La situation climatique est radicale : notre responsabilité doit être à sa hauteur, par les maires de Grenoble, de Lyon et de Tours
A moins d’un an de la présidentielle, trois maires écologistes appellent à un sursaut national : la radicalité du péril climatique, que cet été caniculaire illustre, exige une réponse forte, font valoir les maires Ruffin, Doucet et Denis.
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En 5 ans : 500 arbres fruitiers ont été plantés à Die.
Il y a quelque chose d’étrange, aujourd’hui, dans le débat sur l’écologie. Alors que les effets du dérèglement climatique sont chaque jour plus visibles, des ministres, des parlementaires, ou encore des éditorialistes reprochent à celles et ceux qui n’ont cessé d’alerté et d’agir… d’avoir été trop ambitieux, d’avoir voulu aller trop vite, d’avoir parfois bousculé les habitudes.
On peut débattre des instruments, du calendrier, du financement et de la répartition des efforts. Ce débat est indispensable. L’écologie doit toujours se conjuguer avec la justice sociale, la démocratie et l’attention portée aux conséquences concrètes des décisions publiques. Mais le climat ne négocie pas.
Pendant des décennies, des responsables politiques ont ignoré les alertes scientifiques et citoyennes, ont retardé les décisions et ont organisé notre dépendance à un modèle qui nous mène dans une impasse. Chaque mesure écologique était alors critiquée comme une menace pour l’emploi, le pouvoir d’achat, l’agriculture ou les libertés. L’inaction passait pour de la prudence.
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L’écologie est une politique sociale
Aujourd’hui, alors que les canicules, les sécheresses, les incendies et les inondations bouleversent nos vies, certains expliquent que le problème viendrait de celles et ceux qui ont voulu préparer nos villes et nos territoires à ces changements ? Nous ne croyons pas que ce soit le bon débat.
Il s’agit de regarder la réalité en face et de faire ce que la situation exige : protéger sans attendre nos habitantes et habitants, aujourd’hui comme demain. Car les conséquences du dérèglement climatique ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Une personne qui vit dans un logement mal isolé, dans un quartier bitumé, qui travaille dehors ou qui ne peut pas partir quelques semaines en vacances n’a pas les mêmes moyens de se protéger de la chaleur qu’une personne qui dispose d’un logement confortable, d’un jardin ou de la possibilité de quitter la ville.
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C’est pourquoi l’écologie est une politique sociale. Et le climat ne nous attend pas. Les canicules ne deviennent pas moins intenses parce que nous jugeons certaines réponses difficiles. Les sécheresses ne reculent pas devant nos hésitations. L’effondrement du vivant ne suspend pas son cours dans l’attente d’un compromis parlementaire.
Juillet 2026 a été le mois le plus chaud jamais enregistré dans le pays. La situation climatique est radicale. Et notre responsabilité doit être à sa hauteur. Tout changement réel produit des conflits. La politique sert précisément à les nommer, à les arbitrer et à protéger ceux qui disposent du moins de moyens pour y faire face. La lucidité impose aussi de dire que l’inaction constitue un choix politique. Elle protège des intérêts immédiats et transfère le coût de leurs bénéfices vers les plus fragiles, les plus jeunes et les générations qui ne peuvent pas encore voter.
Il n’y a rien de modéré ou de raisonnable à laisser des enfants naître et grandir dans des villes où les températures sont invivables ; à fragiliser notre agriculture et à épuiser les réserves d’eau, contribuant au passage à préparer une guerre des ressources qui ne fera que des perdants ; à préserver aujourd’hui quelques profits égoïstes en laissant à la collectivité la facture des catastrophes.
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C’est l’absence d’écologie qui est punitive
L’inaction a longtemps bénéficié d’un privilège rhétorique : agir devait toujours être justifié, renoncer à agir passait pour de la prudence. Cette époque a pris fin. Ne rien faire aujourd’hui, c’est laisser les plus fragiles payer demain.
Gouverner doit consister à refuser un transfert de responsabilité. C’est accepter que les logements deviennent plus difficiles à vivre, que les factures augmentent, que les dépenses de santé progressent, que les collectivités doivent réparer des dégâts toujours plus coûteux et que l’accès à certaines ressources, à commencer par l’eau, devienne source de tensions.
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Nous payons déjà l’impact économique de l’inaction politique. La perte de production économique due à la chaleur réduit les recettes fiscales : les pertes annuelles estimées atteindraient 1,8 % en France d’après des économistes d’Allianz Trade.
A Grenoble, à Lyon et à Tours, nous avons choisi, en responsabilité et avec raison, de préparer concrètement nos territoires à ces conditions climatiques. Nous adaptons les écoles aux fortes chaleurs, nous transformons des cours minérales en espaces végétalisés et nous organisons l’accès à des lieux frais ou aux montagnes environnantes lors des canicules.
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Nous entendons aussi engager le combat contre les bouilloires thermiques qui frappent les ménages les plus modestes. Des politiques qui ne relèvent ni du symbole ni de la communication, mais qui protègent toutes celles et ceux qui ne peuvent se soustraire à la chaleur.
Planter des arbres, désimperméabiliser les sols, rénover les bâtiments ou réduire la pollution : ce sont à la fois des politiques climatiques et des politiques sociales.
Nous avons besoin d’un sursaut national. L’atténuation et l’adaptation au changement climatique doivent réellement devenir une priorité de l’Etat et traverser l’ensemble des politiques publiques. Chaque grand projet doit être évalué à partir de son utilité sociale, de son empreinte écologique et de sa capacité à résister aux bouleversements qui viennent.
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Chaque décision budgétaire doit répondre à cette question : «Protège-t-elle réellement notre avenir ou finance-t-elle la prolongation du problème ?».
Nous devons aussi cesser de traiter l’écologie comme un simple chapitre des programmes électoraux. Elle engage notre sécurité, notre souveraineté, notre santé, notre alimentation et notre capacité à habiter dignement nos territoires.
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L’écologie protège ce qui peut encore l’être, prépare le monde de demain et répartit équitablement les efforts que la réalité nous impose déjà. A Lyon comme à Grenoble et à Tours, nous faisons le choix de l’action. Non pour imposer un modèle. Mais parce que nous savons que l’action publique peut concrètement améliorer la vie des gens et réduire leur vulnérabilité face aux bouleversements qui ont lieu.
La véritable punition serait de léguer à nos enfants un monde plus chaud, plus violent et plus inégal pour avoir préféré le confort de quelques années au courage d’un choix collectif. Ne l’oublions jamais : c’est l’absence d’écologie qui est punitive
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Laurence Ruffin, Grégory Doucet, et Emmanuel Denis, respectivement maires de Grenoble, de Lyon, et de Tours