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À Châtillon-sur-Chalaronne, les habitants vent debout contre la vente de locaux municipaux à une école catholique intégriste

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28 août 2026
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Alors que le maire de Châtillon-sur-Chalaronne (Ain) a promis de céder à une école catholique intégriste un bâtiment du XVIIe siècle appartenant à la municipalité, les habitants se mobilisent et organisent la résistance. Pour mener à bien leur lutte, les militant.es ont choisi de se passer de porte-parole identifié par peur de représailles, ce qui semble agacer le maire.

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Cette enquête est le premier volet d’une nouvelle série que L’Arrière-Cour consacre à la riposte et à la résistance citoyenne à l’extrême droite dans les communes rurales de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ce premier épisode a été réalisé avec le soutien du Fonds pour une Presse Libre, qui a renouvelé sa confiance à L’Arrière-Cour pour la deuxième année consécutive. Abonnez-vous et soutenez L’Arrière-Cour pour suivre les prochains volets et permettre à nos journalistes de poursuivre leurs révélations sur l’extrême droite.

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Bérénice* nous guide dans les ruelles médiévales de Châtillon-sur-Chalaronne, petite commune aindinoise de 5.000 habitants. Avec son cours d’eau, ses vieux remparts, sa grande halle qui abrite le marché dominical, la ville présente un charme paisible, d’apparence imperturbable.

En chemin, plusieurs passantes saluent chaleureusement Bérénice. « Ici, tout le monde se connaît, sait où chacun travaille, habite », souligne-t-elle. « On se donne des coups de main, on se croise à la chorale, au marché… » Pourtant, depuis bientôt deux ans, les administrés de la commune se divisent autour de l’implantation sur la commune d’une mystérieuse école. En sous-marin, cette femme d’une quarantaine d’années à peine agrège une soixantaine d’habitants et organise la résistance. Tous ou presque craignent les représailles du maire de la commune.

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Une école qui divise la commune… 

L’école en question, c’est la Maison d’éducation Pauline Marie Jaricot (MEPMJ). L’Arrière-Cour lui a consacré une longue enquête en décembre 2025. Cours de ménage, d’arts de la table, de couture : le programme rétrograde de l’école suscite la colère d’une partie des habitants.

La fondatrice de l’école, Thérèse Madi, est proche de l’extrême droite et des cercles intégristes. Elle exposait sa vision de l’éducation dans un podcast : « On enseigne aux filles à réaliser leur féminité, la gestion du budget familial, l’équilibre alimentaire, les devoirs de la jeune fille. Elles doivent aussi aider l’homme à s’accomplir dans sa virilité. »

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… et qui reçoit l’appui du maire

L’école reçoit l’appui du maire de la commune, Patrick Mathias (Les Républicains). Il lui loue un bâtiment public du XVIIe siècle via un bail (très) arrangeant. En plus d’une ristourne de plusieurs mois de loyer (équivalant à une dizaine de milliers d’euros) et d’une dispense de dépôt de garantie, le bail est assorti d’une promesse de vente. Celle-ci devait aboutir à la fin de l’été et ainsi acter la tenue de l’école de façon pérenne à Châtillon. Toutefois, le 27 juillet dernier, le maire a adressé un courrier aux élus municipaux pour indiquer que le bail avait été prolongé jusqu’en mars 2027. « La MEPMJ ne disposait pas des fonds pour acheter le bâtiment », explique Didier Pescarmona, élu dans le seul groupe d’opposition. « Cela interroge sur la capacité du maire à vérifier la solvabilité des acheteurs… »

Outre ce petit arrangement entre le maire et le couple Madi, c’est l’absence de débat au conseil municipal qui ulcère une partie des habitants et les élus d’opposition. « Patrick Mathias est un homme qui ne fait pas de débat », souffle auprès de L’Arrière-Cour Didier Pescarmona. « Il se retranche derrière une relation locataire-bailleur et nous plonge dans l’opacité. On ne sait rien. » Si une partie du conseil municipal tient tête au maire, Bérénice guide la résistance citoyenne en créant un collectif baptisé « Non à la MEPMJ ».

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Un collectif pour protester 

Comment militer et s’opposer à un maire dans une petite commune paisible où tout le monde se connaît ? « Ce n’est pas simple », concède Bérénice. « J’ai eu du mal à convaincre les gens de nous rejoindre. Ils ont des commerces, connaissent une personne à la mairie, savent où habitent les uns et les autres… »

En premier lieu, le collectif répond à un besoin d’information : « L’école est assez mystérieuse, tout comme les actions de la mairie sur le sujet », replace Bérénice. « Au départ, il s’agissait simplement d’une boucle sur WhatsApp pour partager des infos. »

Le 1er juin et le 6 juillet derniers, le collectif organise ses premières manifestations. Ses membres se rassemblent sous les fenêtres de la mairie et cherchent à interpeller Patrick Mathias pendant les conseils municipaux. Toutefois, le collectif perçoit quelques limites dans ses actions, à commencer par la difficulté pour les habitants de prendre position contre le maire et ses méthodes parfois autoritaires.

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Militer sans se griller

Pour rassurer tout le monde, Bérénice et les membres les plus actifs du collectif promettent de garantir l’anonymat de ceux qui les rejoignent : « Nous faisons en sorte qu’aucune tête ne dépasse. Nous ne voulons pas qu’une cible soit mise dans le dos d’une personne, alors nous sommes tous anonymes, moi comprise. »

Membre de la garde rapprochée de Bérénice, Mathilde* est l’une des personnes les plus actives au sein du collectif. Cette militante chevronnée adhère à la technique d’anonymat du collectif : « J’ai une situation administrative complexe, je préfère donc ne pas être dans la lumière. Pour autant, cela ne m’empêche pas de m’impliquer à fond. »

Au total, ils sont un peu plus de 70 à avoir rejoint le collectif depuis son lancement au mois de mars. Leur stratégie de se passer de porte-parole clairement identifiable est payante, selon les dires de Didier Pescarmona : « Ce collectif est une structure gazeuse, on ne sait pas qui joue quel rôle, qui sont les têtes pensantes. Cela énerve beaucoup Patrick Mathias, qui ne parvient pas à identifier qui s’oppose à lui. »

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« Un courrier sans représentant identifié » 

Le 18 juin, le collectif a adressé un courrier à Patrick Mathias où il met directement en cause ce dernier, l’accusant d’avoir court-circuité le débat démocratique : « Le 22 mai, vous annoncez sans délibération votre décision de louer le bâtiment avec option d’achat. […] Vous ne pouvez pas vendre notre patrimoine communal sans débat démocratique et consultation citoyenne. »

La missive est assortie d’une demande de rencontre avec le maire. Cette lettre, bien qu’envoyée par le collectif, est signée par plus de 200 personnes, dont une centaine de Châtillonnais, mais également par des personnes domiciliées dans d’autres communes de l’Ain.

Une autre façon d’anonymiser qui, là encore, agace Patrick Mathias. Début juillet, le maire adresse une réponse au collectif. Sans jamais s’exprimer clairement sur la demande de rencontre, il déplore, au début de sa lettre, « qu’aucun président, porte-parole, mandataire ou représentant habilité à engager officiellement le collectif ne soit désigné ».

Au moment de publier notre article, Patrick Mathias n’a pas encore accepté de s’entretenir avec le collectif. « Pour l’instant, aucun signe ne montre qu’il va nous recevoir », soupire Bérénice. « Il botte en touche parce qu’il veut d’abord savoir qui se cache derrière le collectif. » Contacté à plusieurs reprises, le maire de Châtillon-sur-Chalaronne n’est pas revenu vers L’Arrière-Cour avant la publication de l’article.

La sortie de l’anonymat en réflexion

Dans ce contexte, la question de sortir de l’ombre devient un nouvel enjeu du collectif. Agnès Pardoen, l’une de ses membres, milite pour que le collectif abandonne l’anonymat : « Lors des réunions du collectif, j’ai demandé à ce que l’on se formalise en association. J’ai essuyé le refus catégorique des autres membres. Je comprends leur crainte, personne ne veut d’ennui. Mais ce n’est pas à nous d’avoir peur. »

Faire tomber le masque, Bérénice aussi y songe parfois : « Ce n’est pas l’envie qui me manque d’afficher publiquement mon engagement contre l’école et les méthodes du maire. Mais pour le moment, je ne veux pas attirer d’ennui à ma famille. » En attendant, elle espère que la lutte des Châtillonnais.es en inspirera d’autres « Nous sommes la preuve que les citoyens peuvent protester, même sans être des militants accomplis. L’extrême droite est un fléau, nous ne pouvons pas rester les bras ballants. »

* Les prénoms ont été modifiés.

Hugo Bachelet et Romain Zanol

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La MEPMJ fait débat au Sénat

Le 1er avril 2026, Amaury de Beler, président de la Fondation pour l’école, a été auditionné par le Sénat dans le cadre de la commission d’enquête sur le financement des politiques publiques par des fondations de droit privé, et les risques en matière d’influence et d’absence de transparence financière.

Comme le révélait L’Arrière-Cour au mois de décembre, la MEPMJ proposait à ses donateurs les plus généreux (et les plus fortunés) de bénéficier d’une déduction à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) en faisant un don via la Fondation pour l’école. Celle-ci a été lauréate pendant plusieurs années de la Nuit du Bien commun, financée par Pierre-Édouard Stérin.

Lors de cette audition, la rapporteure Colombe Brossel (groupe Socialiste, Écologiste et Républicain) a interrogé Amaury de Beler sur les liens entre la Maison d’éducation Pauline Marie Jaricot et la Fondation pour l’école, et l’éventuel soutien que celle-ci lui apporterait. « Je ne connais pas la liste des établissements que nous soutenons, mais il est bien possible que nous ayons aidé cette école », lui a répondu le président.

Depuis cette audition, la rubrique qui, sur le site internet de la MEPMJ, proposait de faire un don via la Fondation pour l’école renvoie désormais vers un lien mort. Sollicitées, ni la MEPMJ ni la Fondation pour l’école n’ont répondu aux questions de L’Arrière-Cour avant la parution de cet article.

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Dessin : Xavier Lacombe

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Cette enquête a été réalisée grâce au soutien du Fonds pour une presse libre, dans le cadre de la saison 2 de l’appel à projets « Extrême droite : enquêter, révéler, résister ».

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Nota

Châtillon-sur-Chalaronne est une commune française située dans le département de l’Ain, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. La commune est chef-lieu du canton de Châtillon-sur-Chalaronne, qui regroupe 26 communes ; elle est membre de la communauté de communes de la Dombes dont elle est le siège.

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5 250 habitants

Tendances politiques et résultats
Scrutin 1er tour 2d tour
1er % 2e % 3e % 4e % 1er % 2e %
Présidentielle 2017 LR 26,61 FN 25,49 EM 20,33 LFI 12,29 EM 58,37 FN 41,63
Présidentielle 2022 LREM 30,69 RN 27,57 LFI 11,35 REC 9,50 LREM 53,89 RN 46,11
Législatives 2022 4e LR 23,97 RN 20,78 LREM-Ens 18,09 LFI-Nupes 14,38 RN 65,94 LFI 34,06
Législatives 2024 4e] RN 45,51 HOR-Ens 22,29 EELV-NFP 16,48 LR 14,76 RN 52,03 HOR 47,97

.maire 

octobre 2016 en cours
(au 27 mai 2020)
Patrick Mathias LR-DVD Cadre dans l’informatique
Premier adjoint au maire (2008 → 2016)
Conseiller départemental de Châtillon-sur-Chalaronne (2021 → )
3e vice-président de la CC de la Dombes (2020 → )
Réélu en 2020 et en 2026

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