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Les Etats-Unis sanctionnent la juriste Tomoko Akane, présidente de la CPI

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Il ne s’agit pas seulement d’une nouvelle provocation de l’administration Trump. En sanctionnant Tomoko Akane, présidente de la Cour pénale internationale, ainsi que le magistrat sénégalais Abdoulaye Seye, Washington s’attaque frontalement à l’idée même qu’il existe une justice au-dessus des États, des armées et des puissants. La cible n’est pas seulement une Cour : c’est la promesse, fragile mais essentielle, que les victimes de crimes de masse ne soient pas condamnées au silence.
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La méthode est brutale et éloquente : interdiction d’entrée sur le territoire américain, gel de possibles avoirs et entraves aux transactions financières. Autrement dit, on ne répond pas à la justice par le droit, par les preuves ou par une contestation devant les instances compétentes ; on cherche à intimider les juges, à isoler les procureurs, à assécher les moyens mêmes de leur travail. La CPI l’a dit avec la sobriété tragique des institutions qui savent ce qu’elles défendent : faire pression sur des acteurs judiciaires pour les empêcher d’appliquer la loi, c’est mettre en danger l’ordre juridique international lui-même.
Ce qui est en jeu dépasse largement La Haye. La Cour pénale internationale a été créée pour connaître des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre et du crime d’agression : c’est-à-dire précisément les crimes qui offensent la conscience humaine lorsque les mécanismes nationaux sont défaillants, absents ou politiquement captifs. La vouloir impuissante, c’est accepter que la justice ne s’exerce que contre les vaincus, les faibles, les États isolés — jamais contre ceux que protège une puissance militaire, financière ou diplomatique.
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L’affaire prend une gravité particulière parce qu’elle se situe dans le sillage du mandat d’arrêt délivré le 21 novembre 2024 contre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et l’ancien ministre de la défense Yoav Gallant. La Chambre préliminaire de la CPI a estimé qu’il existait des motifs raisonnables de croire à leur responsabilité pour des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis dans le contexte de Gaza. Ce n’est pas une condamnation : c’est une procédure judiciaire, fondée sur un standard légal précis, qui doit pouvoir suivre son cours sans menaces ni représailles.
Or Donald Trump et Benyamin Nétanyahou semblent défendre une autre doctrine : celle de l’impunité garantie par l’alliance, de la souveraineté invoquée comme bouclier contre toute responsabilité, de la force transformée en argument juridique. Leur logique est claire : lorsqu’un tribunal enquête sur les ennemis de l’Occident, il serait respectable ; lorsqu’il s’approche des alliés de Washington, il deviendrait soudain « politisé », « corrompu », illégitime. Cette géométrie variable n’est pas une défense du droit international : elle en est la négation.
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Car le droit ne vaut que s’il s’applique également à tous. Il ne peut devenir un projecteur braqué exclusivement sur les crimes des adversaires, tandis que les crimes allégués des alliés disparaîtraient dans l’ombre diplomatique. Nul État, nul gouvernement, nul chef de guerre ne devrait bénéficier d’une immunité de fait parce qu’il dispose d’avions, de banques, de missiles ou d’un siège dans les cercles de la puissance.
Les États-Unis ne sont pas parties au Statut de Rome, pas plus qu’Israël ou la Russie. Mais ne pas adhérer à une juridiction ne confère aucun droit de la détruire. Et la souveraineté, si souvent brandie par les gouvernements qui veulent échapper à tout contrôle, ne doit jamais devenir le nom respectable de l’impunité. Elle ne saurait autoriser l’affamement de populations civiles, la destruction des vies, l’écrasement des droits, ni la mise au pas de celles et ceux qui ont pour mission de rechercher la vérité.
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Sanctionner la présidente de la CPI, c’est envoyer un signal glaçant à tous les juges du monde : enquêtez sur les faibles, vous serez tolérés ; enquêtez sur les puissants, vous serez punis. C’est aussi adresser aux victimes palestiniennes, comme aux victimes de toutes les guerres, un message d’une cruauté insoutenable : votre souffrance ne comptera que si elle ne dérange pas les intérêts géopolitiques de ceux qui dominent.
Face à cette offensive, l’Europe, les démocraties et les sociétés civiles ne peuvent pas se réfugier dans les déclarations de principe. Elles doivent protéger concrètement l’indépendance de la CPI, garantir ses ressources, défendre ses magistrats et rappeler que les mandats d’arrêt, les enquêtes et les décisions de justice ne sont pas des options diplomatiques. Ce sont les instruments imparfaits mais irremplaçables d’une civilisation qui refuse de faire de la force le dernier mot de l’Histoire.
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À Gaza, comme en Ukraine, au Soudan, en République démocratique du Congo et partout où des civils sont visés, le droit international n’est pas une abstraction de juristes : il est le dernier rempart contre la nuit. Le laisser démanteler par les représailles américaines, c’est consentir à un monde où les victimes n’ont plus de tribunal, où les juges deviennent des cibles, et où la loi du plus fort prétend tenir lieu de justice.
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Thierry Michel

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