Un fonctionnement chronophage et décourageant, comme le concèdent les bénévoles et les salariés présents à la manifestation. « On est dans une logique de mise en concurrence de plus en plus forte », déplore ainsi Olivier Meyer. S’il reconnaît que la négociation de contrats avec les collectivités a toujours fait partie du fonctionnement associatif, il s’agit désormais, selon lui, davantage d’une « réponse à un marché ». Un glissement qui risque, à ses yeux, de transformer les associations, autrefois acteurs du territoire, en simples prestataires enfermés dans « une logique de produit ».

Présent le 21 mai, Renaud Payre, conseiller d’opposition à la Métropole, craint quant à lui pour « la vitalité des associations » après la mise en place de cette nouvelle organisation. À ses yeux, il revient aux collectivités territoriales de soutenir les structures associatives lorsque l’État s’en retire.

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À défaut de venir à la rencontre des acteurs associatifs à l’issue de la marche du 21 mai, Véronique Sarselli a fait savoir dans un communiqué adressé au Progrès qu’elle « se tient bien évidemment à la disposition des représentants régionaux s’ils souhaitent solliciter un rendez-vous ». Une invitation acceptée par la Coordination « Ça ne tient plus » du RhôneSelon les informations de L’Arrière-Cour, la rencontre devrait se tenir dans les trois prochaines semaines.

Mathilde Murcuillat

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L’Arrière-Cour n°231. La newsletter L’Arrière-Cour est éditée par Les médias éphémères SA (SU), société au capital de 5000 euros, sise au 30 rue tête d’or, 69006 Lyon. Siret : 881 607 006 00015 – CPPAP : 0322 Y 94199. Directeur de la publication : Raphaël Ruffier-Fossoul Contact : lecteurs@larrierecour.fr

 

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