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Culture

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Printemps silencieux – à propos des projets de loi contre les free parties

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Postulat 1: La rave party se poursuit « sans débordements » dans le sud-Drôme. Entre 1 000 et 1 500 fêtards ont investi une propriété privée
Le samedi 23 mai vers minuit 15, l’installation d’une rave party n’a pas pu être empêchée sur une propriété privée à Salles-sous-Bois, dans le sud-Drôme, au lieu-dit « plaine de Barbe ». Le rassemblement s’est poursuivi la nuit du 23 au 24 mai « sans débordements » indique la gendarmerie nationale, ce dimanche. Les autorités n’ont pas reçu d’appels de propriétaires d’habitations proches de l’événement illégal pour se plaindre de nuisances sonores. #raveparty #Drôme #freeparty #freepartyisnotacrime #liberté MCD

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Postulat 2 : Cette nuit, le Sénat a adopté plusieurs mesures du projet de loi RIPOST visant directement les free parties.
Le texte prévoit désormais :
—  jusqu’à 2 ans de prison et 30 000€ d’amende pour les organisateurs ;
— saisie du matériel son ;
— jusqu’à 7 500€ d’amende pour certains participants selon les mesures votées cette nuit.
Pour beaucoup, cette loi marque une nouvelle étape dans la répression de la culture free party et des sound systems.
Au-delà des fêtes, c’est toute une culture underground et indépendante qui se retrouve visée.
Et vous, vous en pensez quoi ?
Postulat 3 : du Dauphiné libéré : 400 véhicules, soit près de 1 000 personnes, se sont installés dans la nuit du 22 au 23 mai pour une rave-party, sur la commune de Salles-sous-Bois, dans le sud-Drôme. Les teufeurs, grâce à des informations communiquées sur les réseaux sociaux, auraient rapidement convergé sur une zone boisée pour s’implanter tout le week-end sur une propriété privée, à la « plaine de Barbe ».La gendarmerie, prévenue, a déployé un important dispositif pour encadrer l’événement. Jusqu’à 120 gendarmes ont été engagés. « Apparemment, les autorités étaient au courant qu’il y aurait une rave-party sur le secteur, mais ils ne pensaient pas que ce serait sur notre commune », souligne Bernard Doutres, le maire de Salles-sous-Bois, contacté en fin de matinée ce 23 mai. « La propriétaire n’est pas contente car elle a passé l’hiver à entretenir ses pâturages et ses clôtures ». À ce stade, il n’est pas question de déloger les participants au rassemblement musical illégal. Ces derniers se sont installés au bout d’un cul-de-sac, rendant difficile toute intervention des forces de l’ordre. Ils pourraient donc rester tout le week-end et même le lundi de Pentecôte. Des postes de contrôle ont toutefois été établis sur la Départementale 9.  Selon Bernard Doutres, « ce qui est grave, c’est qu’ils se sont mis partout sur une ferme qui élève des chevaux. La propriétaire n’est pas contente car elle a passé l’hiver à entretenir ses pâturages et ses clôtures. » Le septuagénaire pointe l’impuissance des élus confrontés à ce genre de situation. « La dernière fois qu’ils étaient venus, sur un autre terrain, on avait fait une tranchée pour ne plus qu’ils s’installent. Finalement, ça ne les a pas empêchés de se mettre à un autre endroit. » Il pointe de la part des fêtards « une organisation incroyable. Ils arrivent tous en même temps. Une fois sur place, il n’y a plus moyen de les faire sortir. » MCD
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Postulat 4/. de FR3 région : « Les gendarmes sont arrivés trop tard, les personnes étaient déjà installées » : une rave party illégale rassemble 1500 teufeurs dans la Drôme

Environ 1500 teufeurs se sont installés sur une propriété privée de Salles-sous-Bois (Drôme) dans la nuit du 22 au 23 mai.
Environ 1500 teufeurs se sont installés sur une propriété privée de Salles-sous-Bois (Drôme) dans la nuit du 22 
Emilie Barthe 23/05/2026  :  Près de 1500 teufeurs sont rassemblés à Salles-sous-Bois, dans la Drôme, depuis ce vendredi soir. Ils se sont installés illégalement sur un terrain privé afin de participer à une rave-party qui pourrait durer tout au long de ce week-end de trois jours, selon le maire du village. Dans la nuit du vendredi 22 au samedi 23 mai, une rave-party illégale s’est installée à Salles-sous-Bois, un petit village du sud de la Drôme, selon les informations du Dauphiné Libéré, confirmées à France 3 Rhône-Alpes. Des centaines de véhicules sont stationnés, et près de 1500 personnes sont sur place.

« On est partis pour trois jours »

« Les gendarmes étaient déjà sur le dossier mais ils n’ont pas pu localiser le lieu. Ils sont arrivés trop tard, les personnes étaient déjà installées. Elles étaient trop nombreuses. Vous avez face à vous des centaines de personnes qui sont belliqueuses », explique Bernard Doutres, le maire de la commune d’environ 200 habitants. En effet, « suite à la détection d’un risque de rassemblement musical illégal dans le quart sud-est du pays, un important dispositif de renseignement, de surveillance et de contrôles était mis en place vendredi soir, sur l’ensemble du département, par le groupement de gendarmerie départementale », indique la préfète de la Drôme Marie-Aimée Gaspari. Il n’est pour le moment pas question d’évacuer les participants, la zone occupée étant située au bout d’un cul-de-sac, rendant l’intervention des gendarmes difficile. « Les forces de l’ordre tiennent ça de loin. On est partis pour trois jours, à mon avis », confirme Bernard Doutres. Sur place, 80 gendarmes ainsi que des moyens aériens sont mobilisés pour boucler le périmètre afin d’interdire l’accès à de nouvelles personnes et d’effectuer le contrôle des départs, en « constatant les infractions à la loi pénale », ajoute la préfecture. Pour rappel, la participation à un rassemblement interdit est passible d’une contravention. Les pompiers sont également mobilisés. « Un dispositif prévisionnel de secours composé de quatre secouristes de l’association de protection civile (APC) a été déployé, en complément d’une garde postée de neuf sapeurs-pompiers, d’une ambulance et d’un camion citerne feux de forêt (CCFM) », détaille la préfecture.

La préfecture dénonce « le comportement irresponsable des organisateurs »

La préfète « condamne l’organisation de ce rassemblement en dehors de tout cadre légal, en violation de la propriété privée et au mépris de la tranquillité des riverains ». Elle « dénonce le comportement irresponsable des organisateurs », ce rassemblement intervenant dans un contexte de fortes chaleurs, sans qu’aucun dispositif de secours n’ait été prévu au préalable.

Les teufeurs ont instauré quelques règles. Bien que les teufeurs semblent organisés, le maire de la commune s’inquiète pour sa part de l’état dans lequel il va récupérer le terrain, un pâturage qui appartient à un particulier. Il y a une quinzaine d’années, il a déjà dû faire face à une occupation illégale du même type sur sa commune. La Drôme fait partie des terrains de jeux préférés des teufeurs. Il y a quelques jours, les forces de gendarmerie ont réussi à empêcher in extremis l’implantation d’une rave-party illégale aux bords de l’étang de Joanne-Marian, sur la commune de Valherbasse. L’année dernière, 1200 personnes s’étaient réunies en s’installant sur un terrain entre les communes de Lens-Lestang et Le Grand-Serre. MCD
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Adoptée en première lecture le 9 avril, la proposition de loi 1133 aggrave les sanctions contre les free parties et étend la notion de co-organisation jusqu’aux simples participants. Un arsenal répressif qui ignore trente ans de pratiques culturelles, de transmission de savoirs et d’auto-organisation territoriale.

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Chaque week-end, à travers l’ensemble du territoire français, des collectifs se mobilisent pour investir des espaces, en organiser l’accès et procéder à l’installation et au réglage de systèmes de sonorisation qu’ils ont souvent conçus et fabriqués eux-mêmes. Ces collectifs rassemblent des profils professionnels variés : entrepreneur·es indépendant·es, salarié·es du secteur logistique ou du bâtiment et des travaux publics, menuisier·es, charpentier·es, technicien·nes du son et de la lumière, entre autres.

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Cette liste n’est pas exhaustive mais significative des métiers qui structurent l’univers des free parties qui assure cette fonction d’espace de formation et de transmission de compétences techniques et artistiques, en même temps qu’elles se révèlent indispensables à la tenue et à la qualité de ces événements.

La proposition de loi 1133 « visant à renforcer la pénalisation de l’organisation de rave-parties » portée par des député·es des groupes parlementaires Ensemble et Horizons a été soumise à l’examen en séance publique de l’Assemblée nationale le 9 avril 2026 et adoptée en première lecture avant son transfert au Sénat. Ce texte vise à renforcer le dispositif réglementaire encadrant les « rassemblements exclusivement festifs à caractère musical organisés par des personnes privées dans des lieux non aménagés à cet effet » – tels que définis aux articles L211-5 à L211-8 du Code de la sécurité intérieure –, lesquels sont déjà soumis à l’obligation de déclaration préalable, un mois avant leur tenue, dès lors qu’ils excèdent cinq cents participants.

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Pour rappel, la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 impose aux organisateurs de manifestations sportives, récréatives ou culturelles à but lucratif de déclarer leur rassemblement au maire de la commune, au moins un mois avant la date prévue, dès lors que le public et le personnel peuvent atteindre plus de 1 500 personnes. Un régime spécifique visant les free parties a été introduit avec la loi sur la sécurité quotidienne (dite LSQ) du 15 novembre 2001 fixant par décret à 250 personnes le seuil au-delà duquel il y a obligation de déclaration. Il sera porté à 500 personnes dans un décret de 2013. La loi propose donc de revenir à 250 personnes et d’alourdir les sanctions. L’organisation d’une free party sans déclaration ou en dépit d’une interdiction préfectorale était jusqu’ici sanctionnée par une contravention de cinquième classe, entraînant une amende pouvant atteindre 1 500 € (3 000 € en cas de récidive) ainsi que la saisie du matériel de sonorisation. Dans la loi 1133, cela devient un délit passible de six mois de prison ferme et de 5 000 € d’amende, avec une confiscation systématique du matériel de sonorisation des véhicules.

Or, il faut reconnaître que le cadre juridique ne relève pas de la simple déclaration contrairement à ce que suggèrent les responsables politiques. Dans les faits, il s’agit de déposer en préfecture un « dossier de déclaration solide », comme le notait une circulaire préfectorale de juillet 2002 sur « les dispositions de la loi sur la sécurité quotidienne relative aux “rave-parties” et sur les dispositions réglementaires d’application », faisant suite à la promulgation du décret d’application de l’article 53 de la LSQ. Emmanuelle Mignon, alors conseiller juridique du ministère de l’Intérieur reconnaîtra que la loi de 2001 et le décret de mai 2002 fonctionne comme un dispositif d’interdiction, sous couvert de déclaration préalable : « Dans la pratique, les free parties sont toutefois tellement impopulaires que, dès qu’il y a déclaration, il y a interdiction, […] Je ne peux croire un instant que les concepteurs de la loi et du décret ignoraient que le jeu était pipé[1]. »

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Dans tous les cas, et quel que soit le seuil, le cadre juridique en vigueur confère au maire la faculté de prendre un arrêté, y compris lorsque l’accord du propriétaire du terrain a été obtenu, tandis que le Préfet dispose de prérogatives d’intervention et de poursuites fondées sur d’autres qualifications légales – troubles de voisinage, usage ou trafic de stupéfiants, dégradations, mise en danger de la vie d’autrui… L’obligation de demande de déclaration préalable, qui semble relever du bon sens comme cela est rappelé à l’envie dans nombre de représentations médiatiques, constitue en réalité le cadre juridique qui contribue à produire l’illégalité que la loi 1133 propose de punir encore plus fort[2].

Depuis trois décennies, l’histoire semble répéter le même schéma marqué par une escalade de répression qui traduit un rejet tenace de ces rassemblements musicaux autogérés. On peut considérer que c’est l’effet initial d’une stratégie d’éradication totale des raves perçues comme « des situations à haut risque[3] », qu’elles soient déclarées ou non, qui a conduit certains acteurs à opérer dans la clandestinité et a contribué à renforcer les free parties. Au milieu des années 1990, les raves légales, identifiables et déclarées ont subi un grand nombre d’interdictions, fréquemment décidées à la dernière minute, avec des conséquences financières funestes pour les structures organisatrices. Cependant réduire l’essor des free parties et leur signification à l’effet d’une politique d’interdiction ainsi qu’à un attrait symbolique et économique, en tant qu’explication rationnelle du choix des individus de prendre part à ces événements[4], s’avère réducteur.

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Le cadrage qui présente ces manifestations comme des troubles à l’ordre public fournit une justification idéologique à la répression.

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Il convient également de souligner que la loi manifeste non seulement une intensification mais aussi une extension de la répression en proposant d’élargir la notion de « participation à l’organisation » d’une free party. Avec l’« extension de la responsabilité pénale à toute une série d’actes de co-organisation », est notamment visée la participation à l’édification d’un mur de son, le transport du matériel de sonorisation. Plus largement, participer non à l’organisation mais à un rassemblement non déclaré ou interdit est puni d’une amende de 5ᵉ classe (jusqu’à 1 500 €). La loi confirme également la confiscation du matériel ayant servi à l’infraction, en tant que peine complémentaire du nouveau délit.

Un projet de loi intitulé « RIPOST » (pour Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité de nos concitoyens), présenté par le ministère de l’Intérieur, envisage d’aggraver encore les sanctions à l’encontre des organisateurs : l’organisation d’une free party serait qualifiée de délit passible de deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 30 000 euros, tandis que le projet prévoit également la « création d’un délit de participation à ces événements avec la possibilité d’établir une amende forfaitaire délictuelle d’un montant de 300 euros ». On passe donc d’un régime ciblant principalement l’organisateur juridique à un régime où les simples participants impliqués dans la logistique, voire présents sur place, deviennent eux‑mêmes passibles de sanctions spécifiques.

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La notion de participation est en effet centrale dans ces rassemblements, mais dans le cadre de ces projets de loi elle tend à être assimilée à celle d’une entreprise criminelle. Ce qui relève en réalité d’une déviance politique et culturelle est interprété comme une déviance sociale, dans une lecture soutenue par de nombreux médias. Ce cadrage qui présente ces manifestations comme des troubles à l’ordre public fournit une justification idéologique à la répression, la faisant apparaître comme une réponse normale à un délit plutôt que comme une réaction à une contestation culturelle et politique légitime[5]. Cette confusion, dénoncée depuis des décennies par les collectifs concernés, les laisse aujourd’hui plus inaudibles que jamais.

Une lecture non criminalisante permettrait au contraire de voir dans ces rassemblements autour des musiques électroniques l’expression vivante d’un art participatif, tel que l’avaient envisagé les avant-gardes et les théoriciens de l’art du XXe siècle[6] ; des espaces d’expérimentation d’un rapport actif à l’événement dans sa globalité, à rebours de nombreux événements culturels où le public est cantonné au rôle de consommateur, où la participation n’y est pas spectatorielle, impliquant chacun dans le déroulement et dans la responsabilité collective, y compris la remise en état des lieux à l’issue du rassemblement.

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La voie reste étroite, entre répression ultra-violente et collaboration minimale avec différents secteurs de l’appareil d’État, gendarmerie, services de secours, autorités préfectorales… Le teknival de Redon du 19 juin 2021 a illustré de manière exemplaire les dérives répressives lors d’une intervention policière sur un site bouclé, soumis pendant plusieurs heures à des tirs continus de gaz lacrymogènes et de grenades de désencerclement, qui a notamment occasionné la perte d’une main pour l’un des participants. Tandis que l’action des forces de l’ordre a conduit à la destruction intentionnelle du matériel (enceintes, tables de mixage, amplificateurs, générateurs), pour un préjudice estimé à environ 100 000 euros, que la communication officielle a cyniquement requalifié en « saisie[7] ». Tirant les leçons de ce sombre bilan, un groupe de travail interministériel a ensuite été créé afin de traiter la question de l’accès aux soins en milieu festif. Les associations de santé ont pu communiquer sur les difficultés qu’elles rencontraient face aux amendes, saisies, intimidations judiciaires, et violences policières… Ce dialogue a débouché sur de nouvelles directives adressées aux Préfets, rappelant les missions des associations et leur légitimité.

C’est dans ce contexte que s’est tenu, en mai 2023, le FrenchTek 30 à Villegongis, petit village de l’Indre (36) : un rassemblement commémorant le trentième anniversaire du premier teknival organisé sur le sol français. L’appel diffusé en amont sur les réseaux sociaux s’adressait explicitement « à toutes les générations et à toute l’Europe », signalant l’ambition transnationale de l’événement, montrant avec la présence de sound systems italiens, espagnols, britanniques et belges une forme culturelle résolument européenne. Entre 30 000 et 50 000 personnes ont participé à l’événement, dont le bilan sécuritaire est resté relativement modéré. Un dispositif de réduction des risques d’envergure inédite y a été déployé, mobilisant onze associations de santé communautaire européennes et quelque 130 bénévoles maîtrisant six langues[8].

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De ce point de vue, le projet de loi 1133 opérait un nouveau retournement en visant à faire reconnaître les associations de réduction des risques comme co-participantes à l’organisation, notamment par l’installation d’aires de repos, d’espaces de sociabilité et de dispositifs d’information. Lors des débats à l’Assemblée nationale ce 9 avril une concession a été faite : les personnes « intervenant exclusivement dans le cadre des actions de réduction des risques » ne pourront être considérées comme contribuant à l’organisation[9] ». Ce qui montre la méconnaissance de ces responsables politiques des réalités de terrain. Dans une lettre ouverte, la Coordination nationale des sons a réfuté les déclarations de la députée du groupe Horizons, à l’origine de la proposition de loi n° 1133, qui affirmait avoir auditionné en commission des lois des représentants des organisateurs de fêtes libres[10].

Il est du reste notable que ces textes de loi n’identifient pas explicitement la consommation de substances psychoactives comme le problème central justifiant ces nouvelles mesures. Ce silence révélateur peut être interprété comme une reconnaissance implicite de l’efficacité des dispositifs de médiation sanitaire documentés par de nombreuses recherches depuis les années 1990 et, partant, de la capacité d’autorégulation propre aux communautés festives. Ajoutons également que la concentration des études et des dispositifs de prévention sur ces rassemblements produit un effet loupe qui conduit à sur‑associer drogues de synthèse et musiques techno, tout en sous‑estimant les usages plus ordinaires, largement diffusés dans d’autres scènes culturelles et espaces sociaux – y compris au sein même de la représentation nationale[11].

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Les free parties ne sont pas des îlots de marginalité coupés du monde social. Il faut se garder d’une lecture qui tendrait à les assimiler aux représentations cinématographiques des techno travellers évoluant dans des univers post‑apocalyptiques, comme le film Sirāt d’Oliver Laxe. Si ces figures sont effectivement présentes, c’est précisément parce que ces espaces se définissent par leur caractère inclusif : confondre la partie avec le tout reviendrait à réduire cette forme culturelle à l’une de ses composantes les plus visibles. Les free parties constituent aussi des espaces d’expérimentation et de transmission de compétences techniques et esthétiques diversifiées : production musicale, création visuelle, mise en lumière, sonorisation ; acoustique, électricité, menuiserie pour la construction et l’installation des sound systems ; gestion événementielle, montage et sécurisation de structures de diffusion.

L’ensemble de ces savoirs indispensables reste dans l’ombre des discours officiels qui, lorsqu’ils évoquent la question de la responsabilité organisationnelle, le font en termes d’imputation juridique et non en reconnaissant ces compétences. Cette approche constitue un indice supplémentaire du refus de considérer les free parties comme une forme d’expression culturelle légitime. Or ces mêmes compétences alimentent les secteurs professionnels de l’événementiel et de l’industrie du spectacle : c’est dans ces espaces que nombre d’artistes, de techniciens du son et de logisticiens ont trouvé leurs premiers terrains d’apprentissage et de pratique. Des espaces qui fonctionnent dans une logique de porosité et de circulation où les acteurs sont insérés dans d’autres réseaux – intermittence, profession technique, secteurs du son et de la logistique – mais qui trouvent là une liberté que le marché ne permet pas.

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On ne fait pas de profit en organisant des free parties : on y investit du temps, des compétences, du matériel, par passion. Cette forme repose sur une économie du don : une forme d’échange ancienne, théorisée par Mauss[12] qui survit à la domination du paradigme néoclassique qui informe la vision dominante de l’économie de la culture. Ce n’est pas une avant-garde mais quelque chose de plus ordinaire et peut-être plus robuste dont la longévité témoigne d’une vitalité que les lectures sécuritaires échouent à saisir.

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Réprimer ces formes d’auto-organisation revient ainsi à ignorer leur fonction sociale et territoriale, et à supprimer l’accès à une expérience culturelle intense dans des territoires que les politiques publiques abandonnent.

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Il ne s’agit pas pour autant d’idéaliser les free parties, dont les limites et les tensions font l’objet de critiques récurrentes au sein même des communautés qui les portent. La logique du don n’implique pas mécaniquement de contre-don de la part des publics censés y participer : il y a aussi ceux qui fréquentent ces rassemblements dans une posture de consommation passive, sans engagement dans la réciprocité qui constitue pourtant leur principe structurant. La transmission des valeurs et du sens collectif n’est pas davantage garantie, et des défaillances organisationnelles réelles (insuffisante prise en compte des riverains, mauvaise gestion des nuisances) ont pu légitimement alimenter des critiques.

Pour autant l’esprit de ces projets de loi postule que ces rassemblements autonomes sont en eux-mêmes indésirables et nuisibles. Ils ne cherchent pas à résoudre les tensions documentées ni à proposer un cadre négocié permettant de les dépasser ; ils se contentent d’énoncer une prohibition de principe. Aucun dialogue n’est envisagé avec des représentants des collectifs et des sound systems concernés, révélant une conception verticale et unilatérale imperméable aux savoirs et aux logiques de terrain que trente ans de pratique ont construits.

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Ces projets de loi révèlent une incompréhension manifeste du phénomène qu’ils prétendent traiter, autant qu’un mépris renouvelé à l’égard des pratiques culturelles populaires autonomes. La puissance organisationnelle propre aux collectifs techno – dont l’efficacité logistique peut, dans certaines configurations, surpasser celle d’événements professionnels institutionnalisés – y est appréhendée non comme une ressource territoriale, mais comme une nuisance à éradiquer. Cette posture est d’autant plus problématique que ces rassemblements irriguent aussi les territoires ruraux, structurellement défavorisés par les inégalités persistantes des politiques culturelles publiques. D’autant plus dans le contexte budgétaire actuel, où la culture est devenue, la « variable d’ajustement » de l’austérité

Selon l’Observatoire des politiques culturelles, 50 % des collectivités territoriales ont réduit leurs budgets culturels en 2025, dont 70 % des départements[13]. Dans ce contexte de retrait institutionnel, la capacité des free parties à produire de l’événement culturel à coût marginal, en mobilisant des ressources communautaires et des compétences bénévoles, constitue objectivement une forme de palliatif à la désertification culturelle, dont la répression aggrave précisément les effets.

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Réprimer ces formes d’auto-organisation revient ainsi à ignorer leur fonction sociale et territoriale, et à supprimer l’accès à une expérience culturelle intense dans des territoires que les politiques publiques abandonnent. Il y a quelque chose de franchement grotesque à voir les partisans de cette loi se préoccuper soudain de l’état des sols et des dommages prétendument causés par des événements éphémères et relativement frugaux, comme si le simple respect du cadre déclaratif tenait lieu de vertu écologique[14]. Pendant ce temps, leurs alliés au gouvernement se rendent coupables d’une inaction persistante face à la contamination massive des sols agricoles par le cadmium, métal lourd cancérogène, régulièrement dénoncée par l’Anses. Huit mois après une première alerte de médecins évoquant une « bombe sanitaire[15] », soulignant le décalage entre la gravité du risque et l’inaction des autorités sanitaires et agricoles, l’Anses a dû renouveler en mars 2026 un appel pressant au gouvernement face à une contamination massive, lente et structurelle des sols agricoles, des cultures et de l’alimentation[16].

Que les free parties deviennent ainsi le bouc émissaire commode d’une écologie de façade en dit sans doute plus long sur les priorités politiques réelles que sur l’« impact » réel de ces rassemblements. Ceux-ci constituent pourtant des occasions de régénération collective où se reconstituent les forces nécessaires pour ne pas désespérer d’un monde administré par un État aux tendances à la fois écocidaires et autoritaires. À l’heure où nous assistons impuissants à une succession de rapports documentant l’effondrement du vivant, le projet de réduire au silence les sound systems résonne avec cette mise au silence généralisée du vivant.

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NDLR – Jean-Christophe Sevin publiera prochainement aux éditions Mélanie Seteun collection « Musique et Société » un ouvrage sur la question des free parties.

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Jean-Christophe Sevin, Chercheur en sciences de l’information et de la communication, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication (Avignon Université) et membre du Centre Norbert Elias (Marseille)

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Notes :

[1] Cité dans Lionel Pourtau, « Les interactions entre raves et législations censées les contrôler », Déviance et société, n°29-2, 2005, p. 131.

[2] Voir le témoignage de Simon Bureau, entrepreneur ardéchois « Aujourd’hui, la France a décidé que j’étais un criminel ».

[3] Diffusée aux préfectures en mai 1995, la circulaire « les soirées-rave : des situations à haut risque » émane de la Mission de Lutte Anti-Drogue (MILAD), rattachée à la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN), sous l’autorité du ministère de l’Intérieur alors dirigé par Charles Pasqua. Rédigée avec le concours des « principales Directions actives de la Police Nationale » concernées par le « phénomène Rave », elle constitue le premier texte officiel d’État à formaliser une politique répressive à l’encontre de l’ensemble des raves sur le territoire français, qu’elles soient légales ou clandestines.

[4] Laurent Tessier, « Musique et fête techno : l’exception franco-britannique des free parties », Revue française de sociologie, vol. 44, no 1, 2003.

[5] Stuart Hall, « Déviance, politique et médias », dans Identités et cultures. Politiques des Cultural Studies, Amsterdam, 2007 [1974].

[6] Claire Bishop, Artificial Hells. Participatory art and the politics of spectatorship, London, Verso, 2012.

[7] Jean-Christophe Sevin, « “Punishment park” : notes sur le Teknival “des musiques interdites” », Sonic Street Technologies, 19 janvier 2022.

[8] « Le teknival a 30 ans : les actions de santé en free party aussi », Techno+, 28 juin 2023.

[9] Un amendement de La France insoumise a élargi la liste en incluant les individus participant à l’installation « d’un lieu de repos » ou « d’un camion de restauration ». Voir « Free parties : un nouvel arsenal de sanctions voté par l’Assemblée, avec des amendes pour simple participation », Le Monde, 10 avril 2026.

[10] La Coordination nationale des sons a également rendu public le 9 avril sur le compte Instagram « Teknoantirep » un courrier du ministère de l’Intérieur daté de juillet 2024, rédigé à la suite de l’annulation du teknival du 14 juillet, prévu pendant les Jeux olympiques. En contrepartie de cette trêve, le ministère proposait l’ouverture de discussions sur la réglementation et la médiation du mouvement.

[11] Plus largement, l’étendue des effets délétères des politiques prohibitionnistes ne peut plus être ignorée, mais ce constat d’échec alimente une surenchère répressive, singularisant la France dans le paysage européen. Alors que l’Espagne, le Portugal, la République tchèque ou encore la Suisse ont opté pour des politiques de dépénalisation, la France témoigne d’une résistance persistante à toute mise en cause du paradigme prohibitionniste, alors même qu’elle se distingue comme l’un des pays européens à la fois les plus répressifs et affichant parmi les niveaux de consommation les plus élevés.

[12] Marcel Mauss, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, PUF, 2007 [1925].

[13] Vers un livre blanc de la décentralisation culturelle, Observatoire des politiques culturelles, 2026.

[14] On pourra à cet égard se reporter à l’article de Christophe Kihm sur l’impact environnemental du festival We Love Green : « We Love Green : un festival hors-sol », AOC, 5 juin 2025

[15] Stéphane Mandard, « La France malade du cadmium, une « bombe sanitaire », alertent les médecins libéraux », Le Monde, 5 juin 2025.

[16] Stéphane Mandard, « Cadmium : les autorités sanitaires exhortent le gouvernement français à agir en urgence pour réduire l’exposition », Le Monde, 25 mars 2026.

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