Retour sur Huguette Bouchardeau à 90 ans, première femme à diriger un parti politique en France
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Candidate à l’élection présidentielle de 1981 puis ministre de l’Environnement, l’ancienne secrétaire nationale du Parti socialiste unifié (PSU) entre 1979 et 1981 est morte le 18 mai 2026.
BOUCHARDEAU Huguette [née BRIAUT Huguette, Marie, Jeanne]
Née le 1er juin 1935 à Saint-Étienne (Loire) ; professeure agrégée de philosophie, écrivaine, éditrice ; militante UNEF, UGS, PSU, syndicaliste SNES-FEN puis SGEN-CFDT, militante féministe et écologiste ; secrétaire nationale du PSU (1979-1983) ; secrétaire d’État puis ministre de l’Environnement (1983-1986), députée du Doubs (1986-1988), maire d’Aigues-Vives (Gard, 1995-2001).
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Née dans une famille ouvrière qui comptait six enfants, Huguette Bouchardeau est fille d’un ouvrier devenu employé d’une société d’épicerie en gros, Marius Briaut et d’une mère sténodactylographe qui s’arrêta de travailler pour se consacrer à ses enfants. Elle évoqua ses parents dans deux ouvrages, Rose Noël, puis son père dans Les roches rouges. Huguette, seule de sa fratrie à poursuivre des études, épousa Marc Bouchardeau, psychologue, le 25 mai 1955 et eut avec ce dernier trois enfants. Né le 4 juin 1930 à Granges-les-Valence (Ardèche), il travaillait au début des années 1960 au centre psychotechnique de l’Association pour la formation professionnelle des adultes de Lyon. Ancien de UGS, membre du PSU, il fit partie du bureau fédéral du Rhône et adhérait alors au syndicat CGT de l’FPA. Il mourut en janvier 2013.
Elle suivit des études à Saint-Étienne, à Strasbourg et fréquenta l’Université de Lyon. Elle fut reçue à l’agrégation de philosophie en 1961 et soutint une thèse de 3e cycle de sciences de l’éducation. Elle enseigna la philosophie au lycée Honoré-d’Urfé à Saint-Étienne de 1961 à 1970, puis les sciences de l’éducation à l’Université de Lyon II où elle fut assistante, puis maître-assistante, puis maîtresse de Conférences de 1970 à 1983. Engagée dès sa jeunesse, elle mena durant une vingtaine d’années conjointement une vie d’enseignante et de militante très active.
Du syndicalisme étudiant au gouvernement sous François Mitterrand, Huguette Bouchardeau, morte ce lundi 18 mai, à 90 ans, a mené une carrière politique ancrée à gauche et marquée par le féminisme. Celle qui s’amusait du «petit étonnement qu’ont les hommes à l’égard d’une femme qui réussit» deviendra en 1979 la première femme à diriger une organisation politique en France.
Née le 1er juin 1935 à Saint-Etienne (Loire) dans une famille modeste, Huguette Bouchardeau est la seule de la fratrie à poursuivre des études. Elle commence à militer dans le syndicalisme étudiant en 1952, à 17 ans, et est élue secrétaire générale de l’Association générale des étudiants de Lettres de Lyon en 1955. Devenue professeure agrégée de philosophie en 1961, elle enseigne au lycée Honoré d’Urfé à Saint-Etienne de 1961 à 1970, puis les sciences de l’éducation à l’Université de Lyon II de 1970 à 1983 où elle passe maîtresse de conférences.
Très vite, son parcours mêle engagement politique et militantisme féministe. Elle fonde l’un des premiers centres d’études féministes universitaires, avant de publier en 1977 son premier livre, Pas d’histoire, les femmes, qui dénonce l’exclusion des femmes de la vie publique et analyse l’histoire des luttes féministes. Huguette Bouchardeau est parallèlement désignée responsable du secteur «femmes» au sein du bureau national du Parti socialiste unifié (PSU) à partir de 1975.
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«Militante, féministe et écologiste»
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Désignée comme secrétaire de la fédération PSU de la Loire en 1974, elle entra alors au bureau national du mouvement que venaient de quitter Michel Rocard* et ses amis et fut chargée du secteur « femmes ». C’est son action féministe et la volonté du parti de promouvoir les femmes qui sont à l’origine de cette ascension. Elle collabora à la société Syros, les éditions du PSU, où elle dirigea la collection « Mémoires des Femmes » à partir de 1978. Elle fit paraître le premier ouvrage, Hélène Brion, la voie féministe de cette collection. Elle associa Odile Krakovich qui continua pendant plusieurs années la collection.
Avec son époux, elle animait encore des organisations de contestation écologique, notamment les Amis de la Terre. Marc Bouchardeau avait créé une imprimerie autogérée et, écrivait-elle dans Le ministère du possible : « durant des années, notre appartement a été transformé en terrain de séchage pour affiches sérigraphiques et antinucléaires ; nous vivions dans un univers de têtes de mort et de paysages d’apocalypse ! Nous avions accompli, à la fin des années soixante-dix, le parcours initiatique du contestataire : Creys-Malville contre le surrégénérateur, Cruas contre la centrale, et Plogoff pour les Bretons. J’ai manifesté, déchiré mon lot de registres d’enquêtes publiques, signé des pétitions… ». Mais, écrivait-elle encore, « jamais pourtant l’écologie ne m’a semblé suffisante pour remplir un projet de société »
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Sa carrière nationale décolle quand elle est nommée secrétaire nationale du PSU de 1979 à 1981, faisant figure de pionnière en France. La Ligérienne revendique pleinement son appartenance à la famille de la gauche et met l’accent sur les luttes sociales. Rapidement, son style fait mouche. Huguette Bouchardeau se présente à l’élection présidentielle de 1981, mais ne recueille que 1,10 % des suffrages, avant de soutenir François Mitterrand au second tour.
Le 22 mars 1983, elle est nommée secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargée de l’Environnement et du Cadre de vie sous le 3e gouvernement de Pierre Mauroy, portant la loi du 12 juillet 1983 relative à la démocratisation des enquêtes publiques – appelée «loi Bouchardeau». Elle prend ensuite la tête du ministère de l’Environnement en juillet 1984, dans le gouvernement Laurent Fabius.
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3 septembre 1985 Huguette Bouchardeau inaugure la réserve des Hauts plateaux du Vercors avec Maurice Puissat, maire P.S.U. ( 1959-1995 ) de Mirabel-Lanchatre-38- et Conseiller général du Canton de Monestier-de-Clermont (1973-1985) , vice président du PNRV, et Claude Veyret, délégué « FDSEA-dissidente-Confédération nationale des syndicats de travailleurs paysans » (CNSTP), du canton du Vercors-Drôme puis du Diois en 1985 )…
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Après trois années au pouvoir, elle confie en février 1986 rester profondément «militante, féministe et écologiste». La victoire de la droite aux législatives un mois plus tard conduit à la première cohabitation de la Ve République, écartant Huguette Bouchardeau et les socialistes du gouvernement.
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Reconversion dans l’écriture
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Distante du PSU depuis 1985, elle fonda « Libre gauche » et cherchait en 1986, avec un certain nombre de ses amis à « reconstruire » la gauche. Dans la préface à un ouvrage de Jean Mitoyen (pseudonyme collectif), C’est dur d’être de gauche, surtout quand on n’est pas de droite (Syros, 1986), elle s’interrogeait sur la nécessité d’être au pouvoir, de le garder, dénonçant les deux périls qui menaçaient selon elle la gauche, le péril idéologique et le péril gestionnaire. Entamant un partenariat de dix ans avec le PS, elle participa au Conseil national de la gauche.
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Députée du Doubs (apparentée PS) entre 1986 et 1993, elle dénonce à plusieurs reprises la «vanité» du métier : «Au lieu de faire la loi, nous nous transformons en “VRP”, en lobbyistes de notre circonscription, et pour garder notre poste, nous faisons passer l’intérêt local avant l’intérêt national», déplore-t-elle au moment de quitter la vie publique. De ces années comme professionnelle de la politique, elle tire Le ministère du possible (1986) et imagine Le Déjeuner (1993) d’un homme politique en vue et d’une star féminine du journalisme.
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«Pendant vingt ans, ma vie fut si intimement liée au développement des actions féministes que je me trouvais, tour à tour, dans tous les statuts, tous les rôles à l’égard des livres qui se publiaient sur ce sujet», écrit-elle avec fierté quelques années plus tard.
Maire du village gardois d’Aigues-Vives de 1995 à 2001 et directrice de sa propre maison d’édition, Huguette Bouchardeau finit sa vie en se consacrant à l’écriture, une autre passion, publiant plusieurs biographies de grandes femmes de l’histoire comme Simone Weil, Elsa Triolet ou Simone de Beauvoir.
Présidente de la section française de l’Entente européenne pour l’environnement, groupe de pression écologiste au niveau communautaire, en novembre 1988, et d’Eau-Vive (association d’aide au Tiers-Monde), en 1991, elle participa à la commission Fauroux et, après avoir quitté l’Assemblée, fut chargée par Michel Barnier d’une mission relative à la réforme des enquêtes publiques en 1993.
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Huguette Bouchardeau, écrivain déjà reconnue, commença une troisième vie. Elle s’installa à Aigues-Vives dans le Gard en 1993 et en fut élue maire en 1995-2001. À partir d’août 1995, elle devint directrice de la maison HB Éditions, centrée autour de la littérature contemporaine, à Aigues-Vives (Gard). Cette dernière, de dimension familiale, comptait en 2006 plus de 120 ouvrages à son catalogue. Son époux, Marc appartenait au comité de lecture (il est mort le 2 février 2013), son fils travaillait aussi avec eux. Leurs rôles s’inversèrent ensuite, François devenant directeur général et Huguette lectrice ; la maison s’installa à Forcalquier. Elle publia des agendas littéraires annuels (Hugo, les Écritures d’utopies, George Sand…) et poursuivit la parution de biographies. Plusieurs de ces ouvrages ont de fortes résonances autobiographiques.
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MCD et https://maitron.fr/spip.php?mot192
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Livres
- (Thèse de 3e cycle) Une institution : La philosophie dans l’enseignement du second degré en France 1900-1972, 1975.
- Pas d’histoire, les femmes, Syros, 1977
- Un coin dans leur monde, Paris, Éditions Syros, 1980
- Tout le possible, 1981
- Le Ministère du possible, Alain Moreau, 1986
- Choses dites de profil, Ramsay, 1988
- George Sand, la lune et les sabots, Robert Laffont, 1990
- La Grande Verrière, Payot 1991
- Carnets de Prague, Seghers, 1992
- Rose Noël, 1992
- Simone Weil, éd. Julliard, 1995
- Leur père notre père, 1996
- Les Roches rouges : portrait d’un père, Écriture, 1996
- Faute de regard, Écriture, 1997
- Le Déjeuner, Bourin, 1998
- Agatha Christie, Flammarion, 1998
- Elsa Triolet, Flammarion, 2000
- Mes nuits avec Descartes, Flammarion, 2001
- Nathalie Sarraute, 2003
- La Famille Renoir, Calmann-Lévy, 1994
- Simone Signoret, 2005
- Simone de Beauvoir, 2007