
Le Labo de l’ESS au Sommet de la Mesure d’Impact 2026 : l’Économie Sociale et Solidaire en alerte face aux arbitrages budgétaires
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Le 13 avril dernier, le Labo de l’ESS a pris part au Sommet de la Mesure d’Impact 2026 organisé par l’Impact Tank au CESE à Paris. Lors de la table ronde intitulée : « Budget 2026 : l’ESS compte-t-elle pour du beurre ? », et animée par Timothée Duverger, Yesil Rusconi, administratrice du Labo de l’ESS, a partagé une analyse des enjeux européens, aux côtés de Caroline Neyron (Directrice Générale du Mouvement Impact France), Hugues Pollastro (Directeur Général de l’UDES) et Pauline Raufauste (Responsable des affaires publiques à ESS France).
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Comment justifier que, malgré la reconnaissance nationale et internationale de l’ESS comme modèle de résilience (cf. les communications récentes de l’ONU, de l’OCDE, du OIT mais aussi le récent rapport de la Cour des Comptes) et dans un contexte de restrictions budgétaires, de tensions sociales et de reculs écologiques, celle-ci reste absente des priorités stratégiques du budget français 2026 ?
Rappelant le rôle de l’ESS dans la cohésion sociale, l‘innovation et la transition écologique, les intervenants ont pourtant souligné la réduction des financements alloués à l’ESS dans le budget 2026, un choix aux conséquences directes pour l’écosystème à court et moyen terme. Cette baisse aggrave un « effet ciseaux » inquiétant : alors que les besoins sociaux (vieillissement, précarité, etc.) ne cessent de croître, les financements aux associations et organisations de l’ESS — qui y répondent concrètement sur les territoires — se réduisent.
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Ces tendances se confirment également à l’échelle européenne. L’ESS pèse pourtant lourd dans l’économie européenne : 4,3 millions d’entités et organisations et plus de 11,4 millions d’emplois payés (soit 6,3% de l’emploi privé en moyenne).
Après un momentum politique fort en Europe entre 2020 et 2023, marqué par la reconnaissance formelle de l’ESS et de son rôle dans la société, les nouvelles priorités politiques européennes (défense, sécurité, compétitivité) risquent de reléguer à nouveau l’ESS au second plan de l’agenda politique européen.
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Malgré ce recul, l’ESS progresse à l’échelle des États. Sous impulsion de la Recommandation du Conseil de l’UE adoptée en novembre 2023 et le plan d’action pour l’économie sociale (SEAP), 21 pays européens ont déjà adopté ou sont en train d’élaborer une Stratégie Nationale pour l’ESS, dont la France. 8 Etats membres ont même adapté leur cadre juridique pour mieux intégrer les spécificités de l’ESS. Certains, comme l’Espagne, en ont fait une priorité politique en promeuvent des mesures concrètes visant à soutenir et développer le secteur, comme la Loi intégrale de développement de l’ESS, adoptée en mars 2026.
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L’ESS bénéficie aussi d’une reconnaissance accrue par la société civile européenne et d’un soutien massif, comme le relève l’Eurobaromètre Spécial N°567 publié en 2025 par la Commission Européenne :
- 1 européen·ne sur 2 a été en contact avec l’ESS dans les 5 dernières années.
- 1 sur 3 bénéficié du soutien d’une structure de l’ESS.
- 88% sont favorables à des stratégies et législations dédiées pour soutenir l’ESS.
- 93% estiment que les entreprises devraient s’inspirer des valeurs de l’ESS (objets sociaux et environnementaux, redistribution des profits, principes de gouvernance démocratiques).
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La deuxième partie de la table ronde a exploré les défis à venir pour l’ESS en France et en Europe, notamment avec le cadre financier pluriannuel 2028-2034. Bien que la Commission européenne ait publié son rapport à mi-parcours du Plan d’Action Européen pour l’Économie Sociale (SEAP) soulignant les avancées significatives et fixant des nouvelles ambitions pour renforcer l’ESS, les négociations budgétaires pour la période 2028/2034 semblent marginaliser l’ESS, la diluant parmi d’autres politiques.
Face aux défis budgétaires et aux priorités politiques changeantes, l’Économie Sociale et Solidaire se trouve à un carrefour décisif. Pourtant, les chiffres et les initiatives nationales le rappellent avec force : l’ESS n’est pas un secteur marginal, mais un acteur central de la cohésion sociale, économique et territoriale en Europe. Son rôle, reconnu par la société civile comme par les institutions, mérite une place à la hauteur de ses contributions dans les prochains cadres financiers et politiques.
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Le Labo de l’ESS, par son engagement au sein du GECES (Groupe d’Experts sur l’Économie Sociale et Solidaire auprès de la Commission Européenne) et son implication dans les débats européens, continue de porter cette conviction : l’ESS n’est pas une option, mais une nécessité pour construire une Europe plus résiliente, inclusive et durable. À l’aube des négociations pour 2028-2034, c’est l’occasion pour tous les acteurs — institutions, États, société civile — de réaffirmer ensemble que l’ESS compte, et qu’elle doit compter pour de bon.
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Le Labo de l’ESS tient à remercier chaleureusement Yesil Rusconi pour cet article.
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Notes :
[1] https://unsse.org/wp-content/uploads/2026/02/Resolution-adopted-by-the-General-Assembly-2023.-ENG.pdf
[2] https://www.oecd.org/en/topics/social-economy-and-social-innovation.html
[3] https://www.ilo.org/resource/record-decisions/ilc/110/resolution-concerning-decent-work-and-social-and-solidarity-economy
[4] https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-soutiens-publics-leconomie-sociale-et-solidaire
[5] https://social-economy-gateway.ec.europa.eu/about-social-economy_en
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Crédit photo : Towfiqu barbhuiya sur Unsplash