Pourquoi le RN n’avait vraiment rien à faire à la panthéonisation de Marc Bloch
Le parti d’extrême droite n’avait pas à être invité à la cérémonie pour plusieurs raisons, explique un collectif d’historiens : il a des liens historiques avec Vichy, il n’a pas rompu avec ceux qui portent des paroles néonazies en France et en Europe, il manipule l’histoire tandis que Marc Bloch avait «chéri la vérité».
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L’entrée au Panthéon de Marc et Simonne Bloch n’a pas laissé de place à l’extrême droite, du fait des refus répétés exprimés par leurs descendants. La récupération de l’intellectuel d’origine juive et de gauche, héros des deux guerres mondiales et de la résistance avait pourtant été tentée à plusieurs reprises par l’extrême droite. De ce bel échec à être présent à la cérémonie du Panthéon, des récupérations dénoncées par tous les connaisseurs de Marc Bloch, il découle aujourd’hui une tentative de reconquête dans les médias avec deux techniques de mensonges et de déformation de l’histoire.
D’abord ces porteurs de contre-vérités s’attaquent à Suzette Bloch, une des porte-parole de la mémoire de la famille Bloch, qui rappelle les liens historiques de Jean-Marie Le Pen et de ses proches avec les nostalgiques du IIIe Reich : «Le Rassemblement national, ce sont les héritiers des Waffen SS qui ont assassiné mon grand-père. Il faut le dire.» Elle a raison d’appeler un chat un chat. En dépit de l’exclusion du fondateur du Front national pour des propos ignobles sur le génocide et la période de Vichy, le RN assume les continuités. En 2018, Marine Le Pen disait «Ce nom, “Front national”, est porteur d’une histoire épique et glorieuse que personne ne doit renier.» Le propos a été répété. On ne renie pas, ainsi, les différents fondateurs qui furent des ultras de la collaboration, de véritables nazis français, membre des Partis collaborationnistes, de la Milice ou encore engagés aux côtés de l’armée allemande. Oui Suzette Bloch a raison.
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Ni anachronisme ni parti pris
La deuxième attaque consiste à vouloir diluer les responsabilités, en évoquant le passage par le Parti communiste du chef d’une bande au service de la Gestapo lyonnaise, Francis André dit «gueule tordue», qui participa aux sévices subis par Marc Bloch : argument ridicule puisque l’homme est devenu membre du Parti de Jacques Doriot*, anticommuniste, antisémite et fasciste, que lui-même affiche alors son anticommunisme farouche et enfin que ses crimes relèvent aussi d’un banditisme opportuniste.
Surtout cet homme, certes effroyable, est tout à fait anecdotique dans le système qui a fragilisé, puis persécuté Marc Bloch et sa famille, avant qu’il soit assassiné. L’oubli de la vérité engloutit aussi la majorité de communistes résistants qui furent exécutés avec Marc Bloch le 16 juin 1944. Le destin de Marc Bloch, son exclusion de la communauté nationale comme Juif, est le fait des choix du régime de Vichy collaborateur de l’occupant nazi. Et à ce jour les condamnations timides du RN n’ont pas abouti à une rupture avec ceux qui en France ou à l’étranger portent des paroles néonazies. Par conséquent ni anachronisme ni parti pris dans cette exclusion du Rassemblement national de l’hommage à celui qui n’eut jamais peur du combat.
«Il a chéri la vérité» «Dilexit veritatem» n’est pas le credo de ce parti, mais c’était l’engagement de Marc Bloch.
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Signataires :
Joëlle Alazard professeure de chaire supérieure en histoire au lycée Louis-le-Grand, Laurent Douzou professeur émérite des universités en histoire contemporaine, Sciences Po Lyon, Olivier Dumoulin historien, ancien professeur des universités, Bertrand Müller directeur de recherches honoraire au CNRS, Nicolas Offenstadt professeur des Universités, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Manon Pignot maîtresse de conférences HDR en histoire contemporaine à l’université de Picardie Jules-Verne, Peter Schöttler directeur de recherches honoraire au CNRS.
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*rappel MCD :
Jacques Doriot : Jacques Doriot, né le à Bresles (Oise) et mort le à Mengen (Wurtemberg, Allemagne), est un homme politique sous l’Occupation, une figure majeure de la collaboration. Au tournant de 1937, Doriot élabore une nouvelle tactique, faisant nettement glisser le parti vers la droite. Se posant en défenseur des libertés menacées par les communistes, prétendument aidés par les socialistes, il les accuse d’empêcher l’exercice des droits d’expression et de réunion et lance la formule du « Front de la liberté », pour appeler à un rassemblement des droites. La presse doriotiste exprime enfin de manière ouverte son admiration pour les régimes fascistes, dans un contexte où les voyages en Allemagne et en Italie des doriotistes se multiplient, et la propagande devient plus dure. Il est le symbole et syndrome des ces gens qui se disent de gauche et glissent à droite ! Comme Marcel Déat et tant d’autres…